- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 26 mars 2017

l'étalon détala devant l'étalage.





Ce ne sont pas des fanfarons, ni des artistes du verbe, ni des gens qui font étalage de la culture jugée enviable par la foule, que forme l’étude de la nature, mais des hommes fiers et indépendants, et s’enorgueillissant de leurs biens propres, non de ceux qui viennent des circonstances.


Sentences Vaticanes, 45, 

Épicure (Ἐπίκουρος, Epicouros)















Bonjour à toutes et tous!


C’était le 19 février. Un dimanche.
Nous laissions temporairement de côté notre formidable, notre courageuse racine indo-européenne *stā-, “être debout”, pour nous précipiter comme des obsédés textuels sur *(s)teig-, “piquer”.
le style et la manière


Et là, en ce beau dimanche 26 mars 2017, nous reprenons tranquillement le cours des choses, et continuons de creuser autour de l’invraisemblable

*stā-, “être debout”.




Allez, on se refait une petite séance de rappel, histoire de repartir du bon pied.

De *stā- nous seraient arrivés, notamment:
  • fauteuil, steed, stud
un fauteuil pour (*steh) deux,
dimanche 25 septembre 2016 
  • ester, étable, établir, étage, stable, stage, station
l'étage, là, au-dessus de l'étable, il est vraiment stable?,
dimanche 2 octobre 2016
  • estance, estancia, étai, étançon, stake, stance, stanza
María-Felicia García a passé son enfance dans une estancia,
dimanche 9 octobre 2016
  • certaines formes du verbe être
Être ou ne pas être, cogito ergo sum, et toutes ces sortes de choses...,
dimanche 16 octobre 2016
  • estate, état, état-major, state, statue, statuer, stature, statut
La Statue de la Liberté? Aux Etats-Unis.,
dimanche 23 octobre 2016
  • arrêté, arrêter, circonstance, constant, étancher, reste, rester
un article de circonstance...,
dimanche 30 octobre 2016
  • constater, contraste, cost, coût, mais PAS l’anglais rest
quel contraste, entre le coût constaté de la vie et le discours des politiciens...,
dimanche 6 novembre 2016
  • armistice, assister, interstice, persister, résister, se désister, subsister
résister, persister... Ces mots prennent à présent toute leur valeur.,
dimanche 13 novembre 2016
  • constituer, destituer, instituer, instituteur, prostituer, restituer, rite, statut, substituer, superstition
la prostitution, comme substitut à la superstition?,
dimanche 11 décembre 2016
  • consubstantiel, distance, distanciation, instamment, instance, instant, instantané, substance, substantif, substantifique
“Et c'est dans ma chevelure ébouriffée, Qu'il va le plus me manquer”: ici-aan, vous voyez, l'actrice-aaan se met en danger-aaan en se distanciant du texte-aaan.,
dimanche 18 décembtre 2016
  • nonobstant, obstacle, obstétricien, obstétrique, ôter
Un bien drôle de Noël...,
dimanche 25 décembre 2016
  • -stan, stir, старый
trop remuant, le vieux Russe fut mis en prison en Ouzbékistan,
dimanche 1er janvier 2017
  • étaim, étamine, stamina
chacun chez soi, et la laine des moutons sera bien cardée,
dimanche 8 janvier 2017
  • estaminet, stalag, Stammcafé, stammer, stem, stom
Quel était le nom du Stammcafé de Michel Delpech?,
dimanche 15 janvier 2017
  • shtãj
Debout, Albanie!,
dimanche 22 janvier 2017
  • apostasie, diastase, épistémologie, extase, iconostase, métastase, prostate, système
- Et la Stasi, alors? - Non, RIEN à voir.,
dimanche 29 janvier 2017
  • Lagerstätte, Staat, Stadt, Stasi, state, Stätte, stead
- Et la Stasi, alors? - Ben oui, c'est la même racine. Évidemment, enfin!,
dimanche 5 février 2017
  • distyle, octostyle, péristyle, sthaviravAda, style, stylite, stylobate, styloïde, systyle, theravāda
Être stylite sur un stylobate, ça le fait vraiment pas.,
dimanche 12 février 2017

Ce qui n’est déjà pas mal, me direz-vous.



