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dimanche 17 octobre 2021

"Une très grosse procelle de terrible pluye separa le conflict" - Julien Fossetier, Chronique margaritique

 
article précédent : Nobis omnes conscii sumus...





L'oeuvre la plus connue, ou plutôt la moins méconnue, de Julien Fossetier (1454 - après 1532), prêtre catholique, est son indispensable (?) Chronique margaritique, ainsi appelée, selon ses propres dires, parce qu'elle est dédiée à Marguerite d'Autriche.

(notez, on a échappé de près à Chronique margaritique d'Autrichitique)


Ce brave Julien Fossetier commença cette Chronique le 15 décembre 1508, et la termina en septembre 1517 ; elle ne compte heureusement que trois volumes et - ô soulagement intense - ne fût jamais imprimée. 

À peine Fossetier en avait-il achevé un volume qu'il se précipitait pour en faire hommage à la pauvre Marguerite d'Autriche, qui avait quand même d'autres chats à fouetter. 

Marguerite de Habsbourg-Bourgogne,
archiduchesse d'Autriche,
princesse de Bourgogne, fille de France, infante d'Espagne et duchesse de Savoie,
Bruxelles, le 10 janvier 1480 - Malines, le 1er décembre 1530


Nous savons que la grande et bien-aimée Marguerite, dans sa grande bonté, fit malgré tout payer à Fossetier, par une ordonnance du 9 mars 1515, 50 livres de Flandre pour le deuxième volume, et pareille somme pour le troisième, par mandat du 29 septembre 1517.

Le premier tome de cette Chronique contient tout bonnement le récit des événements depuis la création du monde jusqu'au règne de Salomon ; le deuxième va de l'avènement de Salomon jusqu'au couronnement d'Artaxerxès Mnémon
(rien que pour ça, il en serait presque passionnant),
et le troisième s'étend jusqu'aux faits d'armes d'Hannibal.


le tombeau, à Persépolis,
de Artaxerxès II Mnémon
(Mnémon, "Qui a de la mémoire",
car il était le seul à pouvoir se souvenir de son prénom),
roi de Perse de -404 à -358




Saint Julien Fossetier est aussi le saint patron des fayots besogneux et des lèche-cul.

Mais quel flave peï !

(flave, en brusseleir, se dit de quelqu'un d'insipide, mou, sans personnalité ;
peï désignant un homme.)





Bonjour à tous !


Oui, nous venons de commencer, dimanche dernier,  un nouveau chapitre, consacré à la rutilante racine indo-européenne...


*kelh-, “battre, frapper”.



Un rapide point ?

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🜛

Le 10 octobre 2021, à la recherche de l'étymologie du français calamité, nous étudiions les latins
  • călămĭtāsfléau, malheur, défaite, ruine...”,
et
  • incolumis, “sain et sauf, non endommagé...”, d'où 
    • l'espagnol incólume,
    • l'talien incolume,
    • le portugais incólume.
      Călămĭtās et incolumis pourraient peut-être descendre de la racine indo-européenne *kelh-, “battre, frapper”.

      En revanche, le latin clādēs, “destruction, désastre, défaite...”, en est un parfait dérivé.

      Nobis omnes conscii sumus...10 octobre 2021
       
      🜛🜛🜛



      Chers amis lecteurs, 

      Je vous l'avais promis, aujourd'hui, nous allons travailler sur un autre dérivé latin de notre *kelh-, “battre, frapper”, que je trouve, personnellement, particulièrement intéressant...

      Il s'agit d'un verbe.
      Enfin... Oui, mais non... mais oui...

      Disons plutôt, d'une forme verbale latine.
      Car cette forme verbale apparaît EXCLUSIVEMENT dans des composés.

      Cette forme, la voici :

      -cellō, -ere. Quant à son sens ? Sans surprise : “frapper”.

      Euh oui, ne la confondez évidemment pas avec le -cellō d'excellō, excellere“être supérieur, surpasser...”, qui donnera notre français exceller : AUCUN rapport.

      Aucun rapport non plus avec le cello,
      le violoncelle, de l'italien violone + cello,
      litt. 
      “petite grosse viole", petite contrebasse.

