- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -
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dimanche 12 avril 2015

des pâtes, des pâtes, oui mais des pâtes






« Knowledge without character is mere pie-crust »

Baden-Powell

« Le savoir sans le caractère n'est que la croûte sans le pâté. »














Bonjour à toutes et tous!


Vous vous souvenez?

Dimanche dernier, dans le cadre de notre thème Langue / mot / Parole, nous avions découvert la racine proto-indo-européenne derrière le français discuter: 


*kwēt-, 

qui en réalité ne signifiait aucunement discuter, mais bien secouer.




Il nous restait à découvrir quelques autres dérivés de cette racine, mais cette fois, passés par le grec.

Passés par le grec πασσω, passo.
C'est marrant, c'est irrésistible. J'en pleure de rire.

Son sens?

Plus tout à fait secouer, mais on reste quand même dans l’idée: saupoudrer.

Sablés aux amandes délicieusement saupoudrés de sucre glace
Aaaargh


Bon, je me dois de vous prévenir, nous sommes encore ici en pleine guerre étymologique.

Pour Pierre Chantraine, l’origine du mot est inconnue, et son rapprochement avec le latin quătĭo "peu vraisemblable".

Pas mieux pour Alain Rey, pour qui πασσω, passo est d’"origine obscure".

Et pour l’Oxford English Dictionary, idem, le grec πάσσειν, passein est d’origine inconnue.

Dont acte!


Mais voilà, me basant sur Pokorny, Watkins, le Linguistic Research Center de l’Université d’Austin, et enfin sur le Webster's New World College Dictionary, j'ose me permettre de vous présenter humblement la version suivante:

C’est bien notre racine *kwēt-, toujours via une forme *kwat-, altération de sa forme au degré zéro *kwət-, qui se serait dérivée dans le grec πασσω, passo.

En tout cas, et en toute humilité, cette évolution ne me semble pas entrer en contradiction avec les lois de mutations consonantiques, selon lesquelles...
  • un *kw proto-indo-européen peut devenir un /p/ en grec ancien, tout comme ...
  • un *t proto-indo-européen peut lui se transformer, toujours en grec ancien, en /ss/ après une voyelle.
(notez que par expérience, je peux vous dire que la transformation en SS peut se faire parfois curieusement très vite. Je ne citerai cependant pas de noms, mais il suffit parfois d’être un peu trop sûr de détenir la vérité pour très facilement sombrer dans une démarche proche de celle de l’Inquisition.)



Sur πασσω, passo, les points de vue étymologiques semblent, ô miracle, converger, pour lui reconnaître une descendance des plus prolifiques, une jolie famille de mots bien connus…

Et souvent gages de plaisirs gustatifs…

(C'est pas difficile, rien qu'à rédiger ce dimanche, j'ai pris du poids...)


Ainsi, nous devons au grec ancien πασσω, passo,
  • par son dérivé παστά, pastá, “gruau d’orge”, ou “mets constitué à partir d’un mélange de céréale et fromage”, neutre substantivé de l’adjectif παστος, pastos “saupoudré”,
  • latinisé (en latin tardif) sous la forme pastă (désignant la pâte à pain, la pâte de farine), 
  • l’italien… pasta, bien sûr!

Vous imaginez, vous, un monde sans pâtes???


“Sans la musique, la vie serait une erreur”

Friedrich Nietzsche


“Sans la musique et les pâtes, la vie serait une erreur”

Frédéric Blondieau



Car, inutile de le préciser, notre français pâte(s) vient, sans surprise, de l’italien pasta.


Difficile de trouver une plus belle photo de pâtes



Bon d’accord, pâte ne correspond pas nécessairement à pâtes alimentaires ; le mot est employé également en céramique, en géologie, dans le vocabulaire de la pêche, en peinture, en pharmacie…

Mais bon.

Restons malgré tout dans l’alimentation…

Où nous retrouvons aussi le pâté.

Gaaaaah.....


Connu dès la fin du XIIème siècle, pâté désigne d’abord une préparation de pâte cuite servant d’enveloppe à un hachis de viande.

Oui! Nous parlons toujours de pâté en croute…




Pâtissier, lui, dérive vraisemblablement d’un mot ancien français, *pastitz, non attesté, issu du latin populaire *pasticium (pâte), dérivé, bien entendu, de pastă.

Quant à pâtisserie, le mot est basé sur l’ancien français pâtisser “faire des pâtés ou des gâteaux”.

C’est ainsi que pâtisserie désignait les produits comestibles faits avec de la pâte, qu'ils soient sucrés ou salés.
Par la suite, mais pas plus tôt qu’au XIXème siècle, chacune des deux gammes de produits a finalement reçu sa propre appellation distinctive, les sucrés ont conservé pâtisserie, les salés recevant l’appellation générique charcuterie…

Arrrgh! Intenable!



