- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 25 décembre 2016

Un bien drôle de Noël...






“V. Brillon, au mot Servitude, cite d'après Maillart, un arrêt du 22 août 1713, rendu pour la coutume du Maine, qui juge que les Servitudes existantes doivent être réservées nommément dans les partages, sinon qu'elles doivent s'ôter, nonobstant une possession postérieure.”

Répertoire universel et raisonné de jurisprudence









Philippe-Antoine Merlin
(de Douai, hein pas celui de Thionville, enfin!)

Philippe-Antoine Merlin,
1754 - 1838,
homme politique et
jurisconsulte français


















Oui!

C’est Noël!

À toutes et tous,

un JOYEUX NOËL!

Que la paix règne, enfin.

oui,
oui,
oui!



On se rapproche à grands pas de la fin de l’année 2016 ; espérons que la suivante sera un peu plus agréable.



“Être debout”!

Encore une fois, notre racine indo-européenne *stā- est on ne peut plus de circonstance.
Hélas.

Oui, sachons rester debout, avec dignité.

Pendant des siècles, il a été de coutume de stopper les hostilités en cours, officiellement ou non -, ne fût-ce qu'un instant, pendant la période de Noël.
Je pense notamment aux trêves de Noël impromptues dans les tranchées de 1914... 

Et là, c'est l'inverse qui se produit. Un groupe de crapules infâmes profitent de la paix de Noël pour commettre des meurtres.

On n'est pas rendu.

Soldat allemand brandissant un sapin.
Je trouve cette image tout bonnement poignante.
(source, citant ladepeche.fr) 

(source)



Une statue érigée à Liverpool en 2014, célébrant la Trêve de Noël
(Christmas truce) qui eut lieu dans les tranchées de la Somme, cent ans plus tôt,
entre les deux camps
(source)


Il est de plus en plus difficile, me semble-t-il, de rester debout, de marcher, d’avancer.
La route, qui semble à présent plongée dans l’obscurité, est de plus en plus sinueuse.
Et parsemée d’embûches.
Et non, pas de Noël, les embûches.
Ces dernières, à mon sens, sont de deux ordres:
  • d’un côté, et pêle-mêle, l’envie de sang, de vengeance aveugle, celle du repli identitaire, de l’amalgame peu raisonné, de solutions à court terme, expéditives, à l'emporte-pièce, et surtout à l'encontre même des principes humanistes les plus élevés pour lesquels nous nous sommes chèrement battus, et que ces sous-merdes islamistes veulent précisément fouler du pied. 
Ce qui m'apparaît bien proche du pestilentiel populisme d’extrême-droite, pour faire simple. 

  • de l’autre, la voie pathétique de l’arc-en-ciel enchanté, celle du pays merveilleux des gentils bobos, des donneurs de leçons, qui préfèrent ne pas voir la réalité, qui ne savent que se lamenter benoîtement en se battant la coulpe, tétanisés, sans envergure. Certains d'entre eux profitent même du climat religiocide ambiant pour, sous prétexte de défendre la Laïcité, nous supprimer nos belles traditions.



Moi, qui me vois comme un laïc, libre-penseur - j'aime assez libre-croyant -, fondamentalement ouvert, aucune de ces voies ne me convient.

Alors, au moins, j’essaie de rester debout.
Même si ce n'est pas grand-chose, c’est déjà ça, non?




Allez…

Dimanche dernier, nous avions parcouru ces dérivés du latin stō, stāre, “se dresser, être debout…” que sont distant, instant, substance, tous basés sur des composés de stāre.

Eh bien, entamons ce dimanche par un mot toujours bien basé sur un verbe composé créé à partir de stō, stāre, mais cette fois dont la forme ne rappelle plus vraiment d’où il vient

pom pom pom...

Si vous prenez le latin stō et que vous lui adjoignez le préfixe ob-, “devant”, ou qui marque l’opposition, vous obtenez…
- je sais, c’est dur, on est dimanche, et qui plus est le lendemain de la veille -
obstō, obstāre, “faire obstacle, s’opposer, empêcher…”

Le latin obstaculum, substantif créé sur la base verbale obstāre, c’était l’empêchement, ce qui arrête, ou ralentit

Eh!
Ben oui, nous l’avons emprunté en français (1225 selon Alain Rey), pour en faire notre obstacle, évidemment.



La semaine dernière, on avait joué ensemble à ce petit jeu du “prenez le participe présent d'un verbe composé sur stō, et transformez-le en français”.

Faisons la même chose à partir de obstō, voulez-vous?


Obstō.

Participe présent? Obstans (“faisant obstacle”).

Ce qui donnerait plus tard en français? Obstant.

- Mais enfin!!! Obstant, c’est pas français!!! N’importe quoi!
- Oh bonjour! Joyeux Noël à vous aussi! C’est bien, au moins, vous suivez.

Et je vous donne raison!

- Quoi, mais donc, vous admettez enfin que…??
- Oui, obstant n’est pas stricto sensu un mot français. Car tout simplement, il n’a pas passé l’épreuve du temps.

Il existait pourtant, en ancien et moyen français.
Où il vit toujours, quelque part, comme tous ceux - aparté non linguistique - qui nous ont quittés, qui nous manquent cruellement en ces moments de fêtes.
Ba, l'âme humaine, représentée par un oiseau survolant ce qui fut son
corps, à présent momifié.

