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dimanche 12 mai 2013

Cerbère, zibeline et héraldique




J'avais dessiné, sur le sable, son doux visage, qui me souriait...
... et j'ai crié: Zibeline!


Christophe (& Fred)

Bonjour à toutes et tous!


Le sujet de ce dimanche m'a été soufflé par un collègue, qui venait de lire Aux Canaries, par cette canicule? Quel cynisme, gros canaillou! - Pascal si tu me lis! - et qui me fit remarquer que je n'avais peut-être pas épuisé le sujet...


En évoquant, au sortir d'une réunion,  d'autres chiens célèbres, en me lançant Cúchulainn en pleine figure, et en mentionnant également au passage … Cerbère!


Alors, Cúchulainn!
Oui, bien sûr!

Si vous avez lu le dimanche consacré au chien, vous pouvez déjà traduire le mot!
Cú Chulainn, également écrit Cú Chulaind ou Cúchulainn, c'est le : le chien … de Culann.

Fastoche le vieil irlandais!

A la prononciation, ça donne quelque chose comme cuchulann, le ch central se prononçant comme dans l'écossais loch.

Culann était, dans le Táin_Bó_Cúailnge, cycle ulstérien d'histoires héroïques protohistorique, un forgeron dont la maison était gardée par un chien particulièrement puissant et féroce.

Culann invita un jour chez lui Conchobar mac Nessa, le roi de l'Ulster.
Et avant de relâcher le chien de garde, il lui demanda s'il n'y a plus personne à attendre.
Le bon roi, un peu distrait, oublie que son neveu de cinq ans, Sétanta, doit aussi arriver.

Quand Sétanta débarque, le chien se précipite dessus, et le pauvre Sétanta n'a pas d'autre choix que de  tuer le molosse, à contre-coeur, pour se défendre.
Le pauvre enfant, dépité, propose alors au forgeron de prendre la place de son chien en attendant qu'il en trouve un autre.

C'est ainsi que Sétanta devint, pour un temps, le chien de Culann, Cú Chulainn.

Et Cú Chulainn, le prototype même du héros mythologique irlandais, va ensuite connaître une vie assez bien remplie et mouvementée...

Cú Chulainn au combat


Mais parlons plutôt de Cerbère!
Cerbère, vous le savez, était ce monstrueux chien à trois têtes (voire plus) qui gardait l'entrée des Enfers…

Cerbère

Cerbère nous vient du latin Cerberus, lui-même repris du grec ancien Κέρβερος, Kérberos.

Et selon Pokorny, Kérberos est dérivé de la racine proto-indo-européenne…

*k̂erbero-

Ici, pas de notion de monstre, d'enfer, de gardien
Loin de là...
Non, *k̂erbero- évoque simplement une couleur! Ou plutôt un jeu de couleurs...

*k̂erbero- désignait plutôt ce qui était tacheté, moucheté, ou encore bigarré, panaché


Dans la mythologie védique - précisément dans les Purana - on raconte que le premier homme, passé de l'autre côté, devint Yama, le gardien des Enfers.

Yama

Il avait deux chiens à quatre yeux pour l'aider dans sa tâche: Syama le noir et … Sarvarā (ou Sabala, ou Cerbura): le tacheté

Nous retrouvons évidemment la racine *k̂erbero- derrière Sarvarā, d'autant qu'il s'agit clairement du même animal symbolique que le Kérberos des Grecs…


Mais la racine proto-indo-européenne *k̂erbero- nous a quand même donné autre chose que le nom d'un chien gardant les enfers…

Preuve en est le vieux slavon sobolь qui désignait la zibeline à la fourrure noire.
Qui a donné le russe соболь (sobol) ou le tchèque sobol.

On peut encore citer l'allemand Zobel, qui, NON, ne désigne pas un prix Nobel pour acteurs du X, mais bien la martre noire, emprunté au slavon sobolь via le vieux haut allemand sabel.


Zibeline!
Le mot, attesté en 1534, apparait comme substantif sous la plume de Rabelais, et est un de ces italianismes typiques de la Renaissance, croisant l’italien zibellino et le moyen français sabeline ("fourrure, peau de zibeline")…

Zibeline (Martes zibellina)

Et puis, il y a le terme sable, utilisé en héraldique.
Le sable est un émail héraldique de couleur noire.
En représentation monochrome, il est symbolisé par un quadrillage de hachures horizontales et verticales.

sable
Le plus souvent, le sable est symboliquement associé à l'humilité, la prudence, la sagesse et la retenue, ou parfois à la tristesse, la lâcheté ou le désespoir.

Le mot sable provient du vieux haut allemand sabel.
Emprunté donc au vieux slavon sobolь. 'Faut suivre.

A l'entrée sable dans le wiktionary, nous apprenons que le commerce de la fourrure entre le nord de la Russie, la Sibérie vers l’Europe occidentale se faisait dès le haut Moyen Âge, par la Baltique et l’Allemagne.
Et que l’emploi du mot en héraldique s’explique par le fait que les boucliers, les écus étaient recouverts de fourrures de diverses couleurs.