La pâtée désigne, depuis la fin du XVIIème siècle, le mélange ... pâteux dont on engraisse les volailles ou autres animaux domestiques.





Sur pâte s’est également créé pâton: morceau de pâte à pain ; le pâton est encore de nos jours un morceau de pâte que le boulanger manie dans le pétrin.

Le pâtonnage désigne encore, dans la fabrication du pain et de certains gâteaux levés, l’opération qui consiste à soulever la pâte au cours du pétrissage.

pâton


Empâter? 
Dans la première moitié du XIIIème, le mot, intransitif, signifiait devenir pâteux (de la bouche!), pour ensuite, en tant que transitif, signifier rendre pâteux, puis couvrir de pâte.
Au XVIIème, il s’emploie d’ailleurs comme terme de peinture.

Enfin, au début du XIXème, il s’emploie à la forme pronominale, s’empâter signifiant gonfler, devenir gras.
L’abus de pâtes, pâtés et pâtisseries diverses pouvant y être lié, ne m’en parlez pas.

En italien, il existait un terme pour pâté, et qui s’employait également au sens figuré, pour désigner une affaire embrouillée…: pasticcio.

Toujours basé sur le bas latin *pasticium.

Oui, il est devenu notre pastiche, “imitation de la manière d’un artiste ou d’un écrivain, soit par jeu, soit à dessein de suggérer la critique des procédés que l’on contrefait”.


Joyeux pastiche de la pâtisserie tapisserie de Bayeux


Et si vous avez la langue un peu pâteuse d’avoir un peu trop bu, au point que n’arrivez plus qu’à prononcer “pastiche” pour désigner la boisson qui vous a mis dans cet état, c’est que vous venez de vous prendre une solide dose de… pastis.

Lui aussi issu du latin *pasticium, mais cette fois par l’ancien provençal pastis, pastitz (pâté).

Le mot est arrivé en français avec le sens de “situation embrouillée”.

Il finira par désigner, dans l’argot du milieu marseillais, ce mélange d'alcool et d'extraits d'anis et de réglisse, désormais connu sous ce nom.



Moi, je vous avoue, en tant que Belge, ne pas boire souvent du pastis. 
Question de température je suppose. 
Et d’origines, peut-être, plus celtiques que méditerranéennes. 

Mais bon, il y a quelques années, j’ai découvert une boisson dont je me délecte en été, le Pontarlier-Anis à l’Ancienne.
Ouais, bon! Il ne s’agit pas à proprement parler de pastis - ce n’est pas de l’alcool mélangé à de l’anis, mais bien d’anis - vert - distillé.
L’animal fait quand même 45%, et si je devais en juger par ma propre expérience, la langue pâteuse en est également un dérivé naturel.




Il y a encore pas mal de mots dérivés du latin pastă dont nous pourrions parler (en vrac? pastille, basé sur l’espagnol pastilla, les anglais pastry (pâtisserie) et patty (pâté), créés sur les mots équivalents français … … …)

J’en citerai encore un avant de clore le chapitre…


Pastel!

Emprunté à l’italien pastello (“gâteau”, et par spécialisation “bâtonnet coloré”), le pastel étant une poudre de couleur agglomérée en … pâte.

L’italien pastello provenait lui du bas latin pastellus (de pastă), à qui nous devons également pastille.


couleurs pastel



Pour moi, dernier dimanche de bien courtes vacances, mais voilà, la vie - active - continue…


Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, une très bonne semaine, et vous dis…

… à dimanche prochain!



Frédéric


dimanche 5 avril 2015

"le président de la Cour de Cassation jouait au squash." Ca y est, tu percutes?





"(...) Tel était le dédale effroyable où les passions engageaient un des hommes les plus probes jusqu'alors... : la concussion pour solder l'usure, l'usure pour fournir à ses passions et pour marier sa fille. (...)"

La Cousine Bette (1846)

Honoré de Balzac

La Cousine Bette, mais c'est ELLE!

















Bonjour à toutes et tous!


Aujourd’hui, sur le mot à traiter, pas de discussion.

Enfin..., euh... justement, si.


Nous continuons tranquillement notre étude des mots liés à la langue, aux mots, à la parole…



Et dans ce cadre, nous nous poserons aujourd'hui la question de l’origine du mot … discuter.

Qui - je vais certainement vous surprendre - provient d’une lointaine racine proto-indo-européenne:


*kwēt-.



*kwēt- n’avait strictement aucun rapport avec la notion de discuter.

Non.

En fait; *kwēt- c’était … secouer.


- Mmm Mais-je? Mais alors??? Mais comment est-ce seulement possible???

- Oui, je sais.

Je vous demanderai tout d’abord de bien vouloir vous calmer.

Votre légitime question (“Mais p de b de m, comment a-t-on pu passer de “secouer” à “discuter”) recevra une réponse, je vous le garantis.