      Mwouais, ça me rappelle... j'ai connu, du temps de l'univ, une violoncelliste qui était bête, mais bête...
      Frustrée, probablement, qu'un p'tit mec comme moi, avec un synthé de m. - mais aussi une bonne oreille musicale -, puisse reproduire à la volée ce qu'elle avait mis des années à apprendre sur son magnifique instrument, si difficile à jouer.
      Une c*nne, quoi. Comment pouvait-elle seulement comparer le son chaud de son merveilleux cello, ses longues années d'apprentissage et de maîtrise,
      et ce son glacé, purement synthétique, qu'un rigolo reproduisait maladroitement - mais si facilement - 
      sur un clavier en plastique ?

      Mais elle était vraiment furieuse ; elle pestait, m'en voulait !!
      Une pauvre dingue. Je la plains de tout mon coeur.
      J'espère qu'elle va mieux.



      Bon, -cellō.

      de Vaan fait descendre ce latin -cellō,
      via un étymon italique qu'il reconstruit sous la forme *kelne/o-,
      de l'indo-européen *-kel-n-h2-e/o-, “battre”.


      Il - allez, je vous donne une image, vous trouvez le texte -


      ouiii ! Bas de soie. Donc...

      Il... 

      ... va de soi que ce *-kel-n-h2-e/o- indo-européen dérive lui-même de notre chère *kelh-, “battre, frapper”.

      Incidemment, remarquez que de Vaan soupçonne ce *-kel-n-h2-e/o- de n'avoir eu, en proto-indo-européen, que des emplois du même type que le latin -cellō : terme dans un composé, d'où ce subtil -” qu'il place en début de la forme reconstruite...
      Et, entre nous, la logique aurait voulu, me semble-t-il, que de Vaan fasse de même avec cet étymon italique intermédiaire *kelne/o-, en lui rajoutant, à lui aussi, un tiret initial, mais honnêtement, je rate peut-être quelque chose...


      Résumons, jusqu'ici ?


      racine proto-indo-européenne (degré plein, timbre e) *kelh-, “battre, frapper
      forme verbale (degré plein, timbre e) *-kel-n-h2-e/o- “battre
      proto-italique *kelne/o-
      latin -cellō“frapper




      Mmmmh, quoi ? Ah oui, les composés dans lesquels on rencontre ce latin -cellō“frapper” ?

      Mais certainement, chers lecteurs, il n'y a qu'à demander, les voici :
      • percellō, percellere“abattre, terrasser, heurter avec violence...”,
      • recellō, recellere“reculer, rebondir (vers l'arrière) ...”,
      et enfin...
      • procellō, prōcellere, “porter en avant, jeter violemment en avant, renverser...”, et en mode pronominalse prōcellere“se jeter en avant, s'allonger...”.


      C'est surtout ce dernier (procellō ; et si vous repreniez un café ?) qui nous va nous intéresser ici...

      En latin, on construira un substantif sur procellō, que l'on peut même considérer comme son déverbal de fait (ou, osons-le, de facto) : prŏcella.

      Le latin prŏcella désignait ce machin qui se jette en avant avec violence, qui bouscule tout sur son passage : la tempête, l'orage, voire... l'ouragan.




      Le portugais en a fait son... procela, eh oui, de même sens.
      (On raconte que le pauvre Portugais dont l'ouragan a tout emporté a toujours deux options : ou bien se pendre, ou alors, se lamenter sur du fado, et puis seulement se pendre, ce que facilite grandement l'écoute dudit fado.)




      Et en français ?

      Ben, il vous suffit de relire le titre de cet article, reprenant cet extrait de la Chronique margaritique de ce bon et pauvre Julien Fossetier, toujours incompris, voire méprisé, à ce jour.
      Croiriez-vous (mais que les gens sont méchants !) que certains ont même fait courir l'immonde rumeur que ce surprenant qualificatif, “margaritique”, trouvait son origine dans le langage fleuri des gardes du Palais de Malines (là où séjournait Marguerite d'Autriche),
      son Palais de Malinnes

      qui voyaient débarquer, tout transi et si obséquieux, le pauvre bougre, son pitoyable manuscrit sous le bras, et se gaussaient éhontément de lui : “Tu sais où tu peux te la carrer, ta Chronique ? Et avec de la margarine, ce sera plus facile”. 
      Ce qui est évidement totalement inepte, car simplement anachronique, la margarine n'ayant été inventée (en France) qu'en 1869, par un autre flave peï, Hippolyte Mège-Mouriès, comme substitut au beurre et au suif de boeuf. 
      Encore une fois, ne prenez jamais pour argent comptant ce que vous trouvez sur Internet.
      Hippolyte Mège-Mouriès,
      chimiste et pharmacien français,
      24 octobre 1817 - 31 mai 1880


      On raconte même que le personnage du bossu,
      joué par Jean Marais dans Le Bossu, d'André Hunebelle (1960),
      aurait été inspiré par Julien Fossetier



      Bon, j'en étais où, moi, avec tout ça ?