Surprenant, non, le parcours de cette racine *k̂erbero-, qui a permis de désigner autant le chien des Enfers qu'une couleur d'héraldique…


Enfin, je ne terminerai pas ce sujet sans avoir mentionné Kerberos, le protocole d'authentification d'utilisateurs sur réseau informatique, bien connu de la faune IT dont je fais partie, et qui, quand il ne s'applique pas correctement, vous fait vivre un véritable enfer...


- Ouais mais oh! Et sable alors? Le VRAI sable, le sable de la plage??
- Ah mais bonjour! Oui, je vais bien, merci.

"Sable" dans cette acception plus courante, n'a absolument RIEN à voir - mais alors: RIEN - avec le sable héraldique, et nous arrive du latin sabulum ("sable, gravier") qui s’est syncopé en sablum.

Le latin sabulum provenait, lui, du grec psamathos, sable, dérivé de ...

la racine proto-indo-européenne... 

*bhes-1

qui évoque, elle, l'idée de "frotter", de "réduire en poudre", et qui nous a également apporté sand en anglais, ἄμαθος, hamathos en grec ancien, etc.





Bon dimanche, bonne semaine à toutes et tous, et…

A dimanche prochain!





Frédéric

article suivant: jouons un peu

dimanche 18 novembre 2012

Fergus le loup-garou est un virtuose de la violence





Troisième volet dans notre cycle des "mots basiques" !

Lors des deux derniers dimanches (voir Terre des hommes ? Pléonasme !  et Manneken-Pis, yeomen et autres moujiks), nous avions parlé de racines proto-indo-européennes à l'origine des mots homme et man.

Eh bien, nous allons continuer, non pas avec une racine évoquant le mot femme mais avec encore (!) une autre racine évoquant la notion d'homme.

Cette racine, plus précisément, est derrière le mot "viril".

Mais elle nous a donné d'autres mots, bien connus, que pourtant nous n'associons pas nécessairement les uns avec les autres, et encore moins avec cette racine.

Pour cette raison, elle mérite toute notre attention !

Cette racine proto-indo-européenne, dévoilons-la à présent :

*wī-ro- (ou *wiHrós- selon la retranscription choisie) : "homme"

*wī-ro- , comme vous le constatez, est déjà un composé (dans sa forme la plus ancienne supposée, il s'agirait de *wihx-ro).

Il nous faut donc d'abord aborder les deux composants de ce composé !

*-ro- est tout simplement un suffixe adjectival, en d'autres termes utilisé pour la constitution d’un adjectif à partir d’un nom.
Même principe pour le français chant qui a donné le mot chanteur par l'ajout du suffixe -eur.

D'accord, mais quid de *wī- ?

Il s'agit en fait de la forme au degré zéro de la racine *weiə-, qui véhiculait des notions comme "courir après quelque chose", ou "poursuivre avec vigueur, désir".

Sous sa forme nominale, elle évoque la force, le pouvoir

*wī- est à l'origine du latin vīs : la force, qui a donné des dérivés irréguliers comme viōlare : traiter avec violence, et violentus : violent, véhément.

Sous une forme suffixée au timbre "o" (pas zéro, !) - avec donc un beau o comme voyelle dans le radical : *woi(ə)-tyā, *weiə- nous a donné gain, ou gagner !
De l'ancien français gaaigner, gainier : obtenir.

Enfin, oui, obtenir, mais quand même pas par n'importe quels moyens...,  gaaigner étant fondé sur le germanique *waithanjan : chasser, piller, voler...

Que voilà une plaisante racine…
Mais comme souvent, tout n'est jamais ni tout blanc, ni tout noir...

Car sous une forme suffixée au degré zéro cette fois, *weiə- devenant *wiə-to, allait signifier… inviter !

C'est sur cette forme que le latin invītāre (inviter) s'est créé, par la conjonction du préfixe privatif in- et du radical vis ("force, volonté").

"Inviter" évoquerait donc originellement l'idée de "prendre chez soi, mais sans faire appel à la force" !

Le latin invitus voulait dire malgré soi, à contrecœur, comme dans invitus bellum gero : je fais la guerre à contrecœur.


Et donc, si nous revenons à notre composé proto-indo-européen *wī-ro-, il devait donc probablement désigner le chasseur, le pilleur
En tout cas, dénotant une idée de force, de vigueur, mais aussi de violence


Notre racine proto-indo-européenne *wī-ro- nous a donné l'anglais werewolf : littéralement l'homme-loup, donc le loup-garou.

Wallace, Gromit et l'effrayant lapin-garou

Mais elle se retrouve également dans l'anglais… world ! Le monde.
Par le vieux haut-germanique *wer-ald : "vie, ou âge de l'homme", ald signifiant "âge".