(je trouvais simplement que l'attitude de ces deux énergumènes
correspondait bien au dialogue ci-dessus)



*kwēt-1

*kwēt-2



Notre verbe français “discuter”
(pour le Larousse: 
“Examiner contradictoirement une question pour l'approfondir, la régler ou pour prendre une décision ; débattre” ou 
“Faire l'examen minutieux de quelque chose dans un exposé écrit ou oral, en évaluer la véracité, la valeur, etc. ; critiquer”, ou 
“Mettre en question quelque chose, considérer que quelque chose est sujet à caution ; contester”, ou enfin “Contester chaque chose”) 

provient du bas latin discutere.

Composé ...

  • du préfixe dis-, évoquant ici particulièrement l’idée de séparation, et 
  • de quătĭo, quătĕre (qui donnait au participe passé quassus, devenant
    -cussus dans les formes composées).

C’est ce quătĕre, vous l’aurez compris, qui nous intéresse, car OUI, il dérive de notre racine *kwēt- (précisément par une forme *kwat-, altération de sa forme au degré zéro *kwət-).

Ce verbe latin signifiait toujours bien, fier de son ascendance proto-indo-européenne, secouer, agiter, (par extension, brandir), voire bousculer, ébranler, donc aussi battre, et au sens figuré, émouvoir, troubler.

Le composé dis-quătĕre => discutere reprenait ainsi l’idée de “secouer pour séparer”.

En un premier temps, et littéralement, il se comprenait comme “faire tomber en secouant, fracasser, détacher”.
Son sens se modifia par la suite, pour devenir plutôt “lézarder” (oui: "frapper pour créer des lézardes": taper, secouer, pour séparer ; l’idée de base est toujours bien là).

Au sens figuré, le mot en vint également à signifier écarter, fouiller, débrouiller.

Enfin, dans la langue ecclésiastique, discutere prit le sens d’examiner, inspecter, pour traduire le grec εξετάζω, exetázō, qui, je ne vous le cacherai pas, signifiait examiner, inspecter.


Le latin discutere est passé en français au XIVème siècle, avec cette valeur, au figuré, d'“examiner le pour et le contre d’une chose”, et s’est employé dans le sens de “contester”, puis “manifester une opinion différente”.

Ce n’est que bien plus tard - au XIXème siècle, figurez-vous! - que par extension il en est venu à signifier simplement “parler avec d’autres en échangeant des idées”.


Discussion au pays des Consultants



*kwēt-, et ce toujours par sa forme *kwat-, se retrouve également dans le bas latin quassare: agiter fortement, briser.

Quassare deviendra, en français, quasser (1080), puis, un siècle plus tard… casser!






Surprenant, hein!
L’auriez-vous fait, ce lien entre discuter et casser?

Casser nous a donné pas mal de dérivés ; je m'en tiendrai à trois! 

Cassonade! 
Probablement emprunté à l’ancien provençal cassonada (1476), repris du latin médiéval cassonata.
Il faut le comprendre comme “sucre brut … concassé…!





Cassation!
Oui, juridiquement, l’annulation d’un acte, d’un jugement.
Nous connaissons bien entendu la Cour de Cassation.





Et puis, il y a aussi … le casque!

Eh oui!
Casque est emprunté ici à l’espagnol casco, le casque, déverbal de cascar: briser.

En ce sens, on suppose qu’une des premières acceptions de casco était tesson ("ce qui est brisé").
De là, le mot en serait venu à désigner le crâne. Oui, probablement, je le suppose, parce qu’il présente des lignes de fracture, des lézardes, un peu comme un pot de terre cuite dont on aurait reconstitué et recollé les tessons...




Le casco, en tout cas, a fini par désigner une armure de tête.


casque


Et notre casquette n’est qu’une évolution du mot, désignant ici une coiffure qui est tout sauf un casque, car par définition… souple.


Ici, le conteneur est bien souple, et le
contenant inexistant


En anglais, le moyen français quasser, par l’entremise de l’anglo-normand quaisser, à donné l’anglais… quash: casser, anéantir ... (to quash a rebellion se traduirait par étouffer une rébellion, par exemple).

Basé sur le vieux français esquasser, nous retrouvons encore l’anglais moderne… squash! Ecraser, presser…

Lemon squash, c’est de la citronnade.



Et OUI, le squash, ce sport si physique, tient son nom de là, du fait de ces pauvres balles littéralement écrasées au mur sous les raquettes. Non, ne cherchez pas la contrepèterie.




*kwat- a aussi donné l’anglais scutch, scutching, mot technique que l’on traduirait par teiller, teillage.

Le teillage (action de teiller, pour les malcomprenants) est une opération mécanique qui permet de séparer les fibres textiles du bois et de l'écorce par broyage et battage.

Le teillage s'applique également aux fibres de chanvre et de lin.

Teillage de jardin

Teilhard de Chardin



Et puis, et puis…!

