dimanche 30 juin 2013

"acolyte", au singulier, c'est bien sympathique. Même en sanskrit.




Bonjour à toutes et tous!


Allez, on continue: (vous avez raté le train? On en était à énumérer la longue descendance de la racine proto-indo-européenne *sem-)


Selon les lois de mutation consonantique, un "*s" proto-indo-européen donne en grec, quand il est au début d'un mot, un… "h".

C'est ainsi que *sem- est devenu le grec heis: un.

Un beau dérivé de heis est l'anglais hyphen: le trait, mais pas n'importe lequel: le trait … d'union!
L'ancien grec ὑφέν, hyphen, c'était “liant ensemble”.



Bon allez, une variante de la racine proto-indo-européenne *sem-, au degré O: *som-, est à l'origine du grec homos: même.

D'où nous avons tiré homosexuel, homologue, homogène, homozygote, certes, mais aussi…

  • homélie (du grec homilos, le sermon s'adressant à l'assemblée - à cette foule ne faisant qu'un), ou encore…
  • homéopathie: mot récent, mais basé sur le grec ancien ὅμοιος (homoios, "semblable") flanqué du suffixe πάθος (pathos, "ce qu’on éprouve, ce qui affecte, la maladie").
    Homéopathie se traduirait donc littéralement par "la même maladie", rappelant la théorie sur laquelle est basée la méthode: le "principe de similitude".


L'acolyte est celui qui vous accompagne (à l'origine, celui qui accompagne le Maître), avec qui vous marchez ensemble!
Sur une forme au degré zéro de la racine: *sm-, le grec a créé ha-, ou a-: ensemble.
Quant à keleuthos/-kolouthos, c'était le chemin, la voie.


L'anacoluthe, cette figure de style qui crée une rupture, est en quelque sorte l'antonyme d'acolyte, car devant  a-kolouthos vient se placer un alpha privatif.

Anacoluthe pourrait se comprendre par "qui est sans accompagnement", entendez "sans suite".



Allez, encore une:
Une variante suffixée de *sem-: *sem-golo-, a donné le latin singulus: seul.
Dont l'anglais a, par exemple, tiré single, ou le français: singulier.

Aaah du Laphroaig, ici en version
Quarter Cask.
Un de mes Single (Malt) préférés...


Et puis, *sem-, sous une forme allongée au degré o: *sōmo-o-, s'est dérivée dans le russe сам/само ("sam/samo"): soi-même.
Que nous retrouvons dans:

  • samizdat: qui se publie soi-même; autopublication (voir étrange étranger), ou
  • samovar: само + варить ("varitje": bouillir), donc quelque chose comme "bouilloire autocuiseur"?

Samovar

Tiens, je suppose que vous avez lu l'Odyssée?

Homère - je sais, je vais vous perturber - Homère,  qui nous vient du latin Homērus, lui-même issu du grec ancien Ὅμηρος, Hómêros, c'est littéralement l'otage, ou "celui qui est obligé de suivre".
"Celui qui suit, celui qui accompagne"...

Eh oui, Homère n'est pas un nom propre!

Simplement, Homère, le poète, était... aveugle.
Il devait donc suivre aveuglément son accompagnateur...

Je dois cependant être prudent dans mes affirmations: pour ce qui est de Homère, la filiation avec *sem- n'est pas reconnue par tous. Je me suis basé, ici, sur "The Origins of English Words", par Joseph T. Shipley. Mais Watkins n'en parle pas...

Homère

En grec ancien, *sem- (toujours selon Shipley et Pokorny cette fois, mais Watkins ne les suit pas) s'est également dérivé en...  σύν, sún ("avec", ou "ensemble").

Et là, on est reparti!!!!
De synchroniser à synagogue, de syncope à syndicat, de syllable à syllogisme, de symbiose à sympathique, de symptôme à symphonie...

Tous ces mots en syn-,  syl-  ou sym- ( le "n" final devenant "l" devant un autre "l", ou devenant "m" devant "b" ou p") nous viennent de *sem-, portant toujours (sempiternellement dirais-je) la notion d'ensemble, d'assemblée, de rassemblement...

La syllabe sert à rassembler des lettres.
Le syllogisme est constitué de deux propositions qui mènent inévitablement, ensemble, à une conclusion logique...

Et ainsi de suite...


Bon, là, encore une salve et je m'arrête…
(Quand je vous disais que cette racine est incroyable!!)


Last but not least…

...


...


...


Sanskrit!

Le mot sanskrit provient du ...euh sanskrit samskrtam "mis ensemble, bien formé, parfait".
Le mot est basé sur sam- "ensemble" et krta- "faire, agir".

Quelques mots de sanskrit


Pour l'anecdote, derrière krta- se cache la racine proto-indo-européenne *kwer- "faire, former", qui nous a donné la somme, la résultante de toutes ses actions,  de "ce qui a été fait": le … karma.








Bon dimanche, bonne semaine à toutes et tous,

et… à dimanche prochain!






Frédéric



1 commentaire:

lescrat a dit…

Quelle sem-illante racine ! D’autant que « single » peut s’accorder au pluriel. On peut écouter des singles en buvant un double single malt dans 2 singles beds, mais ça ne fera jamais un album dans un lit double. Même si on finit par voir double. Hips !

Pour en revenir à « sem » , mon imagination vagabonde était partie vers « semola » « semoule » = des grains identiques servant à la confection du couscous, deux fois la même syllabe! Mais non point, puisque le mot vient du latin « simila » lui-même corruption du grec ancien « semidalis » emprunté à une langue non indoeuropéenne (probablement égyptien). Keine chance !

Mais cher Fred, comment veux-tu qu’on suive la keleuthos/-kolouthos, le chemin, la voie, surtout si « on a raté le train » ?

Quoi qu’il en soit, à l’aube des vacances, je transmets mes meilleurs vœux à tous les étudiants (et à trois en particulier…) qui avant septembre ont intérêt à entrer en symbiose avec leurs syllabi, à maîtriser leur sympathiques acolytes et à ne pas commettre « d’anacoluthes » involontaires, sans quoi l’année risque d’être classée « sans suite » et leur réussite non « homologuée ».

Allez, joyeux dimanche !

Je sais, il me manque peut-être une case, c’est sans doute celle de l’Oncle Sem . Ah, c’était Tom? Vraiment pas de chance aujourd’hui! Hips

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