Le français loup-garou lui-même provient de la racine *wī-ro- dérivé du vieux français garoul, lui-même calqué sur le francique *wer-wulf : "homme-loup".

D'autres dérivés de *wī-ro- ?

Mais certainement !

Une virago, c'est une femme d'aspect viril, autoritaire, grossière, rude… Mais en latin, c'était aussi une guerrière, une héroïne

Virago


Vertu et vertueux
Le mot vertu vient du mot latin virtus, lui-même dérivé du mot vir.
Tandis que vir sert à nommer l'individu humain de sexe masculin, virtus désigne la force virile et, par extension, la "valeur", la "discipline" opposée au "courage", plutôt synonyme d'impulsivité.

Gladiateurs : Virtus et Honor : la force et l'honneur
Le courage était d'ailleurs même un défaut, considéré comme essentiellement barbare.

Caius Marius sur la vertu :
"La vertu est la clef de voûte de l'empire, faisant de chaque seconde de la vie du citoyen, une préparation minutieuse aux dures réalités de la guerre, et de chaque bataille rien d'autre qu'un sanglant entrainement".

Ce bon Caius Marius méditant sur
les ruines de Carthage


Virtuose et virtuosité
Virtuose nous vient de l'italien virtuoso, correspondant à vertueux : "qui pratique le bien, la vertu" et est construit sur le latin tardif virtuosus, "vertueux", du Latin virtus, "excellence".
Par extension, le terme en est venu à signifier très doué, faisant preuve de maitrise.

Paganini, virtuose incontesté du violon


Dans la Rome antique, le mot curia, traduit en français par curie, désigne un groupe d'hommes, ou le lieu où ils se réunissent. Le terme désignait ainsi des subdivisions civiques à Rome à l'époque de la monarchie et dans les cités de droit latin.

La Curie (en latin Curia) désigne le bâtiment où se réunissait le Sénat romain, bâtiment toujours visible sur le forum romain aujourd'hui.

Curia peut probablement se décomposer en co-vir-ia : "des hommes ensemble", "assemblée d'hommes".

La Curia, le siège du Sénat romain

Fergus
Le prénom Fergus reprend la racine composée *wī-ro- passée en vieil irlandais : fer : homme, associée à la racine celte *gustu : la force, utilisée dans les noms propres.

Fergus, c'est donc celui qui a la force des hommes





Merci de me lire !
Bon dimanche, bonne semaine à toutes et tous !




Frédéric



dimanche 14 octobre 2012

par l'oculus, l'autopsie du cyclope aveugle


article précédent: devinette!



Le dimanche indo-européen de la semaine dernière vous a livré une racine proto-indo-européenne très peu bavarde, je veux dire par là sans beaucoup de descendance…

Alors, pour rattraper le coup, cette fois en voici une qui nous a légué une très importante série de mots,  qui plus est - ce qui est moins courant - arrivés jusqu'à nous par plusieurs canaux étymologiques parallèles.

Et cette racine est tellement riche de dérivés que j'y consacrerai non pas UN, Mesdames, mais bien DEUX billets!


Cette racine, la voici:
*okʷ-

Elle signifiait "œil", "voir".

Les yeux de Michèle Morgan

Nous avions déjà entrevu d'autres racines présentant un sens apparenté:


La racine proto-indo-européenne *okʷ-, via le germanique *augōn, nous a donné l'allemand Auge ou l'anglais eye (œil).

Mais elle nous a transmis également le (vieux) russe око - au pluriel Очи, voir Elle a les yeux nuage radioactif, elle a le regard qui tue - ainsi que les tchèques et polonais oko, le lituanien akìs, le letton асs, le vieux prussien ackis, ou encore le grec ancien ὄσσε ("osse").

Oh, mais c'est pas tout!

On retrouve notre racine *okʷ-, toujours avec le sens de "œil"dans le sanskrit अक्षि (ákṣi), le népalais akh, le hindi akh, le punjabi ekkh, ou même, soyons fous, le vieil arménien  ակն ("akn")… …

Et puis, on la retrouve, qui l'eût cru - dans l'anglais …
window (fenêtre)!

Window nous vient du moyen anglais windowe, windohe, windoge, basé sur le vieux norrois vindauga (“fenêtre”), qui signifiait litéralement “vind: vent - auga: œil": "œil du vent”.‎

Car à l'époque, les "fenêtres" n'étaient que de simples trous d'aération percés dans le mur ou le toit pour permettre au vent d'entrer.

Fenêtre médiévale

On retrouve la racine, avec la même construction et le même sens,
  • en scots: wyndo, wyndok, winnock,
  • en islandais: vindauga
  • en norvégien: vindauga, vindu, ou encore...
  • en danois: vindue.

Oui, mais!
Accompagnée du suffixe *-olo-, la racine formant ainsi *okʷ-olo-, est devenue en latin… oculus (œil). En fait, oc-ulus, l'œil, est un diminutif de oc-s.

Et le latin oculus nous a donné…

oculus (ben oui!)