Toujours par sa forme *kwat-, et toujours par l’intermédiaire du latin quătĭo, quătĕre / quassus, -cussus, *kwēt- nous a légué…

Concussion, du latin impérial concussio, violente secousse.
A présent, dans le vocabulaire médical, nous le prenons au sens physique de coup, ébranlement…

Percussion!
Mais oui, percuter nous venant du latin percutere, pénétrer en frappant, percer, ou frapper fortement.
Répercuter, percuteur, autant de dérivés…

percussions


Secouer est issu, par évolution phonétique, du latin succutere, sub-quatere: littéralement: secouer par en dessous. 

D’où aussi … secousse!




Bon, pour le mot qui suit, j’ai un doute…

Pour Watkins et d’autres, dont notamment l’Oxford English Dictionary, le mot descend bien du latin quătĭo.
Mais pour d’autres, dont Pierre Guiraud, rien à voir.

Je vous le donne, le mot, et vous en ferez ce que vous voulez (même si personnellement, si je le cite ici…)...

Rescousse! (devenu aussi l'anglais rescue)

  • Soit basé, pour Watkins et l’OED, sur le latin re-excutere - cutere n’étant qu’une forme variante de quătĕre.
  • Soit basé, selon Guiraud, sur le latin excurrere (faire une sortie, une … excursion!).




Et ce n’est pas tout!!!!!!!!

Car nous avons également repris toute une famille de dérivés de *kwēt-, mais cette fois par le grec…

Et ça, nous le découvrirons la semaine prochaine!!!


Et donc - rendez-vous compte!! -, discuter, concussion, secousse, casque ou casquette, percussion, casser et cassonade! 

TOUS (TOUS) sont des dérivés de cette toute mignonne racine proto-indo-européenne *kwēt-.


Et dimanche prochain, je vous livrerai la liste de leurs cousins par le grec…



D’ici là, portez-vous bien, passez un excellent dimanche, et une très belle semaine - de vacances peut-être? -.


Joyeuses Pâques à toutes et tous!
(source)
et puis, en musique, l'une des versions que je préfère
de la Passion selon Saint Matthieu, BWV 244...
https://www.youtube.com/watch?v=ImPB3T1X3LM



A dimanche prochain!

Frédéric


dimanche 29 mars 2015

Moi, Egill Skallagrímsson, je dis. - Mais non! Dimanche.






(...) Lorsque tout fut prêt, il hissa les voiles et chanta cet autre couplet :

« Retournons dans notre patrie ; que notre vaisseau rapide glisse sur la vaste surface de la mer ; tandis que les guerriers infatigables qui louent ce pays resteront sur les Furdustrandir, pour y manger de la baleine. »


Extrait de la Saga de Thorfinn Karlsefne et de Snorre Thorrbrandsson, 
Chap. VIII. — De Karlsefne et de Thorhall.

Auteur anonyme, traduction française de Eugène Beauvois

(Texte trouvé sur http://remacle.org/)



Pierre runique ne racontant aucunement la Saga de Thorfinn
Karlsefne et de Snorre Thorrbrandsson



















Bonjour à toutes et tous!


Dimanche dernier, je vous proposais un (très / trop?) long article pour clore notre étude de la prolifique et surprenante racine *deik-, montrer, à l’origine de notre français dire.

Restons dans notre grrrrrand thème du moment, Langue / mot / Parole, mais cette fois, intéressons-nous à la racine proto-indo-européenne ...

*sekʷ-3, 


dont le champ sémantique couvrait les notions de “dire”, “prononcer”, “émettre un son” …




Alors, *sekʷ-3!

Vous allez voir, il y a nettement moins à en dire…
(Et c'est pas plus mal, ça me permet aussi de souffler un peu.)
Mais bon, elle n’en reste pas moins intéressante. Ah que oui.

On la soupçonne, cette racine, de ne pas faire partie du vocabulaire commun à tous les groupes de langues indo-européennes, et donc d’être arrivée relativement sur le tard, après la période de l’indo-européen commun, quand les grands groupes linguistiques avaient déjà commencé à se former.

En effet, on la retrouve plutôt dans les langues occidentales, et on n’en a aucune trace dans les langues indo-iraniennes.

Notre racine, au timbre o, *sokʷ-, et précisément sous une forme suffixée en
*-yo-, 
pour donner donc *sokʷ-yo-, 
nous la retrouvons dans le proto-germanique *sagjan-.

Ce qui vous fait une belle jambe, je n’en doute pas.


*karl- *sagjan-



Mais… ce *sagjan- germanique est notamment à l’origine du vieil anglais secgan.

Qui a son tour s’est développé en anglais moderne pour donner… say!

- Mais oui! To say!
- Tousser?
- Alors, voyons, comment dire...? NON.
NOOOON!
L’anglais to say, pour “dire”.



