- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 28 mai 2017

des héros du télémarketing me sont tombés dessus sanglier gare





“Plus øn pense de façøn objective, møins øn existe.


“Il n'est pas du tøut difficile de séduire une jeune fille, mais d'en trøuver une qui vaille la peine d'être séduite.


“Il y a deux façøns de se trømper : L'une est de crøire ce qui n'est pas, L'autre de refuser de crøire ce qui est.


Søren Kierkegaard,
artiste, écrivain, philøsøphe, scientifique, théøløgien (...) danøis

Søren Kierkegaard, 1813 - 1855


















Bonjour à toutes et tous!

Tout avait commencé par la découverte de cette série historique: The Last Kingdom, racontant la glorieuse époque de Ælfræd the Great.

“Destiny is all, destiny is everything”


Car, rappelez-vous, je m'étais interrogé sur l'étymologie de l'anglais Mercia (Mercie), le nom de cet ancien royaume, aux frontières du Pays de Galles.
Pour l'article en question, on clique ici: certaines marques de chaussures sont plutôt faites pour se faire remarquer que pour marcher

Moi, bonne âme, et pas fier pour un sou, je décidais de vous faire part du fruit de mes recherches...

Nous avions alors vu que Mercia provenait d'une lointaine racine indo-européenne, *merg-, “frontière, limite”, à l'origine des germaniques *markō- (de même sens) et *marka-, “signe”.

D'où nos ... marc (comme celui de champagne), marche, marcher, marque, marquer, et même marqueterie.


La semaine dernière, nous continuions l'étude de *merg-,  et nous pâmions devant ces autres dérivés que sont ...
  • les français démarcation, marche (la région frontalière), marquis, ou encore 
  • l'allemand Mark et l'anglais march (toujours dans le sens de “marche-frontière”).

Et devions admettre que Murcia (la région espagnole de Murcie) n'avait strictement aucun rapport avec  *merg-. Mais alors aucun.
Tout ça, c'était ici: “L'idée de Dieu est, je l'avoue, le seul tort que je ne puisse pardonner à l'homme.” - Sade



Aujourd'hui, en ce beau dimanche de mai, comme promis, nous continuons notre petite étude des dérivés de notre si mimi racine *merg.


Mais voyez comme les choses sont bien faites...
- pour moi, le hasard n'existe tout simplement pas -,
... dimanche dernier, je passais une excellente après-midi avec d’anciens collègues (nous avons travaillé ensemble pendant plusieurs années il y a maintenant plus de 25 ans, figurez-vous, mais nous nous revoyons encore au moins une fois par an).

Mon ami Jacques, qui nous invitait chez lui, habite à … Marcq.

Marcq
(source)

Marcq était une petite commune de Belgique, avant d’être intégrée à Enghien lors de la fusion des communes, en 1977.

Marcq!

Après vérification, je peux vous l'affirmer: OUI, le mot vient bien du germanique *markō, par le francique *marka, “limite, frontière”.

En fait, le village tire son nom de la rivière Marcq, qui délimitait.
Quoi, honnêtement, je n’en sais rien. Mais elle délimitait.
(Peut-être, et à tout hasard, du côté de l'an mil, la frontière entre la Flandre et la Lotharingie inférieure?) 
La Lotharingie vers l'an mil
(source)

Cela m'a incité à creuser la piste des toponymes belges...

sur la piste des toponymes belges...

Et le résultat, le voilà:
On retrouve encore *markō dans bien d’autres toponymes de Belgique, citons par exemple…
  • la rivière Marka à Éghezée, 
  • la commune de Marche-en-Famenne (à la frontière entre la Principauté de Liège et le Comté/Duché de Luxembourg,
  • les communes de Marche-les-Dames et Marchovelette, délimitant la frontière entre Liège et le Comté de Namur,
  • la commune de Marche-lez-Ecaussines, à la limite entre le comté de Hainaut et le Duché de Brabant...
Il y a encore la commune de Marchoucrève, au nom vraiment limite.

Il y en a plein.

On parle encore de Marcelle comme diminutif de *marka ; on retrouve un Bois Marcelle près de Charleroi, et à Namur, les rues Haute-Marcelle et Basse-Marcelle délimitaient la ville vers le nord, en longeant pratiquement l'enceinte de la ville (la troisième, d'enceinte, pour être précis).

Google Maps nous révélant le trajet des deux rues, l'une dans le
prolongement de l'autre


en III: la ville selon sa troisième enceinte, qui correspond (à la grosse louche)
à la moitié inférieure du plan du milieu: les deux rues Marcelle suivaient le
rempart nord


Je soupçonne la terminaison -mark de certains noms de villages flamands, comme Langemark, ou Kortemark…, de provenir aussi du francique *marka, 

Et on peut encore s’amuser à citer Merkem, Maarke, Marke, Merksem, Merksplas


Et en France?
Pareil!

Marcq-en-Barœul semble bien tirer son nom de *marka.