Combien souvent je veuil qu’on prie
Pour luy, foy que doy mon baptesme,
Obstant qu’à chascun ne le crye,
Il ne fauldra pas à son esme.
Au Psaultier prens, quand suys à mesme,
Qui n’est de beuf ne cordoen,
Le verset escript le septiesme
Du psaulme de Deus laudem.
Le Grant Testament, VI. 
François Villon, 1461 

Ah, si obstant n’est plus de ce monde, nous en avons cependant gardé son contraire, nonobstant, “malgré”, “sans être empêché par quelque chose”…


François-René, Vicomte de Chateaubriand, 1768 – 1848
(…) 
L’idée que nous nous détruirons par notre propre anarchie, sera tôt abandonnée des souverains, quand ils verront que nous existons nonobstant les journées de juillet. (…)

Chateaubriand,
Mémoire sur la captivité de la Duchesse de Berry














Ce ob- du latin obstō, obstāre pouvait donc marquer l’opposition, mais aussi signifier “devant”.

Toujours d’accord?

Obstō, obstāre signifiant alors, tout simplement, “se tenir devant”.

C’est ainsi que, depuis Plaute en tout cas, obstetrix, obstetricis désignera celle qui se tient très précisément devant la parturiente, j’ai nommé la sage-femme.



Notre moderne obstétrique, 
partie de la médecine qui traite de la grossesse et des accouchements (merci Le Grand Robert de la langue française),
en sera un dérivé savant, créé au tout début du XIXème.

Beaucoup plus récemment, dans les années 1970, on le déclinera encore en obstétricien, obstétricienne,
médecin spécialiste de quoi, de quoi? d’obstétrique. Dingue.


Eh oui! Obstacle, nonobstant et obstétrique sont bien des dérivés de notre ahurissante *stā- indo-européenne!

L’eussiez-vous cru?

Mais il y a encore mieux…

pom pom pom...


Obstō, obstāre, chronologiquement, a signifié tout d’abord “se tenir devant”. 
De là, par la suite, son acception de “faire obstacle”.

En bas latin, de fil en aiguille, le verbe a continué d’évoluer…
Pour, dans des sens transitifs, en venir à signifier “empêcher de” (au Vème), puis enfin, et par extension, “effacer, enlever”. Entendez “supprimer (quelque chose) ... pour empêcher, pour éviter (quelque chose / que quelque chose n'arrive)”.

Vous voyez où je veux en venir?
Ça va vite s'éclaircir, attendez...

Obstāre, dans cet emploi, se retrouve en français sous la forme uster (fin du Xème).
Puis ... oster, au XIIème…

OUI! il deviendra notre français moderne… ôter!

Surprenant, non?
C'est pas un beau cadeau de Noël, ça??

C'est de Louis Aragon



Pour en terminer, non pas avec la longue, longue liste des dérivés de notre fascinante racine *stā-, mais bien avec l’article de ce dimanche si particulier, je ne peux que vous rappeler ce que nous avions dit, il y a cinq ans déjà, de … solstice.

Solstice, lui aussi un bien joli dérivé de *stā-.
du passage des ans



Encore une fois:

À vous toutes et tous,

je vous souhaite un JOYEUX jour de NOËL,
et un très beau réveillon de la Saint-Sylvestre.


Si ça vous dit, on se retrouvera l’année prochaine, le 1er de l’an.

Merci pour votre fidélité, pour votre soutien.


Frédéric

Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen CHAQUE JOUR de la semaine!
(Mais de toute façon, avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
--- --- ---


C'est Noël! Alors DEUX morceaux, pour nous quitter!

Peut-être l'aviez-vous déjà remarqué, mais j'ADORE la voix de soprano de Renée Fleming.

Écoutez-la ci-dessous, mais ici avec sa voix “normale”, celle “de tous les jours”,
en duo avec Kelli O'Hara, talentueuse chanteuse américaine de “Musicals”.

Pourquoi j'aime tant la voix de Renée Fleming?
C'est son côté plein, charnu.
Elle n'a pas une voix de tête, froide, décorporée. Oh que non.

(cette voix de tête, a contrario, est souvent d'ailleurs - faites attention, vous verrez -
la voix de chant typique des nonnettes, qui manifestent peut-être par là
le mépris qu'elles éprouvent de leur corps, justement si charnel - beurk)

Vous réalisez ici que pour une soprano,
la voix naturelle de Renée Fleming est en fait très basse.
Très sensuelle, osons-le.
Ceci expliquera cela...



Et puis, Elvis!
Live, dans une mini-formation, chantant et s'accompagnant lui-même à la guitare.

En duo avec Martina McBride.
Et sa voix de chanteuse Country absolument divine...

Martina McBride?? Mais? Elle est née en 1966!
Et Elvis nous a quittés - ou pas! - en 1977!

Martina McBride... MAINTENANT!

Ils n'auraient pas pu chanter ensemble,
du moins à l'âge que l'on peut leur prêter dans cette vidéo?!

Eh oui, c'est la magie de l'incrustation a posteriori d'images - et de son.
(c'est pas difficile: si vous ne le savez pas,
rien ne vous permet de deviner que ce clip d'époque est un montage)

Un superbe duo posthume du King, qu'il n'aurait certainement pas renié:

Blue Christmas, Elvis Presley et Martina McBride.
Du haut de ces tabourets, quarante ans les séparent.




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