dimanche 9 mai 2021

Jules César, On l'appellait Jules César, Il mettait pas d'falzar - Le Grand Jojo

                             




Veni, vidi, vici. 

Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.

Jules César


Le Grand Jojo nous interprète Jules César.

J'avoue qu'en tant que Belge, je n'ai jamais bien su que penser du Grand Jojo.

Je n'ai jamais vraiment perçu où se terminait le 1er degré dans ses
chansons pourtant absurdes et empreintes d'une truculente auto-dérision.

Mais au moins, appréciez son accent brusselaire
(que l'on pourrait peut-être comparer à la gouaille du Parigot ?),
cet accent populaire qui se perd,
comme les mains belges sur les joues des beaufs français qui s'imaginent qu'il s'agit là
de "L'accent belge"





Bonjour à toutes et tous.

(Non, que vous le croyiez ou non, cette expression, chez moi, ne ressort pas de l'écriture dite inclusive ; c'est ma façon de m'exprimer, qui m'appartient, que je ne changerai pas au gré du vent, et surtout pas pour satisfaire certains ou, soyons fous, certaines. Il ne manquerait plus que ça.
  
Grammar nazis et autres pisse-vinaigre qui vous permettez de critiquer mon style et non le fond de mes articles, si vous saviez ce que je pense de vous, je crains que vous n'ayez encore plus matière à critique.)
 
Même si, au demeurant, je pense honnêtement tenir compte des remarques bienveillantes, pertinentes ET intelligentes (oui, ça fait beaucoup de critères, quand même) qui me sont adressées. Ainsi, depuis bien longtemps, j'essaie d'oublier se baser sur” au profit de "se fonder sur”, plus joli, et moins anglicisé. Même si, au fond, ça ne me choque pas vraiment de le lire moi-même ailleurs.



Aujourd'hui, nous traiterons des dérivés... italiques de la chatoyante racine indo-européenne *uik-e-, “vaincre, triompher de”.

ça, ça tombe bien



Mais... avant d'aller plus loin, faisons, voulez-vous, le point.

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Nous avons passé en revue, le 25 avril, une série de dérivés germaniques de notre *uik-e-, “vaincre, triompher de”, dont notamment 
  • le gotique 𐍅𐌴𐌹𐌷𐌰𐌽, weihanse battre”,
  • le vieil anglais wīganse battre, faire la guettre, batailler”, d'où...
  • les vieux anglais... oferwīgan, “l'emporter au combat, conquérir”, 
  • wīgend, “soldat, guerrier”, et 
  • wigian, “se battre”,
  • le vieil anglais wīġ, “guerre, bataille” et son composé ānwīġ
  • duel
  • le vieil anglais poétique wiga“guerrier, combattant”, “héro, homme”, 
  • le vieux francique *wīg, combatsecond terme du prénom *Mārīwīg, fameux (*mārīau combat(*wīg)”, latinisé pour devenir... Meroveus, d'où Mérovingiens,
  • le vieux norois vegase battre”, dont seront issus...
    • le danois archaïque vejeoccire, tuer au combat”, l'islandais vega...,
  • le vieux norois... vígcombat, bataille, homicide, meurtre” dont descend probablement le prénom Viggo, Wiggo,
Oft ic wig seo, frecne feohtan, 25 avril 2021.
 
Le 2 mai, il était question des dérivés celtiques de *uik-e-,
ou pour être précis, de sa forme de base et au degré zéro *uik- (ou *wyk-),


au nombre desquels nous pourrions citer :

  • le vieil irlandais fichid,
     se battre, combattre”,
  • le moyen gallois amwyn, “entourer, défendre”,
  • le gaulois 
    Adcovicus, qui est fortement avec les vainqueurs”,
  • le gaulois Blandovicu, qui combat avec douceur”,
  • le gaulois Exalbiovix, qui combat en dehors du monde céleste”, 
  • l'ethnonyme gaulois Lemovices(ceux qui) combattent / vainquent avec l'orme”,
  • le celte Aquincum, qui a eu la victoire rapide”...

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Or donc, nous aborderons en ce beau dimanche
- ici, il fait vraiment (et curieusement) beau -,
les dérivés italiques de notre racine bien-aimée.