      - Frédéricoutai ?
      - Toi, tagl.

      Ah oui, en parlant de calamité. Brel revient. Euh... non, pardon (oh, je confonds toujours). Stromae revient. Moi aussi, je vais d'abord me faire une séance de fado, pour envisager la suite plus facilement.

      En français, donc, nous avions ce bien beau procelle, pour “tempête”.

      Et c'est Frédéric-Eugène Godefroy,
      13 février 1826 - 30 septembre 1897,
      qui nous en parle, dans son remarquable Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, composé d'après le dépouillement de tous les plus importants documents manuscrits ou imprimés qui se trouvent dans les grandes bibliothèques de la France et de l'Europe et dans les principales archives départementales, municipales, hospitalières ou privées.

      Son ouvrage est d'autant plus remarquable
      - et c'est un point que l'on ignore souvent -
      qu'il fût composé d'après le dépouillement de tous les plus importants documents manuscrits ou imprimés retrouvés dans les grandes bibliothèques de France et d'Europe, ainsi que dans les principales archives départementales, municipales, hospitalières ou privées.

      Eh oui, vous en conviendrez, il est important de le préciser.



      Frédéric Godefroy nous renvoie en outre à quelques jolies références, en moyen français, à l'emploi de procelle, comme ici...

      De rechief les temps serains se changent et convertient en procelles et tormens.

      Il s'agit d'un extrait de la traduction, que réalisa Christian Wechel en 1536 (!),
      des oeuvres de Flave Végèce René (Flavius Vegetius Renatus), 
      écrivain romain de la fin du IVème et de la première moitié du Vème siècle de notre ère.

      (Non, vous ne m'aurez pas ; je ne me permettrai aucun commentaire sur le bien-fondé de la  francisation du prénom Flavius.)


      Ce procelle, pourtant si charmant, disparut, comme tant d'autres, de nos dictionnaires de français moderne...
       
      Frédéric Godefroy nous donnait encore l'adjectif procellé“produit par l'orage”, comme dans
      la grelle procellee,
      qu'il atteste en 1537.


      L'adjectif procelleux, correspondait, lui, à “tempétueux”.

      Ne vous étonnez pas si d'aventure, au détour d'un article de ce blog, vous tombiez un jour sur un procelle, procellé, ou procelleux... 

      Ça en jette (en avant), non ?









      Je vous souhaite, à toutes et tous,
      un excellent dimanche, une heureuse semaine.





      Frédéric

      ******************************************
      Attention,
      ne vous laissez pas abuser par son nom :
      on peut lire le dimanche indo-européen
      CHAQUE JOUR de la semaine.
      (Mais de toute façon,
      avec le dimanche indo-européen,
      c’est TOUS LES JOURS dimanche…)

      ******************************************

      Et pour nous quitter,

      un extrait (l'allegretto) de la sonate N0. 17 pour piano de Beethoven,

      Procelle (ou Tempête, si vous y tenez vraiment),

      par

      - tudieu, quel tempérament, quelle fougue ! -

      la remarquable pianiste ukrainienne

      Valentina Lisitsa

      (Ne vous laissez pas désarçonner par les images procelleuses sur lesquelles commence cette vidéo, produites par ce que j'appellerais une caméra embarquée, que la jolie Valentina porte en collier.

      Rassurez-vous, tout le clip n'est pas aussi mouvant.)

      https://youtu.be/6KMGcOYHSs0

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      dimanche 10 octobre 2021

      Nobis omnes conscii sumus...

       







      (Nobis omnes conscii sumus...) futurum prospectum vitae amplius decies milies centenorum milium hominum, vergente ad finem altero post Christum millennio, praemonstrare videri possibilitatem calamitatum et cladium magnitudinis reapse “apocalypticae”.