Et la commune des Marches...
(merci Wikipedia!)
...fut fondée et fortifiée en 1300 par le Comte Amédée V (le Grand, excusez du peu) pour défendre la frontière sud du Comté de Savoie face au Dauphiné voisin.

Château des Marches


Et puis, il y a évidemment la Marche, le comté de la Marche, région qui correspond aujourd’hui à la partie nord du Limousin (elle a principalement donné naissance au département de la Creuse et à une partie du département de la Haute-Vienne).

Le comté de la Marche faisait lui transition entre les possessions des comtes du Poitou, des ducs d'Aquitaine, et celles du roi de France.



On suppose que le comté de la Marche fut créé entre 955 et 958.
Il fut en tout cas placé sous l'autorité de Boson Ier dit le Vieux.
Mais à mon avis - et ce n’est que mon avis -, Boson n’avait accepté la charge que pour la particule.
- Uh? Désolé, mais là je capte pas...
- Mais oui, oh, je fais allusion au boson de Higgs, la fameuse particule dite de dieu
Tu cernes, maintenant? (oui, je sais, c'est irrésistiblement hilarant)








Boson de Higgs (source: https://home.cern/topics/higgs-boson)

Et ici, le blouson de Ickx

Notre légendaire Jacky Ickx, six fois vainqueur au Mans,
et aussi un vrai gentleman.
(Et c'est probablement aussi le seul Ucclois capable, non
pas de conduire, mais de piloter son Porsche Cayenne
entre Uccle et Knokke-Le-Zoute)


Je vous parlais de ces noms de villages flamands en -mark…


Eh bien, sachez qu'en ...
- YESSSS!! -
vieux norois, …














... le mot mǫrk signifiait tant région frontalière que forêt.
Vraisemblablement, tout simplement parce que les forêts faisaient frontière.

Et les descendants scandinaves de mǫrk ont continué à évoluer.
Ainsi, à l’heure actuelle, mark en norvégien désigne le sol, le territoire, alors qu’en danois, il désignera plutôt le champ, la prairie

Danemark - en vieux norois Danmǫrk -, signifie à l’origine “la marche des Danois”.

Et Télémark, le nom de ce comté (fylke) norvégien situé au sud du pays, en norvégien Telemark, et en vieux norois Þelamǫrk, désigne la marche / la zone boisée des Þela.


Telemark fylke

Þela étant le génitif pluriel de þelir, le nom d'une ancienne tribu germanique.

Les Héros de Télémark (The Heroes of Telemark),
film d'Anthony Mann, 1965


Restons encore un instant en germanique

On a beaucoup parlé du proto-germanique *markō, “frontière, limite”. 
Mais n’oublions pas non plus son comparse *marka-, “signe”.

Que l’on retrouve dans l’allemand… Mark! La monnaie. Celle d’avant l’Euro.



Oui, car le mot germanique, dans cette acception, signifiait à l’origine “marque officielle que l’on apposait sur une pièce de métal”. 
De là, il en est venu à désigner un poids d’argent, et puis, enfin, la monnaie.

On retrouve des équivalents au Mark allemand dans d’autres langues germaniques:
  • en vieil anglais, il désignait une dénomination de poids (communément la moitié d’une livre),
  • en suédois, mark désigne une pièce de monnaie frappée, 
  • en islandais, mörk désigne un poids (communément une livre) d’argent ou d’or…

Et par le francique, ben, nous en avons tiré notre français marc, ancien terme de métrologie, qui signifiait “quantité d’or, d’argent pesant huit onces”.
Marc: 
Ancien poids de huit onces de Paris (244,5 g) servant à peser les métaux précieux. 
© Le Grand Robert de la langue française


Et je crois qu’avec ça, on aura fait un bon tour des dérivés germaniques de notre *merg-.

NON, encore un mot!!!



Oui, marcassin! Le nom du petit du sanglier. Mô qu'il est mimi tout plein.

Le mot, entré dans notre vocabulaire sous la forme marquesin (fin du XVème), est vraisemblablement dérivé de marque, par allusion aux raies qui strient le corps de l'animal.

Quant à cette curieuse terminaison en -in, on suppose qu'elle s'est bêtement calquée sur le modèle de bécassin (nom vulgaire d’une espèce de bécassine), créé sur bécasse + -in.
(Déjà que “espèce de bécassine, c'est pas trop classe... Je vous laisse imaginer le niveau de vulgarité du bécassin)
Bécassin signifiait proprement (même si vulgairement) “bécasse à bec long” ;  cette terminaison en -in aurait donc évoqué l'idée de longueur, d'allongement.

En suivant la même logique, en créant ce marques-in originel, on en faisait le nom d'un animal aux marques allongées.

le bécassin,
probablement l'un des oiseaux les plus vulgaires qui soient.