Et, comme à l'accoutumée, ma source de prédilection pour les étymologies que je vous présente ici sera l'un des volumes du sublime
- et surtout récent, et précis, et reconnu -
Dictionnaire étymologique indo-européen compilé par les linguistes de l'université de Leiden,
le Leiden Indo-European Etymological Dictionary,


en l'occurrence, le volume consacré au latin et autres langues italiques, 

Etymological Dictionary of Latin and the other Italic Languages,



du brillant Michiel de Vaan, qui, à l'instar du grand Robert Beekes, raccroche systématiquement les dérivés qu'il propose à leurs cognats présents dans d'autres langues indo-européennes.

En cela, son dictionnaire, comme celui de Beekes, est une véritable mine d'or.
Merci, Monsieur de Vaan.




De notre douce racine, ce sont ses formes indo-européennes
- je reprends ici le formalisme et les sens reconstruits de Michiel de Vaan -
  • *ui-n-k-, un infinitif présent au sens générique de plier, lier”, où apparaît un infixe nasal,
et
  • *uik-to-, un participe passé passif,
que l'on peut reconstruire à l'origine de ses dérivés italiques.


Un infixe nasal est une consonne (ou éventuellement une syllabe) nasale reconstruite, insérée...
 
(infixée, c'est pareil, mais ça fait tellement plus sophistiqué)

...dans la racine ou le thème d'un mot. 



 
Ceci n'est pas un infixe nasal


Alors, oui. Vous rappelez-vous cette mise en garde du premier article de cette série ? 
Sur les sens parfois surprenants que l'on retrouve chez les dérivés de cette racine...

Ici, le sens est déjà curieux en indo-européen.

Quel lien, me direz-vous, peut-on établir entre la sémantique de *uik-e-, “vaincre, triompher de”, et celle de son infinitif présent *ui-n-k-, plier, lier” ?




de Vaan, qui a (évidemment) anticipé votre question, explique que l'on peut aisément développer l'idée de plier, dans un emploi transitif, pour en arriver à celle de vaincre, triompher : faire plier l'adversaire.

oui, je pense ici à toutes ces idéologies actuelles,
comme l'antiracisme, le féminisme intersectionnel,
ou évidemment l'inclusivisme
dont l'un des efficaces mécanismes d'offensive
consiste à vous culpabiliser.

Ou, à l'inverse, à jouer sur votre narcissisme si vous y adhérez,
vous, cette belle personne qui avez choisi le camp du bien.



Pour ce qui est de la sémantique de lier, son développement est, je le conçois, assez abscons.

Il faut comprendre
- c'est du moins ce que moi, je comprends ; si vous avez une meilleure idée, contactez-moi -
que lier implique une relation d'égal à égal.
Il n'est pas anodin, d'ailleurs, qu'au Québec, le fameux terme de tennis tie-break (l'anglais tie renvoyant à notre lier) se traduise par bris d'égalité. TRÈS jolie traduction, au demeurant...
Et cette relation d'égal à égal peut être, comme au tennis (en pension ou pas), de l'ordre... du combat.

le bris d'égalité entre Bjorn Borg et John McEnroe
à Wimbledon, 1980



En proto-italique, en tout cas
(nous sommes ici toujours dans des étymons reconstruits, hein, d'où les * à profusion), 
en suivant le raisonnement de Vaan, nous pouvons reconstruire la forme *wink-(e/o-), de sens original lier, plier”, sens qui évoluera vers celui de l'emporter sur.
Pour rappel, ce sibyllin e/o (*wink-(e/o-)) indique simplement la présence d'une voyelle thématique (une voyelle qui s'intercale entre le thème et la désinence) alternante : qui pouvait être soit un e, soit un o.


N'oubliez pas que sur le blog, bien visible si vous le lisez en mode web (comme sur un écran d'ordinateur), figure une page subtilement nommée Éléments de linguistique, en perpétuelle construction, sur laquelle vous pouvez trouver ce genre de définitions à mémoriser avant toute soirée mondaine.

Et, amis lecteurs (au sens strictement exclusif), tout à fait entre nous, je peux vous le dire, placer adroitement un infixe nasal", un "voyelle thématique", ou évidemment, quoi que ce soit en moyen-gallois ou en tokharien,

ça marche.

 



Une rubrique entière du blog est consacrée à ces outils de procréation sociabilisation des jeunes linguistes célibatairesElles en sont DINGUES ! (et au bas de chaque page des articles filtrés, cliquez alors sur le lien Articles plus anciens pour, ben, passer à des articles plus anciens sur le même sujet).