L'oculus du Panthéon, Rome

... ainsi que oeiloculairemonocleoculiste

Le formidable! Paul Meurisse
- le commandant Théobald Dromard -
dans  "Le Monocle rit jaune", de Georges Lautner, 1964

Mais aussi inoculer!
Car le latin oculus signifiait également le bourgeon.
Basé sur "in-oculus", inoculare c'était à l'origine greffer un oeil, un bourgeon sur un support.

Greffe

"Aveugle", attesté au XIème siècle, via l'ancien français avogle, aveule, nous vient du gallo-latin *ab-oculis, lui-même calqué sur le gaulois exs-ops, littéralement "sans yeux".


Et ce n'est pas fini...
Sous une forme *okʷ-s, la racine proto-indo-européenne nous a livré le grec ōps: œil, sur lequel nous avons notamment bâti…
  • myope (personnellement, je ne me méfie pas des myopes. Par contre, je préfère ne pas trop m'approcher des presbytes...)
  • nyctalope ("qui voit la nuit").
    Quoique... le mot est emprunté au latin nyctalōps ("qui ne voit pas la nuit"), lui-même emprunté au grec ancien νυκτάλωψ, nuktálōps, attesté dans les deux sens: "qui voit bien la nuit" et "qui voit mal la nuit"!!

  • cyclope, du latin cyclops, qui provient lui-même du grec ancien Kύκλωψ, Kúklôps, dans lequel nous trouvons ὄψ (ops), œil, précédé de κύκλος, kýklos: cercle.
    Le cyclope était une sorte de géant monstrueux qui n’avait qu’un œil, de forme ronde, au milieu du front.

    Psss! Pour en savoir plus sur cyclope, voyez 
    des colons en calèche, comme c'est bucolique...

Ulysse et Polyphème

Allez, une dernière fournée pour ce dimanche!

Sous une forme suffixée *okʷ-ti-, la racine proto-indo-européenne *okʷ- nous a aussi passé, via le grec opsis: "vue, apparence"...

D'où on été tirés...
  • autopsie!
    Non, le mot n'a pas été créé pour les Experts, mais date de 1573!
    Il dérive du grec ancien αὐτοψία, autopsía, qui signifie littéralement "vision par soi-même", donc, quelque chose comme "fait de regarder avec ses propres yeux".
Les Experts...

  • ou aussi: synopsis
    Du grec ancien σύνοψις ("vue d’ensemble") et qui a donné en latin synopsis ("plan", "inventaire").


Bonne semaine à toutes et tous, et… à dimanche prochain!



Frédéric

dimanche 16 septembre 2012

corsé, le corset du leipreachán!


article précédent: exister, se redresser, transmettre




"(…) Cette drogue en moins d'un moment lui donnerait d'Eraste et l'air et le visage,
Et le maintien et le corsage (…)"
Jean de La Fontaine, in "La Coupe Enchantée, nouvelle tirée de l'Arioste"

(Alors NON, Eraste n'était pas un héro antique...)

La semaine dernière (voir exister, se redresser, transmettre), vous aviez eu droit à un petit prologue annonçant la trilogie Corps - âme - esprit.

En ce dimanche, commençons donc par … le corps.

le corps humain

La racine proto-indo-européenne
*kʷrep-
véhiculait l'idée de "corps", de "forme", d'"apparence".

Il semblerait même qu'elle eût signifié, sous une forme verbale, "apparaître".

Mais c'est sous une forme suffixée en -es, et au degré zéro (sans voyelle dans le radical): *kʷr̥p-es-, que la racine est arrivée en français, par le latin corpus: corps, substance.

C'est de corpus que nous viennent corps, corporel, ou … corpus évidemment!

Mais aussi - on n'y pense pas nécessairement - corporation, corpulent, ou encore corpuscule.

Corsage en est aussi dérivé:
"corsage", à l'origine, désigne l'ensemble du corps, et spécialement la taille ou le buste, depuis les hanches jusqu'aux épaules.
Par extension, le mot en est venu à désigner le corsage d'une robe, la partie qui embrasse le corsage.

Exemple de corsage

Et puis, "corser", c'est littéralement donner du corps!
D'où également "corset".
Les premières attestations écrites du mot sont en latin médiéval : corsetus ("sorte de surcot d'homme", puis "corsage de femme, partie ajustée du bliaut").

Surcot

Bliaut

Le sens moderne de "gaine baleinée et lacée" ne date que du dix-neuvième siècle.
Corset

Nous retrouvons encore la racine proto-indo-européenne *kʷrep- dans le sanskrit krp - à l'instrumental krpa: "apparence, forme, beauté".
Ou même dans l'Avesta, où kuhrp- c'est le corps.

Plus près de chez nous, on retrouve encore la trace du proto-indo-européen *kʷrep- dans l'irlandais "leipreachán", ou "luprachán"!