Et c’est encore le dérivé germanique *sagjan de notre racine *sekʷ-3 qui se cache derrière le vieux frison sega, sedza, devenu sizze en frison moderne (si jamais, c'est toujours bon à placer dans une conversation), ou le néerlandais zeggen et l’allemand sagen (toujours “dire”), ou encore le vieux norois segja, dont dérive par exemple le suédois säga (oui: “dire”).


En anglais, toujours, une forme suffixée de timbre o, *sokʷ-ā, a fini par donner, en passant par le germanique *sagō-… saw.

Non, pas la scie, mais bien le dicton.


non, justement



C’est ce même germanique *sagō- qui, passé en vieux norois, est devenu …

... saga! 

Dicton, narration, ou carrément épopée…

La saga fut un genre littéraire développé dans l'Islande médiévale, aux XIIème et XIIIème siècles, consistant en un récit historique en prose, ou bien une fiction ou légende.


Eiríks saga rauða (Saga d'Eric le Rouge), manuscript
islandais du 17ème siècle


Comme je vous le disais, pas de trace, hélas, de *sekʷ-3 dans les groupes indo-européens orientaux.

Mais nous la retrouvons bien dans les langues baltes.

Ainsi, en lituanien, où histoire peut se dire … pa-saka, et où le verbe sakýti signifie dire, parler…

Même origine pour le letton sacīt (parler, dire)


En proto-celtique, histoire pouvait se traduire par *skʷetlom.
En proto-gaélique, il était question de *skʷetlan, d’où le vieil irlandais a tiré scél - devenu scéal en irlandais moderne -, le manx skeeal, le gaélique écossais sgeul, ou le gallois chwedl.

(Oui, le manx, ou mannois ou manxois, c’est le gaélique parlé sur l’île de Man).

C’est en manx qu’apparaît pour la première fois la notion de la journée découpée en 24 heures.
On parle d’ailleurs encore et toujours des 24 heures du manx.

Voitures sur l'île de Man


On suppose que c’est par une forme suffixée au degré zéro de notre *sekʷ-3:
*skʷ-e-tlo-, “narration”, que s’est construit le germanique du nord *skathla-, dont est issu à son tour le vieux norrois skāld, désignant une sorte de poète satirique.

Traduit par l’anglais skald, ou le français scalde!


skāld

Le scalde pouvait être parfois le personnage principal d'une … saga!

Ainsi, Egill Skallagrímsson (Egill, fils de Grímr le Chauve) est un héros et un scalde islandais né au début du Xème siècle à Borg, une ferme de la région des Myrar (les Marais) dans un fjord auquel elle a donné son nom, dans l'ouest de l'Islande.

Il est le personnage principal d'une des plus grandes sagas de familles de l'île, probablement rédigée par l'écrivain et homme d'État Snorri Sturluson, un de ses descendants, dans la première moitié du XIIIème siècle.

Et je n'invente rien.

Portrait d'Egill Skallagrímsson dans un
manuscrit de l'Egils saga du XVIIème siècle


Vous connaissez peut-être l’anglais scold: sermonner, gronder, réprimander…

Scold nous vient du moyen anglais scolde, personne grossière, injurieuse.

Le mot provient du scandinave, d’une source apparentée à skāld.

Oui, skāld, le poète! 

Peut-être les injures scandinaves étaient-elles particulièrement fleuries, poétiques?

Il semble en fait que le dérivé vieux norois skáldskapr, littéralement “poésie”, revêt, dans les livres de loi islandais, un sens spécifique proche de diffamation…


Mais donc, pas de sanskrit, ni de hittite, et encore moins de tocharien A ou B - je sais, c’est dur - pour *sekʷ-3.

En revanche, il est bien possible que ce soit notre racine qui se cache derrière l’ancien grec ἐν(ν)έπω, en(n)épō (dire, raconter, relater…).

Qui proviendrait d’une forme intermédiaire de type *en-sekʷ-.


Et c’est ce même grec que l’on retrouverait transposé dans l’incise latine … inquam (“dis-je”, “dit-il”, “ai-je dit”…), qu’affectionnait particulièrement Cicéron.

Intus, intus, inquam, est equus Troianus; a quo numquam me consule dormientes opprimemini. — (Cicéron, Pro Lucio Murena) 
Dans Rome, oui, dans Rome, est le cheval de Troie; mais tant que je serai consul, jamais on ne vous surprendra pendant votre sommeil.



Et donc, en ce tout petit dimanche, ouiii!
L’anglais say et notre saga, l'anglais scold ou le français scalde, ou même le latin inquam: ils proviennent bien tous d’une seule et même racine proto-indo-européenne…

Quand on vous demandera le rapport entre Cicéron et une saga, maintenant vous saurez quoi répondre...



Bon dimanche à toutes et tous, passez une excellente semaine!





Frédéric


dimanche 22 mars 2015

le syndicat et son paradigme, c'est toujours le même disque...