Hors latin, nous trouvons encore à notre jolie *uik-e-, “vaincre, triompher de”, quelques descendants italiques, mais qui ne sont que de...

...vulgaires emprunts au latin.


J'y viendrai donc un peu plus tard...




Le dérivé latin le plus naturel de ce wink-(e/o-) italique, mais c'est bien entendu...

vincō, vincere.

Aux sens multiples, mais toujours bien en rapport avec la victoire :
  • vaincre à la guerre, remporter la victoire, être vainqueur,
  • l’emporter,
  • avoir l’avantage, surpasser, venir à bout de, forcer, réduire, battre, être victorieux (dans un procès), gagner (un procès, une cause), avoir gain de cause, avoir raison, triompher,
  • gagner un pari,
  • atteindre son but, réussir, voir ses vœux réalisés,
  • venir à bout de,
  • prouver,
  • convaincre, persuader,
  • ...



Résumons ?

**********

racine proto-indo-européenne *ueik-
, “vaincre, triompher de”
degré zéro *uik-
infinitif présent avec infixe nasal *ui-n-k-, lier, plier”
proto-italique *wink-(e/o-)lier, plier”
latin 
vincō, vincere, 
“vaincre...

**********


Vous pouvez déjà deviner les cognats français de vincō (et de ses dérivés latins) que nous allons étudier... 

Mais... ce sera pour plus tard.

Car au préalable, j'aimerais faire avec vous le tour des dérivés romans de ce latin vincō, vincere.


Qu'est-ce qu'i' nous a donné, hein, le latin vincō, vincere...
  • en aroumain ? azvingu, azvindziri,
(l’aroumain, parlé dans les Balkans, mais aussi en Roumanie et ailleurs - non, PAS en Aroumanie -, est à rapprocher du daco-roumain (le roumain, quoi), du mégléno-roumain et de l’istro-roumain. Tout en vous disant - c'est tellement classique et convenu -, que pour certains linguistes... roumains, il ne s’agirait que d’un dialecte du, du, du ? roumain, comme c'est surprenant. Idéologie, nationalisme, quand tu nous tiens...)

en rouge, les Aroumains
(source)

  • en bourguignon ? voincre,
  • en catalan ? vèncer,
  • en corse ? vincia,
  • en espagnol ? vencer,
  • en frioulan ? vinci,
  • en galicien ? vencer,
  • en italien ? vincere,
  • en liégeois ? vinki, dauuuuc (on retrouve bien ici la trace de l'infixe nasal de l'étymon),
  • en normand ? veincre,
  • en occitan ? véncer, vencir,
  • en picard ? vinke,
  • en piedmontais ? vince,
  • en portugais ? vencer,
  • en provençal ? vencre,
  • en romanche ? vaindscher, venscher,
  • en roumain ? învinge, învingere,
  • en sarde ? bínchere, binci, bínciri, bínghere, vínchere,
  • en sicilien ? vìnciri,
  • en vénitien ? vìnsar, vìnser, vénsar.
Tous de sens similaire, voire identique, à vaincre.


Je peux bien entendu déjà vous le dire, nous devons au latin vincō, vincere, notre français... vaincre.

Mais bon, j'aimerais passer un peu de temps dessus ; nous en parlerons en détail bientôt.
Et puis, il y a encore tous les dérivés latins de 
vincō, vincere, 
dont nous aurons à parler.
Ah, le temps, le temps...
Mais oui, comme vous le savez, j'ai aussi un vrai boulot, qui, lui, me permet de gagner ma vie. Et de pouvoir passer du temps sur ce blog improbable.



Hors latin, dans les langues italiques
- mais oui, vous voyez, on y arrive -,
nous trouvons donc quelques emprunts au latin, comme... 
  • l'osque uincter“prouver la culpabilité de quelqu'un (emprunt probable),
  • le pélignien uicturei“vainqueur”,
ou même
  • l'osque vikturrai, “victoire”.
Je citerais encore l'osque abaliēros, mais ça, ça se mérite, et c'est peut-être un peu difficile pour un dimanche matin.


L'osque, langue aujourd'hui disparue, appartenait, au sein des langues italiques, au groupe sabellique.

Cette famille sabellique compte, à côté de l'osque lui-même, trois variantes de celui-ci : l'hernicain, le marrucien et le, et le... pélignien. 

Ça alors, décidément, tout se tient.

(source)

 


Protégez-vous, prenez soin de vous et de vos proches, 
Portez-vous bien.