Il suffit d'entendre son cri: alors que la bécasse fait "tchiou tchiou tchiou",
le bécassin émet quelque chose comme
"tchiou tchiou ta mère tchiou bouffon tchiou j'te nik tchiou ta race tchiou"


Oh mais j'y pense, j'avais encore un exemple concret de marche (dans le sens de région-frontière) à vous donner.
Encore un peu, et j'allais l'oublier!

Il y avait encore, sous la juridiction du Saint-Empire romain germanique, l'ancien comté de La Marck (Grafschaft Mark), incorporé au début du XVème dans le Cercle du Bas-Rhin-Westphalie.
(et pour répondre à votre question, personnellement, non, je ne pense pas qu'il faille voir dans ce cercle du Bas-Rhin la moindre connotation sexuelle liée à un acte contre nature) 
Possession des Hohenzollern à partir de 1614, il devient au siècle suivant un territoire prussien dans l'Ouest de l'Allemagne.

(superbe) carte du Comté de La Marck, 1681, par le cartographe Nicolas
Sanson

Un des seigneurs de la maison de La Marck, lignée dont un des fiefs sera donc le Comté de La Marck, fut le tristement célèbre Guillaume.

Oui, Guillaume de La Marck, dit aussi le Sanglier des Ardennes, seigneur de la Principauté de Liège, dont on ignore la date de naissance (circa 1446?), mais dont on sait qu'il a été exécuté en juin 1485 à Maastricht. Et qu'il l'avait bien cherché.

Guillaume de La Marck

Marcassin, sanglier:
vous voyez, le hasard n'existe pas. 
Et maintenant, vous comprenez aussi le lamentable titre de cet article, dont j'avoue, à la relecture, ne pas être particulièrement fier. 


Bon, c'est pas tout ça.
Pour qu’une racine puisse être considérée comme indo-européenne...
- vous vous en doutez bien -,
... elle doit avoir donné des dérivés dans plus d'un groupe linguistique.

En l'occurrence, vous pourriez aisément, à la vue de ces trois articles sur notre charmante *merg-, la considérer comme seulement germanique.

Détrompez-vous!

Dimanche prochain, nous en découvrirons la progéniture dans les langues celtiques, les langues romanes, en persan, en sanskrit, et - soyons fou - en avestique.


Je vous souhaite un excellent dimanche, et une très très belle semaine!



Frédéric


Sir Roger George Moore, KBE,
14 octobre 1927 – 23 mai 2017


******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
******************************************


Et pour nous quitter,

un remarquable exemple de chant polyphonique, à quatre voix:



La sublime Messe de Nostre Dame.

D'un Guillaume à l'âme nettement plus élevée
que celle du Sanglier des Ardennes (du moins je le suppose): 

Guillaume de Machaut, c. 1300-1377


article suivant: La proportion de jeunes filles s'appelant Margot et vivant au Pays de Galles est assez marginale.

dimanche 21 mai 2017

“L'idée de Dieu est, je l'avoue, le seul tort que je ne puisse pardonner à l'homme.” - Sade







“Les passions de l’homme ne sont que des moyens que la nature emploie pour parvenir à ses desseins.”

Donatien Alphonse François de Sade, marquis de Sade

Le Marquis de Sade,
2 juin 1740 – 2 décembre 1814


















Bonjour à toutes et tous!


Dimanche dernier, nous découvrions la racine indo-européenne *merg-, “frontière, limite”, qui se cachait derrière l’anglais Mercia.
(Mercia? Mais oui, l’ancien royaume de Mercie, aux frontières du Pays de Galles).

Nous avions vu que de *merg-, par l’entremise des germaniques *markō- “frontière, limite” et *marka-, “signe”, nous avait donné les français marque, marche, marcher, et même marqueterie.
Ou carrément marc (celui de marc de champagne).


Évidemment, vous pouvez aisément le supposer, si de *merg- via *markō nous avons reçu marque, il en est de même de nos remarque, et démarque.
Inutile, je pense, de nous épancher sur ces deux mots bien connus. 

Bah, allez oui, peut-être une chose, pour remarque, déverbal de remarquer: le préfixe re- qui y est utilisé a ici une valeur intensive.

Et pour ce qui est de démarque, il est le déverbal de dé-marquer, - exprime la privation, la séparation…, et a dû signifier en un premier temps, littéralement et tout simplement, “enlever la marque de”.

En revanche, démarcher ne signifie pas, mais pas du tout, enlever la marche, ou arrêter de marcher.
Ben non, ici, le préfixe- est employé ici avec sa valeur de renforcement, tel qu’on le trouve par ailleurs dans découper, dédoubler, détenir, dénier…
Amusant, non, cet emploi de notre dé-!  
Pour la petite histoire, il s’explique par le fait que la particule latine de- pouvait donner à un verbe une valeur perfective (où l’accent est mis sur le résultat de l’action), d’où cette valeur d’intensification, de renforcement dont il teintait le verbe… 
Le composé démarcher signifiait donc, à l’origine (au début du XIIème),
tout comme le verbe simple sur lequel il avait été formé (marcher, pour les moins vifs d’entre nous),
fouler aux pieds. Ou aussi “commencer à marcher, marcher”.