« Une vengeance trop prompte n'est plus une vengeance ; c'est une riposte. »

Henry de Montherlant, Malatesta (1946)


Henry de Montherlant
















Bonjour à toutes et tous!


Nous sommes toujours à nous intéresser à notre thème Langue / mot / Parole.

Et nous sommes toujours en train de creuser autour de la racine proto-indo-européenne...

*deik-: montrer!


Cette petite racine qui n’a l’air de rien, vous l’avez constaté, nous a déjà donné pas mal de mots - et de boulot (je parle ici pour moi).


Partons à présent de sa forme variante *deig-.
Et plus précisément de la forme au timbre o de cette dernière: *doig-.

Nous retrouverons cette forme passée en germanique, dans le verbe *taikjan-, montrer.

En vieil anglais, elle deviendra… tǣċan: montrer, mais aussi, et par extension et spécialisation: instruire.

En anglais moderne, elle est devenue…

Une petite idée?

Yes! Elle est devenue l’anglais… teach: enseigner, apprendre…


Toujours dans le groupe germanique, elle est présente dans le scots tech, teich (“enseigner”), l’allemand zeigen (“montrer, indiquer”), ou même l’allemand zeihen (“accuser, blamer”).






Mais le germanique tǣċan, on le retrouve encore dans le substantif vieil anglais tácen , tácn: le signe, la marque.

En anglais moderne? Token! 

Oui, token c’est le jeton, mais aussi la marque, le signe, le témoignage, comme dans “as a token of our friendship”: en témoignage de notre amitié…





Le proto-germanique connaissait encore une autre forme héritée de *deig-: *taiknam-, toujours marque, signe.

Et ici, le gotique taikns, créé sur *taiknam-, serait passé au latin populaire, pour devenir… *tacca: signe, mais aussi - et surtout - tache: une salissure visible.

En français, *tacca a évolué en teche, taje, take, pour se fixer en tache vers 1160.


Eh oui, “tache”! C’est toujours notre racine *deik- qui en est à l’origine…!
C'est fort, non?





Revenons à présent à la forme de base de notre racine: *deik-.

Nous avions vu qu’elle nous avait légué le latin iūdex, le juge, ou encore le latin index, euh… l’index!

Ce suffixe -dex est en réalité la réminiscence d’une forme suffixe  proto-indo-européenne *-dik, qui indiquait l’agent de l'action.

“celui qui montre”.


Eh bien, nous lui devons encore, à cette forme agent *-dik, le latin vindex.

La première partie du mot est obscure, d’origine incertaine, mais elle pourrait tout simplement être l’accusatif de vis, force, violence.

Le vindex serait alors, littéralement, celui qui montre (au juge) la violence faite à son client.
Car vindex s’appliquait au défenseur, au protecteur.

En droit, le terme désignait particulièrement celui qui défendait son client en justice, son répondant, son garant.
Dans la langue populaire, le mot finira par désigner le vengeur, celui qui tire vengeance, qui punit…

Eh oui, vous l’avez compris, de vindex, dont découle le latin classique vindicō, vindicāre, nous avons reçu… venger!

Avec à sa suite vengeur ou le nettement plus connoté vengeresse, ou revanche, revendication, vendetta, vindicatif, vindicte…

Ou encore l'espagnol vengar, l'anglais avenge / revenge,  ou pourquoi pas le roumain vindeca.

Notre français vendetta est un emprunt à l’italien vendetta, issu du latin classique vindicta (vindicte!).

Vendetta est passé en français par le corse - tiens, comme c’est curieux? - où il désignait un état disons… d’inimitié provoqué par un meurtre, ou plus grave encore, par une offense, et qui se transmettait alors aux parents de la victime…






Un peu de grec ancien?
Allez, ça ne peut vous faire de tort…

Par une forme *deik-mn̥-, *deik- lui a fourni ...

  • un verbe: δείκνῡμῐ, deíknumi, à l’infinif δείκνῠμαι, deiknúnai: montrer, indiquer, pointer…, et 
  • un nom: δεῖγμα, deigma: littéralement la chose montrée, entendez spécimen, échantillon…


En linguistique, nous avons formé sur δείκνῠμαι, deiknúnai … déictique, emprunté très récemment (1908) au grec δεικτικός, deiktikos “propre à démontrer, démonstratif”.

"Moi", "toi", "ceci", "maintenant"… sont autant d'expressions déictiques…, relatives à la δεῖξις, deixis (« action de montrer »).



extrait de "Deixis pour les nuls"


Ca alors, mais c’est Byzance!!

Quel judicieux à-propos!
Car justement, en grec byzantin on a ajouté le préfixe ἀπό-, apo- (au loin, hors de) à δειξις, deixis pour former, je vous le donne en mille…  ἀπόδειξις, apodeixis, qui désignait ainsi la démonstration, la publication, la parution…

On n’est pas trop sûr du chemin qu’a emprunté ἀπόδειξις, apodeixis pour arriver jusqu’à nous (probablement par le latin médiéval, puis par l’italien), mais en tout cas, il nous a donné le mot …
police!