Frédéric


Tiens, et si vous êtes intéressés par l'avis d'un linguiste de haut niveau sur l'écriture dite "inclusive", c'est ici que ça se passe : 

L’Écriture inclusive et les sciences du langage : une offensive épistémologique, par Jean Szlamowicz.

C'est assez long (pour moi, pas assez, mais bon), la qualité de la transmission est plus que moyenne, mais alors, quel brio dans la démonstration...
Et si vous voulez encore en savoir plus, lisez, toujours de Jean Szlamowicz, 


******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom :
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
******************************************

Et pour nous quitter,

mais en restant dans les harmonies latines et romanes,

un superbe motet, appelant au recueillement,
à l'introspection, à l'humilité - le propre de l'Homme,
à la sérénité,

de Alonso Lobo,
ca 1555 - 5 avril 1617,
compositeur espagnol de la Renaissance,

Versa est in luctum.

Et c'est Tenebrae,
toujours sous la direction de Nigel Short,
 qui nous en fait cadeau.

Ou, si vous préférez... qui nous en régale (hilarant jeu de mot franco-espagnol)


 Versa est in luctum cithara mea,
et organum meum in voce flentium.
Parce mihi Domine,
nihil enim sunt dies mei.

Ma harpe est accordée aux chants de deuil,
ma flûte à la voix des pleureuses.
Epargne-moi, Seigneur,
car mes jours ne sont rien.

https://youtu.be/DWyG4wqU0Tw

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dimanche 2 mai 2021

Fichid le vieil Irlandais avait la victoire rapide

                            
article précédent : Oft ic wig seo, frecne feohtan



Nous la détournerons cette rivière ! Un aqueduc, ça fait ROMAIN !

Astérix, 7 - Le Combat des chefs (1966),
René Goscinny





Bonjour à toutes et tous.


Aujourd'hui, nous traiterons des dérivés celtiques de la jolie racine indo-européenne *uik-e-, “vaincre, triompher de”.





Mais... avant d'aller plus loin, faisons le point.

🜛🜛🜛















Nous avons passé en revue, le 25 avril, une série de dérivés germaniques de notre *uik-e-, “vaincre, triompher de”, dont notamment 
  • le gotique 𐍅𐌴𐌹𐌷𐌰𐌽, weihanse battre”,
  • le vieil anglais wīganse battre, faire la guettre, batailler”, d'où...
  • les vieux anglais... oferwīgan, “l'emporter au combat, conquérir”, 
  • wīgend, “soldat, guerrier”, et 
  • wigian, “se battre”,
  • le vieil anglais wīġ, “guerre, bataille” et son composé ānwīġ
  • duel
  • le vieil anglais poétique wiga“guerrier, combattant”, “héro, homme”, 
  • le vieux francique *wīg, combat, second terme du prénom *Mārīwīg, fameux (*mārīau combat(*wīg)”, latinisé pour devenir... Meroveus, d'où Mérovingiens,
  • le vieux norois vegase battre”, dont seront issus...
    • le danois archaïque vejeoccire, tuer au combat”, l'islandais vega...,
  • le vieux norois... víg, combat, bataille, homicide, meurtre” dont descend probablement le prénom Viggo, Wiggo,
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Abordons donc, à présent, les dérivés celtiques de *uik-e-, “vaincre, triompher de”.


Les sources à notre disposition ? Mais certainement :

  • Etymological Dictionary of Proto-Celtic de Ranko Matasović,


et
  • Dictionnaire de la langue gauloise de Xavier Delamarre, 




Un tout petit rappel, à propos des langues celtiques ?

Il y a les...
  • continentales : gaulois, celtibère, lépontique, galate… 
et les...
  • insulaires :
    • gaéliques :  irlandais, manxois, écossais
    • brittoniques : breton, cambrien, cornique, gallois

(source)




Et maintenant,
enfin,


on peut y aller.


Dans les langues celtiques, nous retrouverons bien *uik-e-, “vaincre, triompher de”, certes, mais ce sera sous sa forme de base *ueik-, que Ranko Matasović transcrit *weyk-. 

Et pour être un tout petit peu plus précis, c'est son degré zéro (sans le e pivot) qui servira de modèle.

C'est donc *uik- (ou *wyk- selon les conventions de transcription de Matasović), que nous verrons apparaître en grattant avec un petit pinceau autour des mots, dans, notamment, les langues gaéliques, les brittoniques, et même en gaulois.