Dans les deux premiers articles de cette saga consacrée à *stā-, “être debout”
- un fauteuil pour (*steh) deux et l'étage, là, au-dessus de l'étable, il est vraiment stable?, pour ceux d’entre vous pour qui la notion de position dans une liste n’est ni innée ni acquise -
nous avions vu que *stā-, par le latin stāre, nous avait donné étable, 
“lieu, bâtiment, abri où on loge les bestiaux, les bovidés”.
Et qu’en anglais, via le germanique *stōdō-, *stā- avait donné … stud. L’écurie, le haras.


Car, oui, beaucoup des dérivés de *stā- évoqueront un emplacement, un bâtiment.
Entendez une chose qui est debout.
Ici, en l'occurrence, l’endroit ... où l’on élève les chevaux.


Eh bien, aujourd'hui, je vous propose de repartir de la même veine.

Car, voyez-vous, le degré zéro de notre chère *stā-, *stə-, débouchera, par une forme suffixée
*stə-tlo-, sur le germanique *stadlaz-, puis *stallaz-.
Ce qui vous fait une belle jambe, je sais, je sais…
Ah ça, les jambes de Chris Evert Lloyd...

Pourtant, sur *stallaz-, que l’on pourrait traduire par “qui est debout, stable…”, vont se créer une flopée de mots dans les langues germaniques.

Comme par exemple, par le vieil anglais steall (“lieu, position”) et le moyen anglais stall, l’anglais… stall.

Qui signifie, ou a signifié, plein de choses, du compartiment pour un animal dans une écurie ou une étable à l’étable (ou l’écurie) proprement dite, en passant par un banc sur lequel des marchandises sont exposées pour la vente… 

Oh, de *stallaz- découlent encore le néerlandais stal (écurie, bergerie, porcherie…), l’allemand Stall, de sens similaire, ou encore …

- OUI!!! -


le vieux norois stallr.
Avec toujours cette référence à un lieu où l’on élève des animaux.
Idem dans
  • le vieux frison stall, 
  • le saterlandais Staal, 
  • le vieux saxon *stall


Là où vous...
- en tant que francophones -
...  allez enfin pouvoir établir le lien entre le germanique *stallaz- et des mots bien frrraaançais, Meussieu, c’est quand je vous dirai que *stallaz- s’est retrouvé en, en.... francique!

le cliché

Précisément dans le francique *stall, ou *stal, “position, demeure, étable”. 

Car, ô bonheur,  c’est du francique qu’est issu notre … étal (sous la forme estal, fin du XIème).



Étal, selon le Grand Robert de la langue française:
Lieu où étaient exposées les marchandises à vendre. Table où l'on expose les marchandises dans les marchés publics.
(1393) Table de bois épais sur laquelle les bouchers débitent la viande. — Par métonymie, débit de viande.
Pêche. Table sur laquelle le poisson est travaillé, à bord des navires morutiers.

Étal, d’où aussi … étaler. 
À l’origine, “assigner une place, installer”.

Ou étale, l’adjectif. Qui s'appliquait vraisemblablement, en un premier temps, de la bière “reposée”.

Quant à détaler, son premier sens était de “retirer de l’étal, de l’étalage”.



Étalage?

Oui, bien sûr, le mot découle d'étal, mais pas vraiment de la façon à laquelle on s'attend...

- Oh oui Pépé, raconte-nous encore une histoire!









Eh bien, mes enfants,


Avant étalage existait le latin médiéval stallagium, “droit perçu sur les marchandises étalées” (fin du XIIème).
Quand étalage apparaît, dans le premier tiers du XIIIème, sous les formes estalaige et estalage,  il reprend le sens du mot latin.

Ce n'est qu'un peu plus tard, vers le milieu du XIIIème, qu'il se dira de l'action d'étaler des marchandises.
Et qu'il désignera, par métonymie, lesdites marchandises, voire le lieu où on les expose.

Les invraisemblables étalages de chez Harrods.
Ici, la poissonnerie.

L'anglais empruntera le vieux français estalage, pour en faire stallage, désormais désuet, mais qui s'employait bien dans le sens premier du mot vieux français: droits perçus sur l'installation d'une échoppe, lors d'une foire ou d'un marché”.