Son déverbal actuel, démarche, a pris au XVIème le sens de “manière de marcher”.

De là, figurativement, “manière d’agir”, et puis - surtout au pluriel -, “tentative auprès de quelqu’un pour en obtenir quelque chose”. 

D’où aussi nos démarchage, démarcheur… et l’emploi transitif de démarcher (“démarcher un client”).



Ici, une façon hilarante de répondre à du démarchage par téléphone.
Désolé, c'est en anglais (enfin, en américain)




Nous parlions d’intensitifs…

L’équivalent espagnol de marquer, c’est marcar.
Au début du XVIIème, on rencontre son intensif: demarcar, dans le sens de “marquer les limites d’un pays, d’un terrain”.

D’où l’espagnol demarcación.

Que nous avons emprunté, dans l’expression “ligne de démarcation”, au tout début du XVIIIème.


À l’origine, cette fameuse ligne de démarcation s’appliquait exclusivement, précisément et spécialement à cette ligne tracée par le pape Alexandre VI sur la mappemonde, pour séparer les possessions espagnoles des possessions portugaises.

Ce bon Alexandre VI, pape de 1492 à 1503 (oui oui, c'est lui qui servit
d'inspiration à Machiavel pour son personnage du Prince)


et la mappemonde, telle que proposée par Alexis (comme l'appelaient
affectueusement ses amis proches)

Ce n’est qu’au XVIIIème qu’elle s’étend à toute ligne marquant la séparation de deux territoires, voire - au figuré - de deux pouvoirs.

Nous connaissons évidemment surtout l’expression pour son emploi entre 1940 et 1942, où elle délimitait, en France, la zone occupée et la zone libre.





Mais… revenons à notre point de départ, à Mercia.

Un ami à moi, qui se reconnaîtra vite, a voulu faire très intelligemment, très sainement et avec une présence d'esprit qui l'honore le lien entre Mercia et Murcia...
(ce que je peux particulièrement bien comprendre, dans la mesure où moi-même, c’est précisément la première chose qui m’est passée par la tête quand je réalisai l'origine de l'anglais Mercia. J'adore le raisonnement de mon ami. Cultivé, fin... - moi, en plus, je suis modeste.)
Car oui, on peut voir la Murcie comme à la frontière. Avec quoi? L’Andalousie, par exemple.



Hélas, non, il semblerait qu’il n’y ait strictement aucun rapport entre Mercia et Murcia.
Murcia, la région, tiendrait son nom de la ville, Murcia, qui, très subtilement, en est aussi la capitale.

L’étymologie de Murcia n’est vraiment pas très claire, et plusieurs théories existent.
Ce que l’on sait: Murcia a reçu son nom de l’émir de Cordoue Abd ar-Rahman II en 825, qui la baptisa - enfin, si on peut dire - Mursiyah, en arabe: مرسية.

Abd ar-Rahman II (à ne pas confondre ni avec Abd ar-Rahman I, ni avec
Abd ar-Rahman III)

Parmi toutes les théories sur l’étymologie de son nom, je m’en vais vous donner les deux plus communément admises: ce nom dériverait du latin Myrta ou Murtea, “le pays du myrte”. 
Myrte? De la famille des myrtacées, il est répandu dans les régions méditerranéennes où il sert à la confection de diverses liqueurs
myrte


Ou alors, le nom dériverait tout simplement du latin Murtia, basé sur le nom propre Murtius.
Ce qui est entre nous assez facile: personne ne pourra jamais contester ce genre d'étymologie... Je sais pas d'où ça vient? Et hop là, ça vient d'un nom propre...

Donc, avec Murcia/Murcie, on est dans l’impasse.



Mais qu’à cela ne tienne! Car notre vaillante indo-européenne *merg-, “limite, frontière”, toujours par le proto-germanique *markō-, a donné le francique … *marka.

Et qu’est-ce qu’il nous a donné, le francique *marka, hein?

Eh bien, par le latin médiéval marca / marcha, “borne-frontière, limite, frontière, ou encore “région limitrophe”, notre français … marche.


*merg-, “limite, frontière”
germanique  *markō
francique *marka, “limite, frontière”
latin médiéval marca, “borne-frontière, limite, frontière, “région limitrophe
français marche


Dans cette acception, marche désignait la province frontalière d’un État, que l’on appelait d’ailleurs souvent marche-frontière.

Par extension, il se rapportera à toute région frontalière.
Et puis, s’appliquera finalement à toute région, ou pays (1212).


Ces marches, sous des noms divers, mais toujours bien basés sur le germanique *markō-, on les trouvait pratiquement partout dans l’Europe du Moyen Âge…

en rose, les marches et états indépendants en 814, sous Charlemagne
(source)

Ben oui, vu le nombre d’états ou de régions qui, à l’époque, ne demandaient qu’à envahir le ou les voisins, le mot et concept germanique fut très rapidement adopté par tout le monde.
C'est d'ailleurs probablement la seule chose sur laquelle tout le monde était d'accord.

