- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 21 décembre 2014

Moi, effrayé par un flibustier?? Allons allons...







Il faut qu'il croisse, et que je diminue.

Saint-Jean le Baptiste





Bonjour à toutes et tous!


Nous sommes le 21 décembre!
Si près du solstice d’hiver

Cette année, il se déroulera très précisément - du moins là où j’habite - le 22 décembre, 3 minutes après minuit.

Ce moment de l’année où les journées sont les plus courtes, où les ténèbres de la nuit l’emportent sur la lumière du jour.



Le solstice, nous en avions parlé dans du passage des ans.

C’était également à cette occasion que nous avions découvert la racine proto-indo-européenne *ei-aller, sortir”, qui nous a donné, par une forme allongée *ya-, le Janus romain, Iānus le dieu du passage, représenté par un homme à deux visages, l’un regardant vers le passé, l’autre vers l’avenir.

Janus


En faisant naître les deux Saint-Jean (le Baptiste et l’Evangéliste) aux solstices, en lieu et place de Janus, les Anciens avaient conscience de graver dans le christianisme cette magnifique représentation du passage: de la vie, de la mort, et surtout de l’un qui ne peut aller sans l’autre.
Qu'on le veuille ou non...

En faisant cela, ils inscrivaient le christianisme dans la longue procession des religions humaines, ils lui donnaient un ancrage terrestre voire cosmique, en l’inscrivant dans les grands cycles de notre vieille planète.

Evidemment, le symbole des deux Saint-Jean, comme celui du Christ nouveau-né: l’enfant-lumière, ne fonctionne que dans l’hémisphère nord, le berceau du christianisme.
Et qui plus est à une époque définie.
Car dans 12000 ans, le solstice d’hiver ne tombera plus vraiment fin décembre

J’oserais même ajouter qu'à mon sens, ce serait une sainte ineptie de fêter le jour de naissance du Christ - enfant-Lumière, le jour de Noël dans l’hémisphère austral...

Ben oui, c’est quand même pas pour rien non plus qu'on fait naître le Christ juste après le solstice d’hiver: il est symboliquement cette grande lumière d’espérance qui commence à croître, lentement, comme croissent les jours à partir de ce moment de l'année...

En suivant cette logique, vous découvrez naturellement comment on a réussi, en les convertissant au christianisme, à transformer en abominables hérétiques adorateurs de l’Antéchrist ces peuples de l’hémisphère austral qui fêteront dans quelques jours la naissance du Christ, alors qu’il célèbreront cosmiquement - et sans vraiment s’en rendre compte, c’est ça qui les sauve - l’avènement des ténèbres, leur victoire sur la lumière
(puisqu'ils célèbrent la naissance du Christ Lumière juste après le solstice ... d'été, pour eux, hein?
Oui, non??
Là où les jours se raccourcissent, là où se sont les ténèbres qui l'emportent sur la lumière! Non? Pas grave, laissez tomber).

Notez, heureusement, les solstices ne sont pas nécessairement aussi visibles, tangibles ailleurs, sous d'autres latitudes. Ca doit, dans le cas présent, aider.
Mais en attendant, on a dépouillé des braves gens qui ne demandaient rien à personne de leurs religions ancestrales, parfaitement adaptées à leur zone d'occupation du globe terrestre, pour leur fourguer un produit d'importation moins bien adapté...
Enfin, c'est mon opinion, hein!

De même, vous vous demandez si l'islam est une religion universelle?
Proposez donc à des Inuits de se faire un jeûne de ramadan de six mois au Pôle nord.
Je crois que vous aurez votre réponse assez rapidement...
Et je vous conseillerai d'apprendre à courir très vite et en zigzag sur la banquise.


En exergue, là, en  haut de la page, quelques mots tirés de la Bible, précisément de l'évangile de Jean. L'évangéliste forcément. Mais qui cite ici Jean le Baptiste. Oui, je sais, c'est un peu compliqué...
Et qui lui fait dire que,  pour que le Christ croisse, il doit, notre brave Baptiste, décroitre.