      (Nous sommes tous conscients qu’à l’horizon de l’existence des milliards de personnes qui forment la famille humaine à la fin du second millénaire après le Christ, semble s’annoncer la possibilité de calamités et de catastrophes d’une ampleur vraiment apocalyptique.)


      Extrait de la Lettre Apostolique aux Jeunes, par Jean-Paul II, à l'occasion de l'Année internationale de la Jeunesse.


      Je trouve particulièrement surprenant que le Saint-Siège lui-même utilise, de façon aussi désacralisée - je veux dire profane - le terme apocalyptique, mais bon, qui suis-je, devant l'infaillibilité pontificale, et tout ça...


      Jipé II parlait-il du Brexit ? Mais non, OH !!!
      Mais peut-être de la montée... des extrémismes, du repli identitaire, de la violence sous toutes ses formes, des intégrismes de tous bords, de la dislocation de la société et de son universalisme par des groupuscules néo-puritains constitués d'individu·e·s·x en profond manque de confiance en soi, et, qui plus est, se considérant comme éveillés...? 


      ça, c'est pour la montée... des eaux

      Je crois en la démarche scientifique, et a fortiori en la climatologie et l'écologie, deux domaines scientifiques de pointe.

      L'écologie politique, c'est autre chose, surtout quand on voit les gugusses intégristes - les intégristes de la gugusserie ? - qui sont aux manettes chez nous...
      https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_sarah-schlitz-un-nouvel-elan-pour-l-egalite-au-federal?id=10634920

      Sans rire, c'est à cause d'eux que l'on a rebaptisé les Journées du Patrimoine en Heritage Days, car - je vous jure que c'est vrai - ils faisaient pression pour remplacer Patrimoine par Matrimoine.

      Je ne suis absolument pas pour la peine de mort, mais parfois, je dois me faire violence.

      Taré·e·s·x
      , va.


      Science et humour peuvent fort bien aller de pair : Stephen Hawking avait tenu un petit rôle (celui de son hologramme !) dans un épisode de la série Star Trek, The Next Generation (Descent, Part 1). 
      Sur les lieux du tournage, en passant devant ce qui est supposé être le warp core, le réacteur de distorsion de l'Enterprise D, il déclara "I'm working on that" (“Je suis en train de travailler là-dessus”).
       
      le "warp core" de l'USS Enterprise NCC-1701-D,
      qui lui permettra - en 2363, patience - de naviguer à une vitesse équivalent à
      830 fois la vitesse de la lumière, quand même
      (à warp 9, et hors tout vortex, évidemment).



      Bonjour à tous !


      Eh oui, nous en avons terminé avec la racine indo-européenne *mer-mort”.

      Cette petiote nous a accompagnés pendant 14 semaines. Oui, quatorze !



      Ce qui veut dire aussi que depuis au moins quatorze semaines, je vis entouré de mots qui, tous, de près ou de loin, évoquent la mort

      Je m'y étais habitué, moi, à tous ces mots un peu tristes et sinistres.




      Mais voilà, nous avons encore énormément de racines indo-européennes à traiter...

      Il y a quelques années, j'avais fait le calcul, et m'étais déjà fait une raison : vu le nombre de racines indo-européennes reconstruites, je serai mort bien avant d'avoir épuisé le sujet. 
      C'est pour moi une façon simple de m'inscrire dans le temps, et de relativiser mon humble existence... 

      Tout imprégné de ces dérivés si particuliers, il me faut cependant continuer.

      La chanson populaire britannique
      pendant la première guerre mondiale

      (et NON, je n'ai pas dit après le Brexit)



      Alors, pour me faciliter la transition, le passage vers d'autres racines bientôt plus ludiques, je préfère, pour l'instant, rester encore dans le tragique, et vous propose de partir d'un mot français qui, même s'il ne véhicule pas l'idée de mort, n'en est pas si éloigné que ça...

      Calamité.

      Ce grand malheur public, si l'on se fie à la première acception qu'en donne ©Le Grand Robert de la langue française.

      Remarquez que nous pouvons rattacher, mais uniquement sémantiquement, notre calamité à tous ces mots baltes et slaves évoquant la peste, la mort en masse...


      Or donc, calamité.


      Première calamité : il ne s'agit que d'un... 


      emprunt.

      Eh oui. Mais bon, on pouvait s'y attendre : calamité ressemble furieusement à un calque latin, non ?