Si dans les territoires francs, on avait des marches, en Allemagne, on avait des Marks, en Italie le Marche, en Angleterre the marches

Le Marche


S'il y avait un nom pour ce type de régions, il y en avait également un pour celui qui en était le gouverneur...

Le nôtre
- je veux dire le mot français qui désignait cette fonction importante -
n’est pas à proprement parler français, du moins à l'origine, car nous l’avons emprunté à l’italien marchese, “gouverneur d’une marche”.

Notez quand même que le -ese final de marchese, les Italiens eux-mêmes nous l’avaient précédemment emprunté, en le calquant sur le -is final du mot ancien français que nous employions jusque là: marchis (attesté entre 1080 et 1524, si vous voulez vraiment tout savoir).

Ce nom, donc, que nous avons emprunté à l'italien, oui c’était… marquis!

Il devint plus tard, au XVIIème, un simple titre seigneurial, lié à la possession d’une terre, un... marquisat (1474), puis un titre situé entre duc et comte dans la hiérarchie nobiliaire.



Si donc en Italie on parlait de marchese et en France de marquis,
dans les provinces du Saint-Empire romain germanique, on parlait d’un…

margrave, du moyen néerlandais marcgrāve, que l’on pourrait décomposer, en reprenant les deux racines germaniques sur lesquelles il se base, en

  • *markō, (“frontière, limite”, pour ceux qui n’ont pas pris la peine de se réveiller avant de se lever), et
  • *grafa, “rang militaire”, d’où “comte, duc” (mais oui, pensez au Graf allemand)


Charles-Guillaume-Frédéric de Brandebourg-Ansbach,
12 mai 1712, Ansbach – 3 août 1757, Gunzenhausen,
margrave de Brandebourg-Ansbach de 1723 à sa mort.
(source)

En Angleterre, le Roi désignait, pour garder la frontière entre l’Angleterre et le Pays de Galles
- région que l’on appelait avec bon sens les Welsh Marches -,
un Marcher Lord.

Oui, il s’agissait plus ou moins de la région où s’étendait précédemment la Mercie.

source: https://en.wikipedia.org/wiki/Welsh_Marches


Et toujours en Angleterre, pour garder cette fois les régions frontalières avec l’Écosse, mais aussi en Écosse, pour garder les régions frontalières avec ... l’Angleterre...
- régions ce que l’on appelait des deux côtés de la frontière les Scottish Marches -,
...on nommait des Warden of the Marches (Gardiens des Marches).

Il y avait six de ces Marches en tout, trois en Angleterre (West, Middle et East), et … et … trois (bien!) en Écosse, West, Middle et… East.






Ah là là, mon emploi du temps plus que chargé m'empêche de vous en dire plus cette semaine...

Nous terminerons donc notre tour de *merg- dimanche prochain!




Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, une très belle semaine!



Frédéric



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Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
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Et pour nous quitter, 

- c'est la ligne de démarcation, dont on a totalement oublié l'origine espagnole,
qui m'y a fait penser -

l'original, espagnol, de La Foule
(qu'adaptera Michel Rivgauche et chantera Edith Piaf, évidemment)

Amor de mis amores, 

interprété ici par la chanteuse colombienne Margarita Vargas
(dite Margarita La Diosa de la Cumbia)

Il s'agissait à l'origine d'une valse, intitulée Que nadie sepa mi sufrir,
écrite par deux Argentins,
Ángel Cabral pour la musique, et
Enrique Dizeo pour les paroles.



dimanche 14 mai 2017

certaines marques de chaussures sont plutôt faites pour se faire remarquer que pour marcher






“La danse, n'est-elle pas la marche dans son apothéose ; marche noble, dépouillée d'un but utilitaire, et libre comme un jeu d'enfant ?”

Anne Hébert, Le Torrent 


“Non, pas du tout, non. Vraiment pas. Non, j'ai beau chercher.
Essaie de faire le chemin de Compostelle en dansant, et on en reparlera après, hein. 
Et Anne, tant que j'y pense, si j'étais toi, je songerais à changer de marque de tisane”

Frédéric Blondieau,  Les pieds sur terre




Bonjour à toutes et tous!



Je ne vous l’avais pas dit, mais les deux articles précédents, marins,
- allez, on relit "Tribord, c'est à troite" - Georges Buyse et 
Mull was astern, Rum on the port, Eigg on the starboard bow -
m’avaient été inspirés par une série que j’ai découverte récemment: The Last Kingdom,...


The Last Kingdom

- Destiny is all -




... basée sur la série de livres de Bernard Cornwell “The Saxon Stories”, que je me suis d’ailleurs promis de lire bientôt.