Obtus? Mais non, c'est pas sorcier: il faut bien que les jours raccourcissent à compter du solstice d'été pour arriver au solstice d'hiver, pour qu'enfin, nous soyons à Noël.

Dans l'hémisphère nord, hein! Sinon, ça veut plus rien dire!!!


- “A présent” - comme le dirait le gentil Nicolas Hulot dans une profonde respiration et aux commandes de son aile Delta - “séquence réflexion à deux balles” -
Eh oui, la vérité universelle, il est bien difficile de la trouver…
Et même si l’on a raison,  rien ne permet d’affirmer que les autres, ceux qui ne pensent pas la même chose que vous, n’ont pas, eux aussi, raison. 
Car tout est relatif, demandez à Einstein. 
Oui, c'est lui! (non, pas Einstein! Pas vraiment. )

Bon, de là à admettre des néo-nazis au pouvoir dans un pays démocratique, non, je n’irais pas jusque là.
Mais personne, de toute façon, n’irait jusque là.
Hein? 
Pas dans un pays démocratique, évidemment!

Voyons?!!

#BelgianGov #NotInMyName


Mais donc, admirez comme les choses sont bien faites: le Christ est né à Noël!

Ah, Noël! Oui, on en a déjà parlé dans C'est Noël!

Noël, c’est le natalis dies, le jour de naissance.

De quoi de qui?

Eh bien du Christ pour les chrétiens, et du nouveau soleil - le Neos Helios grec, le Sol Invictus romain - pour le reste du monde occupant l'hémisphère... l'hémisphère...? Nord! Ouiii!



D’où la monstrueuse bêtise de ne plus fêter Noël, ou même de ne plus appeler cette grande fête de son nom, “pour respecter les croyances de chacun”.

Faut arrêter, les gars, hein!

Car alors, nous ne faisons que nous écarter encore un peu plus de la réalité des cycles terrestres…
Nous oublierions encore un peu plus que nous ne sommes que de vulgaires poussières embarquées sur un globe céleste, qui a ses lois, qu'il serait peut-être sage de comprendre et respecter un tant soit peu…

Carl Jung, dans L’homme et ses symboles, ne disait pas autrement (mais il le disait mieux):
A mesure que la connaissance scientifique progressait, le monde s'est déshumanisé. L'homme se sent isolé dans le cosmos, car il n'est plus engagé dans la nature et a perdu sa participation affective inconsciente, avec ses phénomènes. Et les phénomènes naturels ont lentement perdu leurs implications symboliques. Le tonnerre n’est plus la voix irritée d’un dieu, ni l’éclair de son projectile vengeur. La rivière n’abrite plus d’esprits, l’arbre n’est plus le principe de vie d’un homme, et les cavernes ne sont plus habitées par des démons. Les pierres, les plantes, les animaux ne parlent plus à l’homme et l’homme ne s’adresse plus à eux en croyant qu’ils peuvent l’entendre. Son contact avec la nature a été rompu, et avec lui a disparu l’énergie affective profonde qu’engendraient ses relations symboliques. 

Enfin…

Mais revenons à nos moutons…

En cette veille de solstice, en ce jour si proche de l’avènement de la grande lumière, je vous propose une racine de circonstance:

*prī-

Aimer.

Oui oui, c’est son sens, tout simplement.


Ah, l'amour...


Et vous allez (comm’ d’hab’) être bluffés par ce qu’elle nous a laissé, et réaliser le poids des mots


Car avant tout, par une forme suffixée *priy-o-, la proto-indo-européenne *prī- nous a légué l’anglais...

free!

Oui, l’adjectif free: libre!





N’est-ce pas remarquable?