Oui bon, pas police dans le sens gendarmerie, non, mais bien police la police d’assurance par exemple: la preuve de la signature d’un contrat.

C’est aussi ce même police qui est passé dans le langage de l’imprimerie, pour désigner un assortiment de lettres et de signes composant une fonte de caractères typographiques…

Fonte puisque cet assortiment était littéralement et proprement fondu par les fondeurs.





Mais ne quittons pas trop vite le grec ancien…

Saviez-vous qu’en France, il existe la Fédération Forge Fonderie, syndicat professionnel qui regroupe, pour les représenter, des adhérents, opérateurs économiques exploitant un ou plusieurs établissements produisant des pièces estampées ou forgées?

Non, vous ne saviez pas??

Fascinant non?














Eh bien, syndicat nous vient de syndic, emprunt du XIIIème siècle au bas latin syndicus (« avocat ou représentant d'une ville »).

Wikipédia nous raconte qu’...
"en français, syndic apparait d'abord dans le vocabulaire juridique, pour désigner une personne mandatée pour défendre les intérêts d'une communauté (en général, ecclésiastique), avant de se spécialiser dans le vocabulaire administratif pour désigner sous l'Ancien Régime le représentant chargé de défendre des habitants auprès de leur seigneur suzerain (après 1789, en France, les maires remplaceront ces syndics)."

Et le bas latin syndicus , i’ vient d’où, lui? Hein??

Ben oui, du grec ancien σύνδικος, syndikos.

Syn- (avec, ensemble) et δικος, dikos.

Δικος, dikos qui vient de δίκη, díkê: justice, droit, jugement…, évidemment descendant de *deik-, mais cette fois par une forme *dikā-.


Et donc OUI, à *deik- nous devons encore syndic, syndicat, syndical, syndiquer …

syndic



Et j’ai toujours pas envie de quitter le grec…

Il y a toujours cette forme *deik-mn̥-, par laquelle *deik- a passé au grec ancien δεῖγμα, deïgma: la chose montrée: spécimen, échantillon…

Il est un mot français dont on use et abuse en réunions d’entreprise.

Ce terme est à la base même du langage du consultant bon chic bon genre (ce qu’est forcément un consultant).

Au point même que je me demande comment les consultants pourraient vivre sans lui.

Vous le supprimez du vocabulaire, et ce sont au bas mot la moitié des articles publiés sur LinkedIn, et pratiquement toutes les publications de Gartner et de Forrester qui disparaissent d’un coup.

Là devant vous.

Vous rendez-vous compte? Vous supprimez ce mot, et vous mettez des hommes à la rue, vous réduisez leurs épouses désormais sur la paille à conduire leurs enfants au collège dans une 2X4, vous faites perdre, en cascade, des milliers d’emplois chez les concessionnaires de Béhèmeeeeuh.

Ne touchez pas à ce mot!

De grâce, pensez donc à tous ces gens qui en vivent, qui en ont simplement BESOIN.


Ce mot, c’est … paradigme.

Il nous arrive du grec ancien παράδειγμα, paradeïgma, composé de παρά, para (à côté), et, évidemment, de δειγμα, deïgma.

Il désignait à l’origine, en tant que modèle, exemple, une représentation du monde.

Et si vous ne me croyez pas sur l'importance de ce mot dans la "littérature" d'entreprise, tapez paradigme ou sa version anglaise paradigm dans votre outil de recherche préféré, et vous verrez…

Supprimer ce mot serait une catastrophe pour l’ensemble de la profession des consultants mais aussi pour tous ceux qui en vivent en leur fournissant produits et services (fabricants de piscines écologiques, spécialistes en domotique, patrons de car wash, acteurs divers de la culture branchouillo-urbaine, restaurants végétariens, grand crus de Bordeaux, centres de ressourcement et de renouveau spirituel…).






Il y a encore une série de dérivés bien surprenants de *deik- dont je dois vous parler avant de vous quitter…

Tous ces mots, encore une fois, nous sont arrivés par le grec, mais dans ce cas-ci, ils se basent sur un mot grec ancien dérivé d’une forme au timbre (ou degré) zéro de notre formidable racine: *dik-.

Ce mot, je vous le jette: δικεῖν, dikein « lancer, jeter ».

Et il est fantastique!

Je pense même qu'il aurait même pu occuper tout un dimanche à lui tout seul, tellement ce grec δικεῖν s’est propagé en français, mais aussi dans les langues germaniques, et de curieuse façon…

Tout d’abord, un mot d’explication: comment passe-t-on de montrer, sens original de notre racine, à lancer, jeter?

Il faut comprendre ce “lancer” dans le sens de “montrer la direction à un objet”, l’orienter, le diriger vers un endroit précis.