Après tous ceux que je me suis déjà promis de lire, et qui prennent la poussière dans la bibliothèque ou de la mémoire sur mon Kindle





The Last Kingdom parle des Saxons, ceux que l'on appellera plus tard les Anglo-Saxons, l’action se situant fin du IXème siècle dans cette région que nous appelons Angleterre, quand le seul refuge saxon contre les Danes (les Vikings, danois peut-être, mais aussi norvégiens) n’est plus qu’une bande de terre tout au sud du pays, le royaume de Wessex.

Le Wessex, ici en bas de la carte














C’est à partir de là que se fera ce que l’on pourrait qualifier de Reconquista avant la lettre, la reconquête de leur territoire par les Saxons, qui verra la création du premier royaume unifié réellement anglais.



Le roi du Wessex, à l’époque, c’était Alfred
Ou plutôt Ælfræd.
Ælfræd the Great, l’un des deux seuls monarques anglais... 
- et Dieu sait s’il y en a eu un certain nombre - 
... à avoir jamais reçu cette épithète de “le Grand”.  

Alfred the Great

Oh, du prénom Alfred, Ælfræd, “le conseil des elfes” - ou aussi, pourquoi pas, “sage elfe” -, on en parlait ici, il y a déjà quelques années: 
une nuance plus blanche de pâleur

Et oui, ce sont les longs bâteaux vikings...
- ce que l’on appelle génériquement en français drakkars, bien qu'il y en ait eu de plusieurs types: Busse, Skeide, Sud, Drage... - et surtout leur aviron de gouverne -,
qui m’avaient lancé sur la piste de tribord et bâbord.




The Last Kingdom m’a obligé à relire et réviser mon histoire de l’Angleterre, et de la Grande-Bretagne.

Plongé sur une carte des lieux au IXème siècle, je tombe sur Mercia, le royaume de Mercie.


Et je suis intrigué.

Mais d’où peut bien venir ce bien curieux mot?

Wessex, c’est facile, c’est le royaume des Saxons de l’Ouest, West Seaxe.

Mais Mercia? On dirait un mot latin, non?

Eh ben oui, Mercia est un mot latin. Enfin, oui, mais non.



Il n’est en réalité que la latinisation d’un mot vieil anglais, que l’on retrouvait sous les formes mierce, myrce, mearc, ou même mærc.

Ce - faisons simple - mearc, c’était la frontière, la limite.

Et donc, Mercia, ou plus formellement Miercna rīce, le royaume de Mercia, c’était le royaume de ceux de la frontière. Des frontaliers.
Et vous l’aurez déduit, le vieil anglais rīce est un dérivé de notre indo-européenne bien connue *reg-1, “mener, rectifier…” 
- relisez donc The Queen, une femme comme les autres -,  
à qui nous devons une ch un nombre impressionnant de dérivés, notamment le latin rex, mais aussi nos français roi, recteur, règle, ou même riche (celui qui est puissant)
Rīce descendait du proto-germanique, où l’on retrouvait *rīkijaz, “puissant” et *rīkiją, “autorité”, emprunts au proto-celtique *rīgiom, “royaume”, créé sur le proto-celtique *rīxs, “roi”, descendant donc de *reg-1
En résumé:
***************************** 
*reg-1, “mener, rectifier…”
celtiques *rīxs, “roi” et *rīgiom, “royaume”
germaniques *rīkijaz, “puissant” et *rīkiją, “autorité”
vieil anglais rīce, “royaume”
***************************** 


Mais revenons à nos moutons...

La Mercie, une frontière?

Mais oui, vous l’aurez compris en regardant la carte ci-dessous, la Mercie faisait surtout, à l'origine, frontière avec le Pays de Galles.


source: By Rushton2010 based on Hel-hama - Own work, CC BY-SA 3.0



Le vieil anglais mearc provenait du proto-germanique *markō-, de même sens: limite, frontière…

Et OUI, le germanique *markō- dérivait d’une racine indo-européenne,

que Watkins reconstruit en
*merg-, 

et Kroonen en
*morǵ-eh2-,

et à qui, très intelligemment, on attribue le sens de “frontière, limite”.


Et vous allez le voir,  on en retrouve de tout beaux, des dérivés de notre indo-européenne *merg-.

Commençons, si vous le voulez bien, par nous pencher sur ceux que nous a laissé le germanique *markō-.
Mais avant cela, je dois vous faire part de mon parti pris.  
Pour Guus Kroonen, auteur du Etymological Dictionary of Proto-Germanic
- Leiden Indo-European Etymological Dictionary Series -, 
linguiste que je cite souvent ici, 
- ou chez qui, en tout cas, je vérifie systématiquement mes pistes quand il s’agit de mots germaniques -, 
il a existé deux mots germaniques distincts: 
*markō-, “frontière, région”, et … *marka-, “signe”.  
Mais - toujours selon ses termes -, il est (parfaitement) possible que *marka-, “signe” soit lié à *markō-, “frontière, région”. 
Watkins, lui, le faisait allègrement, ce rapprochement, jusqu'à considérer un seul mot germanique à la base: *mark-, reprenant tous ces sens, qu'il justifiait sémantiquement et historiquement.
Kroonen, avec cette prudence qui l’honore, ne va pas jusque là.