Mais oui, vous savez bien, ce petit lutin vert de la mythologie irlandaise, à barbe et à chapeau, qui passe son temps à confectionner des chaussures et stocke ses pièces de monnaie dans un pot d'or au pied de l'arc-en-ciel. Si on l'attrape, il peut exaucer trois voeux en échange de sa liberté.

leipreachán

Le mot en vieil irlandais était: luchorpán, composé de lú- "petit" et de corp "corps".

A noter que l'irlandais lú-, qui signifiait donc "petit, de petite taille", provient de la racine proto-indo-européenne *legʷh-: "léger", qui nous a transmis le français "léger", et toujours avec le sens de léger, l'anglais light, le russe лёгкий ("liogkii"), le norvégien lett, mais aussi, par le latin levis - léger, les français levier, lever, léviter, …




Frédéric

article suivant: magnanime animal


dimanche 19 août 2012

The Queen, une femme comme les autres




"Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen,
Tod und Verzweiflung flammet um mich her!"

"La vengeance de l'enfer brûle dans mon coeur,
Mort et désespoir m'embrasent!"

Der Königin der Nacht
début de l'Aria de la Reine de la Nuit
Die Zauberflöte, KV.620, Mozart & E. Schikaneder




Diana Damrau: à mes yeux - et mes oreilles - et mon coeur -
une des plus grandes "Reine de la Nuit"...


Nous savons déjà (voir Mort, nectar et liquidation de dette, ou des Bantous aux Teutons, ou encore une nuance plus blanche de pâleur), que c'est à la racine proto-indo-européenne *reg-1, qui portait l'idée de "mener", de "rectifier", que nous devons "rex", "roi", "rajah"…

C'est sur elle aussi que se sont créés, en toute logique, "reine", et aussi le féminin de rajah: rani
Le grand roi, en sanskrit, c'était le Maharadjah, et la grande reine, la Maharani. (Maha à rapprocher du latin Magnus par exemple)

Et cette racine *reg-1, nous la retrouvons dans de très nombreux dérivés, avec le sens de "rectifier, droiture", ou de "mener": recteur, royaume, Reich, règne, régalien, règle … …

Le français "riche" vient même de là, via le francique *riki ("puissant").
En ancien français, le mot avait encore gardé ce sens de "puissant"; ce n'est qu'au cours du XIIIe siècle que le sens de "prospère" l'a emporté, car le riche, c'était le puissant… 
Nihil novi sub sole comme dirait l'autre…


Mais alors, et l'anglais King, alors? Ou les allemands König / Königin, les néerlandais koning et koningin...

Oui: tous ces mots germaniques en "K" n'ont pas de lien avec *reg-1.

… Mais bien avec une autre racine proto-indo-européenne, dont nous avions relevé d'autres dérivés dans Tour de France et Tour de Babel

*genǝ-

Je ne peux que vous conseiller de relire ce billet… 
Mais pour rappel, *genǝ- véhiculait les notions de "donner naissance, enfanter, engendrer". 

Tous ceux de la "même naissance", de la même lignée, mais c'est la famille
En germanique, *genǝ- s'est dérivée en *kunjam: la famille. 

Et le germanique *kuningaz, à l'origine de King, König, basé sur *kunjam…, signifiait "le roi", probablement dans le sens de celui qui régnait sur la famille (pensons aux chefs de Clans écossais), ou alors parce qu'il désignait celui qui était issu d'une famille particulière, une famille régnante, le titre étant déjà transmis de père en fils, en suivant la lignée…

Le proto-slave *kъnęzь ("kniez") provient de cette souche germanique, sur lequel notamment le russe князь ("kniaz") s'est bâti. 
Vous connaissez certainement Князь Игорь: le Prince Igor, l'opéra de Borodine



Notez que "Prince" n'est peut-être pas la meilleure traduction qui soit: Князь désigne en fait un rang de noblesse royale, que l'on pourrait très bien traduire par "roi", ou "duc"...

Tiens, et le son "g" si typique du germanique a disparu en slave?

Eh bien, oui et non: car on le retrouve dans le russe княгиня (kniaguinia: la Princesse).


Bon, et "Queen"? C'est une simple altération de King?

Eh bien non, PAS DU TOUT!

"Queen" provient d'une toute autre racine proto-indo-européenne, qui n'a aucun rapport avec *genǝ-

*gʷen-

*gʷen-, mais c'est ... la femme

C'est *gʷen- qui a donné le grec ancien γυνή, gunê: "femme". 
Qui nous a à son tour donné tous les mots en gyné-, de gynécée à gynécologue

C'est également *gʷen- qui est à l'origine du persan zan: femme.

Ou du vieil irlandais ben: "femme", qui se retrouve dans "Banshee": "la femme des sídhe": Ban - femme, shee - sídhe; les sídhe étant les collines et sommets qui parsemaient le paysage irlandais, réputés pour servir de résidence aux créatures surnaturelles. 