Les linguistes en arrivent à la conclusion, au vu de ces dérivés bien attestés, qu'il proviennent tous d'un seul et même verbe en celtique commun (non attesté), que Ranko Matasović reconstruit sous la forme *wik-o-, auquel il attribue le sens de se battre.


**********

racine proto-indo-européenne *weyk-, “vaincre, triompher de”
degré zéro *wyk-
proto-celtique *wik-o-se battre”
dérivés celtiques

**********

Alors !

Nous retrouvons *weyk-, via *wik-o-...
  • En vieil irlandais, avec le verbe fichid,
     se battre, combattre” (qui ne reprend finalement que le sens itératif de 
    vaincre”)
    ,
    que vous pouvez également apprécier formant d'autres dérivés vieux irlandais, comme do·fichse venger”, “conquérir, prendre d'assaut” , ou imm
    ·dich, protéger, sauvegarder, défendre contre”.
(Remarquez le joli point médian, · , employé par les linguistes, dans la retranscription du vieil irlandais, pour séparer un préverbe de la syllabe accentuée du verbe auquel il appartient.)
 
Oui, ce point médian qui n'aurait jamais dû servir à autre chose. Mais voilà, entre les mains d'une personne déséquilibrée (appréciez la formule épicène), il peut rapidement devenir une arme, non pas d'inclusion, mais bien d'exclusion.
 
Vous le savez peut-être si vous avez pris la peine de lire ma biographie sur le blog, j'ai fait des études de traduction. Et il existe un groupe FB accessible aux anciens de l'école supérieure qui m'a octroyé ma licence de traducteur. Y sévit une pasionaria très, très, très genrée, qui n'admet pas que l'on touche à son jouet, l'écriture inclusive, et bloque ses contradicteurs à tour de bras (ou à tire-virago ?). Une personne probablement intelligente, même si rien de son acuité intellectuelle ne transparaît clairement dans sa dialectique hargneuse et manquant si cruellement d'humour, qui la fait plutôt apparaître comme bornée et ridicule. Le terme hystérique me viendrait facilement à la bouche, mais je ne voudrais certainement pas en rajouter.
Bah, une bonne psychanalyse, et tout devrait rentrer dans l'ordre.  
Parents, de grâce, donnez de l'amour à vos enfants. Et encore, et encore. Vous voyez à quoi vous soumettez les autres, par votre incurie ?
 
Dans une discussion sur ce groupe de traducteurs, voilà ce que j'écrivais, et qui touche à la linguistique comparative, alors...
 
(je ne vous oblige pas à lire ; vous pouvez passer immédiatement à
 
Nous retrouvons encore *wyk-, toujours via *wik-o-, en...)
 

Je ne peux que soumettre ici quelques réflexions de fond, qui valent ce qu'elles valent.

Dans un autre forum de traduction, une militante affirmait catégoriquement, comme un fait avéré, que la langue change la société. J'avoue en avoir été surpris. Je lui ai demandé des preuves de ce qu'elle avançait, et... je les attends toujours. Ses compagnes d'armes sont venues à son secours, en expliquant que "oui, mais bon, on est dans les sciences humaines, hein".

Passons qu'aucune d'entre elles n'ait eu le courage, ou simplement l'honnêteté intellectuelle, de reconnaître l'erreur manifeste, qui pour moi s'apparente à un réel diktat. Il semblerait - je me suis informé entre-temps - qu’en réalité, la seule chose que puisse apporter cette langue inclusive(!), c’est "de créer le débat". Et je tiens cela de la bouche même d’une de ses thuriféraires, une brillante linguiste.

Moi, je peux en tout cas affirmer que la société forge la langue ; il suffit de s’intéresser à la linguistique comparative et historique pour le vérifier systématiquement. Au point qu'en étudiant une langue morte, on en apprend beaucoup sur les mœurs de ses locuteurs disparus, sur leur culture, leurs coutumes, la structuration de leur société.

L’inverse (que la langue puisse changer la société), est une chimère bien connue, poursuivie par toutes les idéologies à volonté totalitariste. Et si ces idéologies se sont finalement mises en place, ce n'est certainement pas par la langue, mais bien par la force, la violence, la censure (tiens tiens ?), la répression.