Dans le cadre de ce blog, je prendrai cependant l’approche de Watkins - soyons fou -, en considérant que, formellement et sémantiquement, les deux mots devaient plus que probablement être liés.
J’irais - et irai - même plus loin: il semble que *marka- dérive de *markō-, dans ce sens-là.
Ce sera en tout cas ma base de travail pour ce dimanche.
- Mais euh! C’est quoi le rapport entre la frontière et le signe?
- Mais en voilà une bonne question!  
Pensez simplement à … la borne frontière, qui marque la limite entre deux territoires…


On y va?

(Je vous le dis tout de suite, le sujet de ce jour m’a demandé pas mal de travail, en recherches et vérifications, donc aussi beaucoup de temps. L’article vous semblera peut-être bien court, mais il y aura encore de la matière pour la semaine prochaine, rassurez-vous.)

Les Vikings, valeureux hommes du nord, n’ont pas fait que piller, incendier et violer - et pas nécessairement dans cet ordre-là - outre-Manche.
Non, bien sûr, ils se sont également beaucoup dépensés de ce côté-ci, sur le continent.

Et, comme vous le savez, ces bien braves gens ont laissé leur empreinte, mais aussi leur nom, sur une très belle région côtière française: la ... Normandie.
Le mot Normand...
(on retrouve les premières occurrences du mot sous les formes Normans / Normanz, pluriel de Normant), 
... est un emprunt soit au francique Nortmann, soit directement au vieux norois Norðmaðr, signifiant dans les deux cas: homme du nord.

C’est par ces Normands qu’est arrivé chez nous le vieux norois merki, “marque, borne”, dérivé du germanique *markō.

En ancien français, il deviendra merc, du moins en Normandie (on est là au début du XIIème), ou encore, ailleurs, merche et marc.

Il nous donnera - mais oui! -, au milieu du XVème siècle, marque.
Dans le sens de “signe”.
D’un signe qu’on mettait intentionnellement sur un objet pour le rendre reconnaissable, pour en indiquer la propriété.

une marque jaune


Et figurez-vous que c’est déjà au XVIIème que marque entrera dans le langage commercial!

À l’époque, le mot désignera en un premier temps l’empreinte mise sur les marchandises assujetties à une taxe royale, puis le signe par lequel les marchands notaient le prix que leur avait coûté un objet.

Fin du XVIIème, la marque désignera le signe distinctif apposé sur un objet par son fabricant: la marque de la fabrique, d’où, évidemment notre “marque de fabrique”. 

marque de fabrique déposée le 8 mai 1862 par Louis Alfred Binant
(archives de l'INPI, photo Pascal Labreuche)
source


En 1948 (seulement!), on parlera de marque déposée: de là, cette idée de marques, d’association entre un fabricant et sa griffe.
Ces marques par lesquelles tous les boutonneux et autres nouvellement pubères qui hantent nos établissements d’enseignement secondaire se reconnaissent à présent.  
Pauvres d’eux. 
Mais ne les sous-estimez surtout pas! Car ils seront les adultes crétins de demain!



*****************************
*merg-“frontière, limite”
germanique *markō
vieux français (normand) merc
marque
*****************************


Si notre français marque vient du normand merc, notre verbe marquer, évidemment, en dérive.

Pour tout vous dire, il s’agit d’une variante dialectale (oh, tapez du côté du milieu du XVème) du verbe anglo-normand, normand puis picard merchier, “faire une marque (sur un objet) pour le distinguer d’un autre”.


Mais? Vous ne trouvez pas curieux, vous, ce passage de e vers a, de merc/merchier à marquer?

On se l’explique de deux façons.

Par contamination avec l’italien marcare, “marquer”, lui aussi d’origine germanique,
ou alors…
par l’influence du verbe… marcher.


- Marcher??? Mais enfin, vous êtes fou! N’importe quoi!
- Bonjour, bon dimanche!

Alors, comment vous expliquer?

Notre bien courant, si commun, tellement usuel et familier verbe “marcher” est...
- attention, ça risque de vous choquer -
...d’origine germanique. 

Ben oui.




'peux pas m'en empêcher, évidemment:
le sublimissime
The ministry of silly walks,
Monty Python's Flying Circus

Il nous arrive, fin du XIIème, et sous la forme marchier, du francique. *markôn-, “marquer, imprimer … la marque du pied”.

Et évidemment, *markôn- provenait du germanique *marka-, “signe”.




- Ouuuais. C’est cela oui. Et ce n’est pas du tout tiré par les cheveux, en plus, hein!