Aimer, c’est libérer, rendre libre

Encore une bonne réflexion à la Nicolas Hulot, non?
(Oh mais non, je l’aime bien, Nicolas, il a fait de si beaux documentaires!
J’aimerais simplement qu’il ne les remplisse pas de ses commentaires d'une platitude galactique, voire intersidérale
Mon Dieu, oui, je le confesse, j'ai du mal à croire en vous, quand j'entends les commentaires de Nicolas Hulot. 
En fait, sans le son, ses films sont tout bonnement fantastiques! Un peu comme les chansons de Stromae, vous voyez?)

Ah, John Irving!


Alors, l’anglais free!

Il provient du vieil anglais frēo (libre).
Le vieil anglais frēon signifiait littéralement aimer, ou rendre libre!

Ah, c’est tellement beau!

Sauf que…

Le mot germanique dont proviennent ces mots en vieil anglais, c’est *frija-.

Qui signifiait aimé, bien-aimé ; il désignait ce qui était relatif à ceux que l’on aime, ou encore … “qui n’est pas en esclavage, ou en servage”, donc “libre”.

Eh oui!!
On suppose que le mot s’appliquait à ceux que l’on aimait, ceux de son sang, de sa famille, de son clan, “les siens”.
Les gens libres quoi, pas ces esclaves qu’on utilisait quotidiennement.
Et qu'on ne pouvait pas décemment, humainement, aimer.
Enfin!?

Ouais, j'en conviens, ça remet vachement les pendules à l’heure (“séquence - [souffle long] - émotion”).

Ne JAMAIS prendre les anciennes tribus germaniques pour des Bisounours.
JAMAIS



Notez, on retrouve un phénomène similaire en latin, ou liberi signifiait tant “libres” qu’“enfants”.
Mes propres enfants, ce sont évidemment des hommes libres, puisque ce sont mes enfants.
Ne confondons pas avec l’engeance de ces ... euh domestiques. (pardonnez-moi, je dois me laver la bouche)


On retrouve encore notre germanique *frija- dans le vieux frison fri, le vieux saxon ou le vieux haut-allemand vri, l’allemand frei, le néerlandais vrij, ou le gotique freis, TOUS signifiant “libre”.


Ouais, ok, je sais déjà: “‘y en toujours que pour l’anglais, gnagnagna, rien en français…
Eh bien, spécialement pour vous, je vous donne…

flibustier”!

Qui nous arrive du néerlandais vrijbuiter, “pillard”: celui qui fait du butin (buiter)… selon sa loi: librement!, via l’anglais flibutor (XVIème siècle).

Le mot débarque dans les Antilles, pour désigner originellement les pirates qui écumaient (ça écume, un pirate) les côtes d’Amérique.




En ancien liégeois, on trouvait par ailleurs vribute, vributeur pour “voleur de grand chemin”.
(à prononcer comme si vous aviez un rhube, et en remplaçant "eur" par le "eur" de heureux, pour être le plus fidèle à ce parler si pittoresque)

Par une forme suffixée (un participe présent) *priy-ont-, *prī- s’est dérivée dans le germanique *frijand-: littéralement “aimant”: amoureux, ami.
En vieil anglais, c’est devenu frīond / frēond: ami.

Oui, vous l’avez trouvé, en anglais moderne, *priy-ont- s’est transformé en … friend!




A présent, passons à une forme réduite et suffixée de notre chère *prī-: *pri-tu-.
En vieux haut-allemand, elle s’est muée en fridu.
Et fridu s’utilisait pour désigner la paix, dans les noms propres.

La paix???
Oui, vraisemblablement parce que c’est l’état dans lequel on vit, entre amis.
Ce qui caractérise un ami, c’est qu’il est en paix avec vous, et que vous êtes en paix avec lui

De ces noms propres basés sur fridu, il y a déjà…

Oh, je vous laisse un peu chercher? Car vous les connaissez bien, sous forme de prénoms...










Commençons par…

Siegfried!

La paix victorieuse”, du composé germanique sigifrith, dont la première partie, sigu, signifie “victoire”, < *segh-garder, maintenir”.


Siegfried et Brünnhilde


Allez, un autre!

Godefroid!

Du vieux haut-allemand Godafrid: la paix de dieu!
Excusez du peu!