On racontait qu'une Banshee, par ses lamentations, prévenait de la mort d'un proche…

Selon la mythologie écossaise, on voyait une Banshee nettoyer les traces de sang sur les vêtements ou l'armure de celui qui allait bientôt mourir de ses blessures au combat…

La Banshee


Et donc, "Queen", c'est aussi la femme
Passé du proto-indo-européen par le germanique *kwēniz: femme, épouse, reine.

Photo du Couronnement de sa Très Gracieuse Majesté

Dans la culture indo-européenne oh combien patriarcale, il y a souvent confusion entre la femme et l'épouse (ou en d'autres termes, une femme n'est vraiment considérée qu'à partir du moment où elle est épouse!)…
Il suffit de penser au français "femme", qui signifie tout autant "femme" qu'"épouse"…

Et donc, "Queen" devait probablement s'entendre comme "la femme", certes, mais pas n'importe laquelle: la femme… du Roi… 




Frédéric

Pssst! Lisez aussi...
Quel foin pour une femme en faon...


dimanche 18 mars 2012

une nuance plus blanche de pâleur (I)



"...
And so it was that later
as the miller told his tale
that her face, at first just ghostly,
turned a whiter shade of pale
..."

Keith Reid, Procol Harum


Petit avertissement : les racines indo-européennes présentées dans ces anciens articles - à la grosse louche, ceux d'avant 2017 - sont reconstruites selon les études du grand Calvert Watkins ; un jour, quand j'aurai l'temps, je remettrai ces articles à jour en fonction des études de linguistique historiques plus récentes, comme les travaux des linguistes qui se sont associés pour publier le Indo-European Etymological Dictionary (Leiden). 


Puisque j'avais déjà parlé à plusieurs reprises des fées (ceci n'est pas une pomme, parole: préhistoire avec plutôt qu'histoire sans), je m'étais dit qu'il fallait peut-être maintenant aborder le cas des elfes.



Et puis, bof, je me suis dit "rabattons-nous plutôt sur une couleur, comme le blanc" (si en tout cas on peut considérer le blanc comme une couleur, mais soit).


ours blancs


Alors, voilà :

"Blanc" provient, par le germanique *blankaz (brillant, aveuglant, blanc), de la racine proto-indo-européenne...
*bhel-1

qui signifiait briller, éclater, jeter des éclairs, flamboyer, voire brûler, et véhiculait la notion de "couleur éclatante", comme le blanc par exemple, mais pas exclusivement.


*bhel-nous a donné le russe БЕЛЫЙ (dont la prononciation est à mi-chemin entre "bielloeil et biellii") : "blanc".

C'est pour cela que l'esturgeon blanc, qui a le malheur de produire un caviar si apprécié par les nouveaux riches, s'appelle le béluga...

L'Esturgeon (atteint 6 mètres).


Le béluga (ou bélouga), c'est aussi le nom de ce brave mammifère marin, dit aussi "la baleine blanche".

A gauche,  un béluga


Belgrade, c'est la ville blanche.

Belenos, le dieu gaulois par lequel Astérix aime jurer, selon certaines sources, serait le brillant, le flamboyant.

Mais sachez-le, pour Xavier Delamarre, il conviendrait plutôt de le rapprocher de la racine indo-européenne *bel-, "fort" (sanskrit bala-, grec βελτίων, etc.).

Dur de trouver une représentation de Benelos
sans l'épouvantable attirail
druidico-Stonehengo-New Age...
Ca c'est mieux.

Nous devons aussi à *bhel-les français blêmeblêmir (pâlir, blanchir).

"A whiter shade of pale",
le slow sket braillette(*) par excellence
*érotogène en wallon


"Blitz", comme dans le tristement célèbre Blitzkrieg, c'est bien entendu : l'éclair.


Mais *bhel-nous a également légué, par le germanique *blewaz, le mot bleu !
Et aussi blond, par le germanique *blunda-.

Entendez qu'il s'agit toujours de couleurs claires, ou éclatantes...


Et curieusement, toujours par le proto-germanique, mais cette fois par *blindaz, "nuageux",
*bhel-nous a apporté l'anglais blind: les "blinds", ce sont les stores, vénitiens ou pas, ces volets que vous placez sur vos fenêtres pour les occulter, comme derrière des nuages...


Le whisky, je le préfère en tant que Single Malt, mais on peut, en cherchant bien, trouver également de bons blends.

"Blend", par le vieux norrois blanda, c'est "rendre nuageux", et par extension mélanger (oui, pensez par exemple au nuage qui se forme quand vous mélangez deux liquides, à ce nuage de lait se formant dans votre thé).

Enfin, cette même racine proto-indo-européenne *bhel-1 qui nous a donné "blanc, blancheur, blême", cette même racine donc, mais réduite à son degré zéro (autrement dit sans voyelle pivot) *bhl-, en passant par le proto-germanique *blakkaz ("ce qui a été brûlé"), a donné l'anglais... black ! Noir !!

"Noir", comme ce qui est brûlé bien sûr, noirci par le feu.

