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dimanche 15 décembre 2013

prêtres, princes, propriétaires et primevères


article précédent: Se faire reprocher d'être probe?




Bonjour à toutes et tous!


Bon, disons-le tout de suite: *per-1, on n’a pas encore fini d’en parler!


C’est ainsi que “fournir”, le verbe français fournir, nous en vient.

Pour être précis, c’est sur une forme allongée et suffixée de *per-1: *pro-mo-, que son ancêtre, le germanique *frumen avant”, “vers l’avant” s’est construit.

C’est de *frum que dérive, en vieux haut-allemand, le verbe *frumjan: faire avancer, faire progresser, promouvoir

- C'est cela, oui... Et en quoi l'idée de progrès est-elle liée à celle de "fournir"? Du grand n'importe quoi, ouais!
- Tiens, vous revoilà, vous! Bonjour et bon dimanche!

Eh bien, disons que la remarque est intéressante...
En fait, cette notion de progresser, d'avancer est passée dans *frumjan comme "ce qu'il y a lieu de faire pour progresser": effectuer, accomplir (une tâche), fournir (un effort ...)...

- Ouais, admettons. Facile. Mais pourquoi alors fourNir avec un n, alors qu'en vieux haut-allemand, c'est quand même bien *fruMjan avec un m??

- Oui, la question mérite d'être posée.
L'explication en serait qu'il y a eu assimilation de la forme originale de fournir (fourmir) avec le verbe garnir qui était de sens assez proche, et qu'à l'inverse, il y a eu dissimilation avec le verbe fourmir, fourmier, fromier, qui lui n'avait aucun rapport avec fournir, car signifiait trembler.


Et - restons un peu sur fournir - c’est bien du moyen français fourniture que nous arrive l’anglais furniture, le meuble!

Les  meubles, “cet équipement nécessaire, ces fournitures”!
Utiliser cette acception pour parler de l’ameublement est en réalité tout à fait particulier et propre à l’anglais, la plupart des langues européennes ayant plutôt choisi de baser leur mot pour désigner cette classe d’”objets mobiles désignés à l’aménagement ou la décoration” sur le latin mobile (ben oui: mobile).




Une autre forme allongée de la racine proto-indo-européenne *per-1: *pres-, associée à la racine *gʷā- (racine très intéressante - nous y reviendrons!! - au sens de “aller”, se retrouve dans le composé proto-indo-européen *presgʷu-, que l’on pourrait traduire par “allant (ou venant) devant”.

En grec, *presgʷu- a évolué en πρέσβυς, presbus: le vieil homme, l’ancien, l’aîné

Jusque là...” me direz-vous…

Oui, MAIS c’est sur la forme comparative πρεσβύτερος, presbúteros ("ancien") que s'est construit le latin presbyter.

Qui nous a donné le français... prêtre!

Oui, étymologiquement, le prêtre, c'est l'ancien...

Et puis, sur πρεσβύτερος, presbúteros, le grec a aussi créé πρεσβυτέριον, presbuterion: le conseil des anciens.
C'est de lui que nous arrive presbytère, par le latin presbyterium.

A l'origine, le mot signifie donc l'assemblée des prêtres, pour devenir ensuite le lieu où se tiennent les prêtres, le choeur de l'église, et enfin, platement, la maison du curé!

Eglise et presbytère


Et OUI, presbyte (aille ouille) vient également du grec πρέσβυς, presbus: le vieil homme, dans la mesure où les vieillards sont le plus souvent presbytes, ce qui, il faut bien le dire, donnerait plutôt envie de les fuir.




C’est encore la racine proto-indo-européenne *per-1 qui est à l’origine de privilège, ou privé!

Eh oui: ces mots nous viennent d’une forme allongée et suffixée de *per-1: *prei-wo-, que l’on retrouve dans le latin privus: seul, isolé
Oui: entendez "se tenant debout devant, isolé des autres..."

Le latin privilegium désigne une « loi faite pour ou contre un particulier ».
Privare signifiait quant à lui « mettre à part », de là « exempter ».
Le privatus était celui qui menait une vie de particulier.


Et c'est toujours *per-1 qui est à l'origine de propriété ou propre!! 
Toujours via *prei-wo- et un mot latin dérivé, cette fois: proprius: propre, personnel, "à soi"...


Et puis, *per-véhiculait une notion de premier (celui qui est devant”).
Elle s'est cristallisée dans le latin prīmus, dérivé du superlatif *preis-mo- (et probablement via une forme latine archaïque *prīsmus).
Des dérivés?
Mais à foison: premier, primate, primaire, primitif, prime, ou l'espagnol - ou italien pour printemps: primavera, la première des saisons...

Bien entendu, "primevère" en dérive, la primevère commune des jardins étant une des premières fleurs du printemps...

Primevère


De *preis-mo- nous arrive également le premier élément du composé latin prīnceps, qui littéralement signifierait "celui qui prend la première place".

Nous lui devons prince, principal, principe...!



Et je vous propose à présent de clore notre petite étude de *per-1 en beauté, avec … Priscilla!

C'est à une forme suffixée *preis-ko- que nous devons le latin Prīscilla, féminin de Priscillus, diminutif de prīscus: ancien, antique.
Oui, je sais, rien de très sexy, du moins à l'origine...


Priscilla Presley (avant d'être refaite)



Bon dimanche à toutes et tous, et … à dimanche prochain!

Passez une très très bonne semaine!





Frédéric

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