- Je comprends votre incrédulité, voire votre scepticisme. Je vais donc essayer de vous expliquer tout ça posément







Je n'en connais pas d’équivalent ni en Belgique ni en France...
- si vous en savez plus, dites-le moi! -,
...mais il existait une très ancienne coutume, datant au moins de l’époque anglo-saxonne, dont on retrouve des traces en Angleterre et au Pays de Galles, qui consistait à, une fois l’an, faire le tour des limites de la localité, du village.

Durant cette marche, que l’on faisait à plusieurs, on frappait avec un long bâton les pierres qui servaient de bornes. On tapait sur le sol, sur les haies délimitant le territoire.
Pour les marquer! Les confirmer, les reconnaître.
C’est ce qu’on appelait “beating the bounds”, “frapper (marquer) les limites”
Les Britanniques, qui sont - il faut bien le dire - de grands malades, perpétuent
encore cette tradition dans certaines paroisses

Cela permettait plein de choses: déjà, de repasser en revue les bornes, et d’éventuellement les remettre à leur place, mais aussi, en des temps où les cartes et les GPS n’existaient pas, de transmettre aux nouvelles générations les limites du village, des champs, de la zone “amicale”.

Cela devait permettre, aussi, vraisemblablement, de littéralement “marquer son territoire”.



Vis-à-vis des autres, des villages environnants, du comté ou du royaume d’à-côté.

Et si cette marche processionnelle - car, n’en doutez pas, y était attaché un caractère sacré, religieux - si particulière était effectuée par un nombre important de villageois, cela pouvait aussi servir d’avertissement, de démonstration de force:
“voyez combien nous sommes, et où sont les limites à ne pas franchir”.
Ben oui, les zones de pêche aussi, ont des limites...

source
(Si comme moi vous vous émerveillez devant ces beating the bounds, et que l'anglais ne vous rebute pas, voici une page où vous pourrez entendre pendant un peu moins de quatre délicieuses minutes ce que Margaret a à vous dire sur la survivance de cette tradition, ici dans l'Essex: http://www.phoenixfm.com/2016/03/22/beating-the-bounds/ )

Mais donc, notre vieux français marcher avait dû peu ou prou hériter de cette riche sémantique.

C’est pas difficile, en français, le tout premier sens que l’on donne à marcher, c’est “fouler aux pieds”.


*****************************
*merg-, “limite, frontière”
germanique *marka-, “signe”
francique *markôn-, “marquer, imprimer la marque du pied”
vieux français marchier
français marcher
*****************************


Fouler aux pieds, eh oui!

Le sens du mot va évoluer, passant de marcher dans un emploi transitif, pour “parcourir une zone”, à “aller, se mouvoir à pied”, quand employé avec la préposition “vers”.

AU XVIIème, de l’idée de “se mouvoir”, on passera à celle de “fonctionner”, en parlant d’un mécanisme



“Fouler aux pieds”, pour marcher?
Cela vous paraît-il si surprenant que ça?

Allons donc! Vous n’avez pas fait le rapprochement?? Pas encore?

- Euh...maisje?

Mais oui, allez!!!!

Qu’est-ce qu’on peut encore fouler aux pieds? Mmmh?
Le raisin, évidemment!



Ça y est, vous voyez où je veux en venir?

OUIIII!

Marc. 
Notre français marc est dérivé (circa 1330) de marcher, “fouler, piétiner”, d’où écraser.

Le mot désignait, à l’origine, le résidu obtenu après pressurage de divers fruits.

Par métonymie, il désignera plus tard l’alcool distillé à partir du résidu en question, spécialement préparé avec du raisin.
En 1793, on guillotinait peut-être Louis XVI, mais on parlait aussi d’“eau-de-vie de marc”.


Nous allons en rester là pour cette semaine ; je vous propose encore un tout dernier dérivé, pour la route.  (En attendant la suite dimanche prochain, hein.)

Nous parlions de marquer?

Eh bien, dès le XIVème, on emploiera, en ébénisterie, et basé sur marquer,
- évidemment, sinon je n’en aurais pas parlé maintenant, enfin?? -,
... le terme marqueté, à comprendre dans le sens de “panaché”, “fait de plusieurs éléments (bien) marqués”.
Oui, c’est de là que nous vient, au XVème, marqueterie,
“assemblage décoratif de pièces de bois précieux, d'écaille, d'ivoire, de nacre ou de métal, appliquées par incrustation ou plus souvent par placage sur un fond de menuiserie, de manière à former des dessins.
© 2016 Dictionnaires Le Robert - Le Grand Robert de la langue française



Et là-dessus, je vous laisse.

Je vous promets encore, pour dimanche prochain, quelques jolies surprises….





Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, une très belle semaine!


Frédéric



******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
******************************************


Et pour nous quitter, 

the Colonel Bogey March,

interprétée ici par des prisonniers de guerre britanniques dans

The Bridge on the River Kwai, 
David Lean, 1957




et pour ceux qui résident en France, 
et qui ne peuvent voir la video pour des raisons de droits d'auteurs, 
ci-dessous un autre clip, mais hélas ni en HD, ni en cinémascope...





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