Le rapport ? Mais par le feu :
Le feu flamboyant, brillant, aveuglant...


En anglais, le forgeron, c'est toujours le blacksmith, mot composé de *bhl-, ici évoquant le métal "brûlé" - entendez "qui a été soumis au feu", et de la racine proto-indo-européenne *smei- :"graver, découper".

A Victorian Blacksmith's Shop


- Et quoi, les elfes, c'est pour une autre fois ??
- Mais non bien sûr... ^^ (ce smiley évoquant pour moi les yeux au ciel, le gros soupir)


Car l'anglais elf ("elfe") par le vieil anglais Ælf "elfe", vient de *albho-, autre racine proto-indo-européenne, signifiant... Blanc !

Le blanc étant la couleur de cette apparition fantomatique...

Des apparitions fantomatiques
comme ça, c'est encore supportable



Vous ne croyez pas aux elfes ??

Pourtant, Alfred, c'est littéralement ... le Conseil des elfes !
Ælfræd est composé de Ælf et de ræd, ræd étant bâti sur la racine proto-indo-européenne *re-, "légiférer, conférer" - nous la retrouvons dans le néerlandais Raad ou l'allemand Rat, le Conseil (dans le sens de "conseil de la ville", "les instances dirigeantes"...).

Et Oliver, c'est ... l'armée des elfes !
Nous y retrouvons Ælf associé à here, issu de la racine proto-indo-européenne *koro- : la guerre, l'armée.
Oliver n'est donc pas la transposition anglaise du prénom français Olivier, qui lui vient bien de l'olive (provenant d'une racine évoquant l'huile).

Quant à Aubrey, ou Alberich, c'est ... le meneur des elfes !
Alb, c'est l'elfe en vieux haut-allemand, ici accolé à rich, provenant de la racine *reg- ("mener") déjà mentionnée plusieurs fois (voir des Bantous aux Teutons, ou Mort, nectar et liquidation de dette).

D'ailleurs, Aubéron, ou Obéron, selon de nombreuses légendes, c'est le roi des fées, ou des elfes...


*albho- nous a également légué, par l'intermédiaire du latin, le mot albumine, qualifiant cette protéine que l'on retrouve dans le blanc d'oeuf.


Et aussi Alba : le nom gaélique de l'Ecosse.

Mais aussi, n'en déplaise aux séparatistes Ecossais, Albion !
Albion, Alba... le même terme, sous diverses variantes, définissait à l'origine toute la Grande-Bretagne, cette île dont on apercevait les blanches falaises depuis le continent.

Vera Lynn, interprète de "White Cliffs of Dover"



- Euh, d'autres dérivés de *albho- ?
- Mais oui, en voici encore quelques-uns :

  • Les Alpes, désignant ces reliefs aux sommets enneigés, 
  • l'Elbe (fleuve d'Europe Centrale dont on peut penser qu'à l'époque, les eaux étaient blanches, ou en tout cas blanches d'écume
  • l'Albanie
  • l'album (désignant en latin une tablette à écrire de couleur blanche), 
  • l'ablette, ce poisson blanc, ou encore 
  • albinisme, albinos évidemment, ...

Il y aurait apparemment un androïde albinos sur cette photo(?)
J'ai beau chercher, mais rien à faire, je ne le vois pas



Frédéric


dimanche 11 mars 2012

parole: préhistoire avec plutôt qu'histoire sans


article précédent : étrange étranger



"Histoires sans paroles"

Le langage est une composante essentielle de l'"être humain", de notre "humanité".
Nous pouvons difficilement dissocier l'Homme de son langage.

Comme je le mentionnais dans "le pourquoi et le comment", nous structurons notre vision du monde - en d'autres termes, nous voyons le monde ! - par notre langue.
Et c'est aussi par notre langue que nous NOUS structurons.

Et puis, cela va de soi, la langue nous permet la vie en société.

C'est même plus fort que ça: la parole sous toutes ses formes est le fondement même de toute société humaine.

Par la parole, nous racontons, nous devisons, nous avertissons, nous prévenons, nous échangeons, nous nous défendons, nous commerçons, nous enseignons, nous dialoguons, nous nous engageons, nous proclamons, nous édictons, nous approuvons, nous interdisons...


Bollywwod, le dialogue qui tue


Dans notre société où l'écrit a supplanté depuis si longtemps l'oral, nous n'avons plus nécessairement conscience de l'importance de la parole comme ciment sociétal, social.

Au point que nous en sommes venus - je trouve cela pathétique - à considérer que sans l'écrit, il n'y a pas d'Histoire, puisque l'Histoire n'est supposée commencer qu'avec l'écriture...


Mais bref...
Du temps de nos préhistoriques ancêtres indo-européens, où, par définition, tous les échanges étaient fondés sur l'oral, la vie sociale était encore régie par la parole donnée, par le serment, par la transmission orale...

D'où l'importance, en proto-indo-européen, de la notion de "parole", de "parler".