Même si, par ailleurs, la langue, "mécaniquement", peut servir à véhiculer ladite idéologie : ce n'est pas pour rien que le russe avait été langue obligatoire dans l’immensité de l'URSS, ou que le français, dialecte parmi tant d'autres, s'est imposé en France ("une langue est un dialecte avec une armée et une marine").

L'idéologie qui apparaît précisément ici provient de la gauche radicale des États-Unis. Là-bas, en avance sur nous, ils en sont déjà à "inclure" tous les "non-binaires", et autres "oubliés", "non visibilisés" (transgenres et autres), en y rajoutant en outre la couleur de peau.

Car le souci fondamental lié à une démarche d”inclusivité” est inhérent à cette démarche : où s'arrêter d'inclure ?

Étymologiquement, le mot "mot" est à rapprocher de "muet". Car oui, le mot, littéralement, ne dit rien, et ne veut rien dire. "La lettre tue, c'est l'esprit qui vivifie". C'est NOUS qui donnons un sens à un mot, c'est NOUS qui le comprenons d'une façon ou d'une autre.

La linguistique historique, encore elle, nous apprend également que toute langue va vers la simplification. L'économie.

Amusez-vous avec ça. Ça, c'est un fait. Avéré. Supprimez des règles inutiles (encore faut-il qu'elles le soient), simplifiez. Ça oui, vous irez dans le sens de l'Histoire, mais n'essayez pas de complexifier une langue.

Je ne pense pas, sur un plan professionnel, avoir jamais fait preuve de sexisme. Jamais je n'ai privilégié un professionnel pour des raisons liées à son sexe. J'ai eu des supérieurs masculins et féminins, j'ai eu des collègues masculins et féminins, et jamais, jamais, jamais, je n'ai même imaginé que leur sexe intervenait dans leurs compétences. Je m'étonne donc, alors que je n'ai jamais pratiqué cette écriture "inclusive", que ma vision du monde soit déjà "inclusive".

Considérant tout cela, la question est donc pour moi celle de l'intention : qu'a voulu dire telle personne, en parlant "des fabricants d'électro-ménager", et non "des fabricants et des fabricantes" : ne voulait-elle mentionner que les hommes derrière les comités de direction, voulait-elle parler des sociétés, voulait-elle parler du personnel de ces entreprises, qu'il soit féminin, ou masculin (fait de noirs, de blancs, petits, gros...) ?

En tant que traducteurs, nous utilisons notre intelligence. Pour comprendre au delà des mots. C'est notre force.

Alors, posons-nous la bonne question : "qu'a voulu dire cette personne ?". Et votre intelligence fera le reste.

Bien sûr, certains et certaines d'entre nous sont clairement plus disposées à l'action ("à l'agir", comme on dit !) qu'à la réflexion (vous voyez, je peux écrire en "inclusif", et moi aussi je peux tenir compte de la répartition par sexe des personnes que je vise pour l'accord de l'adjectif).

Je ne crois pas qu'en changeant la langue, on changera la société. Je vais vous donner une clé : pour changer la société, il faut changer la société.

Et pour changer la société, changez-vous vous-mêmes. C'est dur à entendre, mais c'est la seule façon de faire.

Et puis, votez pour des partis qui veulent que les choses changent, que les femmes soient reconnues au même titre que les hommes (les salaires, bon dieu !!!!!!), créez un parti, bougez-vous (incluez ici la partie du corps que vous préférez), manifestez-vous, mais arrêtez de vous en prendre à une langue qui ne l'a vraiment pas mérité. Et qui ne véhicule que le sens que l'on veut bien lui donner. 

 

(ce n'est pas un gag, hélas)



Nous retrouvons encore *wyk-, toujours via *wik-o-, en...
- oh mais OUIIII ! -
moyen gallois, avec le verbe amwyn, dont le sens l'associe plus à la défense qu'au combat pur, à l'attaqueentourer, défendre”.

Et vous comprendrez d'autant mieux cette sémantique quand vous saurez que l'on fait remonter cet amwyn à une forme proto-celtique composée, *ambi-wik-o-, où vous reconnaissez ambi-, signifiant, comme ailleurs, autour de, ou des deux côtés.



- Et en gaulois, hein, hein, et en gaulois ? Hein, hein hein ?

(j'imagine Toffee poser la question)
(Toffee n'est pas encore tout à fait finie)

- Oui oui, Toffee, on y arrive ! 

En gaulois, la belle *wyk- se retrouve (et toujours via l'étymon *wik-o-) dans une flopée d'anthroponymes, ethnonymes ou autres théonymes.