En français aussi, nous parlons de stalle, pour désigner chacun de ces sièges de bois qui, dans les églises, sont autour du chœur, et sur lesquels sont assis les chanoines ou autres religieux.



L’histoire de ce mot est un peu tarabiscotée

C’est un emprunt au latin.
Mais au latin médiéval, de la fin du XIIème: stallum, “siège dans une église”.

Stallum qui n’était que la latinisation de notre vieux français estal, “position”.

- Mais?? Étal, c'est masculin. Alors que stalle...
- Bonjour, et bon dimanche!

OUI, excellente remarque!
Estal, l'ancien mot pour étal, est passé au latin stallum. Toujours masculin.

Mais il est devenu féminin à partir du moment où il repassa du latin au français.
Où l’on retranscrivit donc stallum en stalle.

Eh oui, avec cette finale -alle, on l'a alors pris pour un féminin.

oui, je sais...
Je vous le dis si souvent, mes enfants: l'histoire de notre si belle langue est faite de tellement d'erreurs...


En français, toujours, stalle, dans son acception de “compartiment cloisonné réservé à un cheval dans une écurie” ne date très curieusement que de la première moitié du XIXème!



C’est vraiment curieux, car dans les langues germaniques, c’était pratiquement le premier sens du mot.
Mais on l’a oublié (ou dédaigné?) en français, et on ne l’a repris qu'au XIXème, pour remplacer l’anglicisme qui s’était imposé à sa place…: “box”.
Et donc, pour préserver la pureté de notre belle et grande langue française, on remplaça un vilain mot germanique...
(basé, comme notre français boîte, sur le grec ancien πυξίς, puxís, “boîte de buis”, lui-même créé sur πύξος, púxos, “buis”)
 ... par un très joli mot ... germanique, basé, lui, sur une racine... germanique.
boîte de buis



Si, étymologiquement, les anglais stud ou steed ("étalon...") peuvent se comprendre, dans leur sens premier, comme “l'animal de l’écurie”, de même notre français étalon, du francique *stallo
- dérivé évidemment du francique *stal(l) -,
désigne lui aussi, à l'origine, un pensionnaire de l’écurie.



Et pour répondre immédiatement à la question que vous n’allez pas tarder à vous poser:

Quant à étalon “modèle légal de mesure ; représentation matérielle d'une unité de mesure”, il n’a aucun rapport avec étalon, le cheval.

cales étalon (source)

Mais il provient aussi - du moins c’est ce que l’on pense - du francique: *stalo, ou *stelo, pieu, poteau.

D’ailleurs, le mot (1180) est attesté tout d’abord avec le sens de poteau.
Mais qu’il ne conservera pas.

Au XIVème, il désignera un baliveau.

Ah ouais, bien sûr. Un baliveau. Je comprends mieux.



Baliveau: 
Un jeune arbre réservé, lors de la coupe d’un taillis, afin qu’il puisse devenir un arbre de haute futaie.



Mais parallèlement, au début du XIVème, apparaîtra le sens qu’on lui connaît aujourd’hui: représentation matérielle d’une unité de mesure.

Euh, et pourquoi?
Comment explique-t-on ce nouveau sens?

Ben, pour être franc, on sait pas trop



Guiraud proposait que le pieu d’origine aurait évolué vers le sens de jauge (bâton gradué), d’où “modèle à partir duquel on reproduit la mesure”. 

Why not?




Allez,
Je vous laisse!

Il fait beau, alors sortez un peu, profitez du printemps!

Ici, notre adorable vieux labrador fait sa mue, et ses poils serviront de matelassage de nid aux chardonnerets et autres petits cui-cui.



Et les petites fleurs blanches que nous avons rapportées des Cornouailles fleurissent pour la première fois! (si vous connaissez leur nom, dites-le moi)





Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, une très belle semaine!



Frédéric


Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen CHAQUE JOUR de la semaine!
(Mais de toute façon, avec le dimanche indo-européen, c’est TOUS LES JOURS dimanche…).


Et pour nous quitter,

le concerto no 1 en mi majeur, op. 8, RV 269, « La primavera », 
de Vivaldi.

On le connaît bien ce morceau. Très bien. Trop bien.
Devenu muzak, musique d'ambiance, d'attente au téléphone ou dans l'ascenseur.

Et pourtant, et pourtant, 
écoutez cette version...


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