Allez, sans rire, supposez que vous êtes un ancien Grec, vous passez votre temps à lancer QUOI?

S’il y a bien un objet particulier que les anciens Grecs lançaient à tours de bras, c’était … le disque! 

En grec ancien δίσκος, dískos, dérivé de δικεῖν, dikein.


discobole

Dískos “disque, pierre plate”, est passé au latin discus, pour désigner, plus largement, un plat, un plateau, un cadre.
Des choses plates quoi.
Et souvent circulaires.

Inutile de vous préciser - je le suppose et l’espère - que ce δίσκος, dískos se retrouve dans notre français ... disque.

D’où, soyons fou, tous ces dérivés comme disquer, tourne-disque, disco- (-graphie, -thèque, -philie), disquaire, discal, disquette… … …

Mais la liste est loin d’être finie…

Car le latin discus, dans le sens de ”plateau où l’on disposait les mets”, a évolué phonétiquement pour devenir, en français, deis, puis dois et même ders.

Finalement, ce mot nous est arrivé sous sa forme définitive… dais!

Curieux, non?


dais


De “plateau où l’on dispose les mets”, il en est venu, du XIIème au XVIème, à désigner une table d’honneur dressée sur une estrade.
On retrouve une évolution similaire dans l’italien desco “table, établi”…

Le sens du mot a donc évolué de “plateau où l’on dispose les mets” à “table d’honneur dressée sur une estrade”.
De là, il en est venu à désigner une table d’apparat, une “table surmontée d’une tenture”.

Pour finalement désigner la tenture elle-même, au sens de plafond, toit, de baldaquin.


L’anglais disk provient du latin discus, par le moyen français disque, rien de surprenant.

Mais …

Attention, ce qui suit n’est pas confirmé par Watkins,
mais c’est l’Oxford English Dictionary qui en parle, donc, à vous de voir!!

… il existe dans beaucoup de langues germaniques des mots, tantôt pour table, tantôt pour plat, qui proviendraient bien de notre racine, et ce - c’est la thèse de l’Oxford English Dictionary - par le latin discus, mais par des chemins différents.

Prenons l’anglais… dish, le plat!

Que l’on reconnaîtra comme disch (table) en néerlandais, Tish (table) en allemand, ou diskr en vieux norois (il faut que ce soit rugueux, sinon ce n'est pas du vieux norois).


Et puis, il y a aussi l’anglais … desk, le bureau!

Issu du moyen anglais deske, apparemment dérivé du latin médiéval desca, dérivé de discus.

En ce sens, le desk anglais serait un superbe cognat de notre dais français, ou de l’italien desco.
(Notez qu'il se pourrait d’ailleurs fort bien que ce soit sur l’italien desco que ce soit créé le latin médiéval desca, et non pas l'inverse, mais sincèrement, est-ce que ca affectera le continuum espace-temps?) 
(latin discus => italien desco => latin médiéval desca) 


Ce qui est amusant, c’est de constater que les anglais dish et desk (ou leurs équivalents dans les autres langues germaniques), même s’ils provenaient bien d’un seul et même mot - le latin discus, hein, allez, on s’accroche - n’avaient entre eux aucun lien direct…

Car - je m’explique -:

  • dish, provenait du proto-germanique occidental *disk(s)-, adopté du latin discus, et reprenait une des significations latines du mot (ben oui, plat circulaire), alors que ...
  • desk, créé sans aucun rapport avec dish, provenait en droite ligne du latin médiéval desca, et reprenait le sens plus tardif que le mot s'était approprié dans les langues romanes (français dais, italien desco…) 


Pour finir en beauté, et pour vous montrer que notre brave *deik- se retrouve ailleurs qu’en grec, dans les langues romanes et les langues germaniques, je vous citerai encore ses dérivés sanskrits दिदेष्टि, dídeṣṭi, assigner, allouer…, दिशति, diśáti, montrer, désigner… et hittite: tekkuššāi pour orteil.



Et voilà, encore une bonne racine de faite!


Fou, non, tous ces mots ce que nous devons à cette jolie petite *deik-!

Récapitulons!
Dire, redire, contredire, interdire, maudire, médire, prédire, indicible, dicter, dictée, dictaphone, diction, dictionnaire, dicton, dictateur, Diktat, bénir, juridiction, juridique, juge, judiciaire, préjuger, préjudice, jugement, jugeote,verdict, véridique, condition, et fatidique,
dédier, dédicace, prédicateur, prêcheur, indiquer, index, indice, édit, édicter...
... plus encore (probablement) doigt, digitale, ou l'anglais toe...
Et enfin teach, token, tache, avenge, vengeance, vendetta, revendiquer, deictique, police, syndic, syndicat, paradigme, disque, dais, et les anglais dish, et desk!!



Très bon dimanche à toutes et tous,
Passez une très bonne semaine!

Je vous donne rendez-vous... dimanche prochain!


Frédéric