Pour la reconnaître, observez les mots, et cherchez-y un vic, un vix... 
Le sens en sera vainqueur, combattant...

Par exemple, si je vous donne... 
  • Adcovicus (Ad-co-vic-us), figurant sur une inscription découverte, comme les sommiers, à Lattes (Hérault).
Il pourrait signifier Qui est fortement avec les vainqueurs.

Lattes : le musée archéologique Henri Prades,
à proximité de l'antique Lattara


 
sommier à Lattes

  • Blandovicu (Blando-vic-u), figurant sur une inscription découverte à Gargas (Vaucluse).
Il s'agit d'un composé de *blando-, doux et *-vico, pour signifier... le doux combattant, celui qui combat avec douceur.

  • Exalbiovix (Ex-albio-vix), épithète d'une divinité celtique (assimilée à Mars), attestée sur un autel votif découvert à Osterburken, Allemagne.
Elle pourrait se traduire par Qui combat en dehors du monde céleste.
si jamais vous vous rendez en train à Osterburken,
voici déjà la gare


  • Lemovices (Lemo-vic-es), ethnonyme gaulois.
Lemo- / limo- désignant l'orme, Lemovices pourrait signifier (ceux qui) combattent / vainquent avec l'orme”, leurs lances, leurs arcs étant vraisemblablement taillés en bois d'orme.

 

vieil archer gaulois

Pour d'autres exemples encore, je me permettrais de vous aiguiller vers l'excellent site de L'Encyclopédie de l'Arbre Celtique, qui reprend notamment les étymologies de Xavier Delamarre.

Et selon Delamarre, justement, il serait possible que si le thème celtique vic- désignait l'agent de l'action : le vainqueur, le combattant, le thème nasalisé vinc- ait désigné, lui, la résultante de l'action : la victoire.

Cela ouvrirait certaines portes...




Connaissez-vous l'étymologie de Aquincum ? Mmmh ?
Ou plutôt, connaissez-vous Aquincum ? (Commençons par là).

Aquincum est une antique cité romaine,


dont les ruines se trouvent dans la ville de... Budapest.



Eh oui, en Hongrie.

Les méchants Hongrois aussi, se livrent à l'appropriation culturelle, en s'appropriant des ruines romaines. Et ça, c'est mal. Méchants, méchants Hongrois.
(Pour ceux qui ont encore la chance de l'ignorer, l'appropriation culturelle consiste à utiliser des codes, des coutumes, des vêtements, des coiffures... propres à une autre culture. Et ce n'est pas bien. Mon costume de chef indien, quand j'avais 6 ans : appropriation culturelle. Mon déguisement de chinois, lors d'une fête de quartier : appropriation culturelle. Une femme blanche qui traduirait un poème écrit par une noire Américaine ? Appropriation culturelle.) 

L'étymologie communément admise de Aquincum est assez sommaire, pour ne pas dire incertaine, voire carrément...inconnue.

On l'a même rapprochée du nom de Buda-Pest : comme l'on fait provenir Buda de vodaeau, ben, on s'est dit qu'il était fort possible que Aquincum vienne alors du latin aquaeau”. 
Reconnaissons une certaine logique.

Mais Delamarre propose une tout autre version, rafraichissante

Aquincum serait issu d'un joli *Ācu-vinco-n, où...
  • *ācu signifie rapide(cognat du grec ancien ὠκύς, de même sens)
et 
  • vinco- désigne la victoire.
Aquincum marquerait ainsi l'établissement d'un chef celte qui a eu la victoire rapide.

un chef celte qui se la pète un peu




Protégez-vous, prenez soin de vous et de vos proches, 
Portez-vous bien.




Frédéric



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(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
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Et pour nous quitter,

deux chansons !

Deux chansons,

mais toutes deux interprétées non pas par de vieux Irlandais, mais bien, pour l'une, par des jeunes Irlandais, et pour l'autre, par des jeunes Irlandaises.

Loch Lomond

(chanson traditionnelle écossaise)

Choral Scholars of University College Dublin,
Orphan Girl

(L'orpheline ;
il fut de coutume d'envoyer les jeunes orphelines irlandaises en Australie...)

Deux chansons, 
une façon comme une autre de présenter les deux faces, l'une masculine, l'autre féminine, d'une seule et même pièce,
ayant évidemment besoin de ses deux faces

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