La racine proto-indo-européenne qui correspondait à l'idée de "parler", c'était (selon la reconstruction de Watkins) ...

*bha-.

Et au vu de la longue, longue liste des traces sémantiques qui nous ont été transmises par ses dérivés plus récents, nous pouvons comprendre à quel point elle était cruciale pour ceux qui l'employaient, à quel point la parole cimentait la société indo-européenne.


*bha- nous a ainsi donné, en français, par le latin fari ("parler") :
  • la fable, ou le fabliau (une fable, c'est à l'origine un récit),
  • la préface ("ce que l'on dit avant"), mais aussi...
  • fabuleux ("qui tient de la fable", fictif),
  • ineffable ("ce qui ne peut être exprimé"),
  • affable ("à qui on peut adresser la parole"; même construction que dans "abordable : "que l'on peut aborder"), ou même...
  • l'enfant! L'enfant, c'est celui qui ne parle pas ! (du latin infans, provenant de in et fari : fari - parler, précédé du privatif in-).

Mais *bha- a également donné le latin fātum : le destin.

Mais oui, le destin, c'est ce qui est pré-dit, ce qui a été dit.

Et ce n'est pas tout : les divinités romaines qui présidaient au destin, les Parques, c'était les fata...

Nous les connaissons toujours, sous le nom de ... fées.

(pour l'étymologie de Parques, voir Mes parents? Là sur le rempart, sous le parasol.)

Les fées de Cottingley


Et ce n'est pas fini: la même racine *bha- a donné le fado portugais  (le destin, et par extension ce type de chant populaire qui, quand il est bien interprété, vous donne envie de vous pendre), les anglais fate (le destin) et fay (la fée), ou encore le français fatal ("ce qui est annoncé").

Fado bien interprété


Par le grec phanai - parler, toujours issu de *bha-, nous avons reçu
- c'est tout de suite moins gai -
aphasie (trouble cognitif affectant l’expression ou la compréhension du langage parlé ou écrit), ou dysphasie (le même trouble, mais s'appliquant précisément au langage parlé).

Mais nous lui devons aussi prophète : littéralement, "dire avant", donc par extension l'oracle, le devin...

Khalil Gibran, auteur du merveilleux
"Le Prophète"


Et ce n'est toujours pas fini...

*bha- se retrouve, par le vieux norrois banna : "interdire, maudire", dans l'anglais ban (interdire par décret officiel).

Mais on le retrouve aussi dans le vieux français ban (juridiction féodale).
Le ban revêtait, et revêt toujours plusieurs sens, mais toujours liés à une proclamation officielle :
  • la proclamation pour ordonner ou défendre quelque chose, 
  • la publication par voie d’affiches à la porte de la mairie / de la maison communale, ou d'un lieu de culte, d’une promesse de mariage entre deux personnes.
  • le fait pour le suzerain de convoquer les nobles pour le servir à la guerre, et, par extension, 
  • le corps même de la noblesse qui pouvait être ainsi convoqué, ou enfin, 
  • l'Exil imposé à quelqu’un par proclamation.
Ban, ...

Serfs et ...
Vilains.

Il nous en reste la publication des bans, être au ban de la société, banal (à l'origine : commun, car appartenant à la circonscription d'un seigneur et pouvant être utilisé par tous ses vassaux).

Abandon aussi ! Car "mettre à bandon", ou "mettre en abandon", c'était mettre à disposition...

Bannir, bien entendu, vient encore de ban ; il s'agissait de condamner quelqu'un à s'exiler, à quitter le ban


Allez, encore un : contrebande ! : emprunté à l'italien contrabbando, et qui signifie littéralement "qui va à l'encontre du ban".


Et encore un tout dernier pour la route : bandit !

Le bandit, c'est celui qui a été jugé et banni, celui qui a été déclaré hors-la-loi.
Rien à voir, donc, avec l'appartenance à une bande...


La parole a décidément beaucoup de pouvoir - ne dit-on pas que le verbe est créateur ? - et c'est par elle que votre renommée se chantera : par le latin fama (on-dit, ouï-dire, réputation, renom) nous avons hérité
- latin fama, toujours dérivé de cette racine *bha-, mais cette fois associée au suffixe *-ma-,
de "fameux", mais aussi d'"infâme".

Et c'est à fama que l'anglais doit famous (fameux, célèbre), fame (renom, célébrité), ou infamous (de mauvaise réputation, infâme, ignoble).


Confesser, professer : voilà encore deux verbes qui, par le latin fateri (reconnaître, admettre), proviennent de cette inépuisable racine *bha-.


Oh, et puis encore, par l'intermédiaire du grec pheme (renommée, rumeur, bruit), nous en avons reçu l'euphémisme, et par le grec phone cette fois (la voix, le son), nous en avons évidemment hérité téléphone, phonème, symphonie, ou cacophonie...


On en resterait sans voix, ma parole...




Frédéric