Godefroy Amaury de Malefète, comte de Montmirail,
d'Apremont et de Papincourt, dit « le Hardi »



Toujours de cette forme *pri-tu-, mais cette fois en passant par le francique *fridu, nous avons gardé…

... le vieux français esfreder, puis esfreer, dérivé du latin populaire *exfredāre ou *exfridāre, que l’on pourrait traduire littéralement par “faire sortir de la paix, de la tranquilité”.

Oui, esfreer est devenu notre … effrayer!

The Shining


Et notre vieux français esfreer est passé à l’anglais!
Où il subsiste toujours sous la forme affraybagarre”, “échauffourée”…
Ou bien encore sous la forme… afraid!

To be afraid c’est avoir peur, craindre, mais aussi être effrayé.


(les français affres, affreux, ont eux une autre origine, et ne sont donc pas apparentés à *prī-)



Encore un prénom basé sur *prī-?

Ben oui, Frédéric!

A l’origine un composé germanique: *frithu-rīk, le chef pacifique, ...
(on retrouve ici la racine *reg-1, déjà rencontrée PLEIN de fois ; relisez par exemple The Queen, une femme comme les autres)
... devenu Fridurīh en vieux haut-allemand.

Frédéric Barberousse


Le germanique *gawjam désignait la région.

Le nom propre *Gawja-frithu signifiait littéralement “région en paix”.
Celui qui portait ce nom vivait donc dans une contrée en paix.
Peut-être même qu’il incarnait cette région, qu'il en était le souverain.

*Gawja-frithu est devenu, en passant par le latin médiéval Galfridus (ou Gaufridus), notre moderne... Geoffroy!


Nous avons vu, il n’y a pas si longtemps, que c’est *frithu qui est encore cachée dans notre beffroi.
(elle attendait, debout sur la berge)


C’est une forme féminine suffixée de notre *prī-: *priy-ā-, “aimée”, que nous retrouverons dans le vieux norois Frigg, le nom de la femme d'Odin, la déesse des Cieux, tant aimée par son divin mari. (notez que Frigg aurait pu peut-être signifier “aimante”)

Frigg (source)



L’anglais Friday, vendredi, est littéralement le jour de Frigg, et n’est en réalité qu’une pâle copie du latin Veneris diēs, le jour de Vénus, devenu notre si cher vendredi!!


Si près de Noël, je ne peux m’empêcher de vous faire un petit cadeau, et après le vieux norois, vous parler du vieux slavon d’église!

Car *prī- est encore bien là dans le vieux slavon d’église prijateljiami”, devenu le russe приятель (“priyatielj”), “ami”, “pote”…

Toujours *prī- derrière le gallois rhydd "libre".


Je vous passe, vous m'en saurez gré - enfin... j'ose l'espérer -  tous les dérivés en suédois, moyen néerlandais, danois, vieux islandais et autres…

Mais sachez quand même que le sanskrit रिया (“priyA”) signifie chérie, aimée, épouse.
Ou que l’avestique frīnāiti correspond à “aimer, louer” (comme dans louanges, pas comme dans location, hein).

Louanges mécaniques.
Oui, je sais, mais j'avais envie



- Et donc, free, friend, effrayer, afraid, Friday, flibustier, Siegfried, Godefroid...?
- OUI, tous proviennent d'une seule et même racine proto-indo-européenne: *prī-!




Eh bien voilà, pour un beau dimanche d’avant le solstice d’hiver (ou d’été, c’est selon), et d’avant Noël, que vous soyez chrétiens ou non!


Je vous souhaite, à vous toutes et tous, femmes et hommes de bonne volonté,
de passer le solstice,
et Noël,
en paix, entre amis, et libre dans votre tête!



Passez bien la porte, renaissez bien, à l’image du Christ.
(Peu importe que vous croyiez au Christ historique ou pas, c'est vraiment pas ça qui compte!)

Et surtout...


Aimez!



*prī-reg-1


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