      De fait, notre français calamité a été emprunté, au début du XIVème, au latin...
      - alllez, tous ensemble ! : -
      ca - la - mi - tas.

      Et pour être même un chouia plus précis, călămĭtās, ce qui fait déjà nettement plus intello.

      Que l'on pourrait traduire par, voyons... calamité. Mwoui, ça me paraît bien.
      Ou encore par fléau, malheur, perte, désastre, défaite, revers, ruine...

      le terme calamité est hélas toujours d'actualité.
      Ici, les inondations qui ont frappé dernièrement la Belgique







      Amusant
      - enfin... simple façon de parler -,
      le mot latin pouvait s'employer dans un sens spécialisé“fléau qui atteint les récoltes, maladie qui frappe les tiges du blé, grêle”.

      Les gros malins !
      N'allez surtout pas croire que l'étymologie populaire, c'est un phénomène récent.




      Certes, aujourd'hui, on vous bourre le moût avec des inepties du genre nuit s'est construit sur n+huit(cet excellent blog vous en dit tout), ou alors on s'imagine
      - si on n'a pas lu le dimanche indo-européen, évidemment -
      qu'il y a un lien étymologique entre foire et forain ! (Ce qui est totalement... foireux.)
       
      Ou entre notre français temps et l'anglais time.


      Ou encore entre bande et bandit...



      - Mais, mais, qu'est-ce que ça a de si drôle ?

      - Je vous présente l'inénarrable Fernand Ucon.
      - Mmmh ? Quoi, maisje ?
      - Non non, rien. Monsieur Ucon, cela faisait si longtemps !


      (Euh, j'espère que vous le savez : dans la version web du blog - à des lieues de la version mobile -, il vous suffit de cliquer sur un mot dans la colonne de droite, rubrique mots abordés, pour tomber, comme par enchantementsur l'article qui en parle. 
      je sais, c'est dingue.
      Et j'avoue humblement que le blog n'a jamais été vraiment conçu pour une lecture sur téléphone...).
      Pour les Brexiteers et autres mal-comprenants,
      la rubrique mots abordés se trouve sous le titre mots abordés


      Un excellent ami à moi m'a même raconté qu'au Royaume-à-l'époque-encore-Uni, un de ses instructeurs de marine lui avait benoîtement expliqué que l'anglais starboard
      (en français, tribord, et, n'oubliez pas, tribord, c'est à troite ; relisez Mull was astern, Rum on the port, Eigg on the starboard bow)
      correspondait au côté du bateau... dirigé vers les étoiles. 

      J'admets cependant que c'est touchant, voire émouvant.




       Non non, l'étymologie populaire existe depuis bien longtemps, depuis qu'existe...
      - pardonnez-moi -

      ...le peuple.

      En effet, à l'origine de ce sens spécialisé de călămĭtās, on soupçonne un rapprochement plus que... foireux, chez les ploucs dans la langue rustique, comme l'exprime si bien Alain Rey, avec le latin calamusroseau”.

      Qui n'a STRICTEMENT aucun rapport avec călămĭtās, s'il fallait le préciser.
      Oui, “roseau”, d'où tiges du blé”....

      Calamus désignait aussi la plume (de roseau, eh).


      C'est d'ailleurs de ce calamus que nous vient l'emprunt savant calame, notamment roseau dont les Anciens se servaient pour écrire. 
      Sachez encore que du latin calamus est issu (et non emprunté, ouiiii, vraiment !) notre français chaume.

      difficile de trouver de plus beaux toits de chaume que
      dans les Cotswolds...
      C'était chouette d'y aller sans passeport, et avec le chien.
      D'y aller, quoi.


      PS : les auteurs latins citent un certain Fernandvs Vconvs à l'origine de cette étymologie remarquablement... disons...
      - désolé, ça me reprend -
      populaire.




      Michiel de Vaan,


      que vous connaissez bien, à présent, pour être l'auteur du 7ème volume de l'IEED (Indo-European Etymological Dictionary, de l'université ce Leiden),

      l'excellent...

      Etymological Dictionary of Latin and the other Italic Languages,



      Michiel de Vaan, disais-je, reconstruit, à l'origine du latin călămĭtās, une forme proto-italique *kalamo/i-, au sens d'endommagé”.

      Il fait remonter cet italique *kalamo/i-, endommagé”, à la forme proto-indo-européenne adjectivale *klh2-em-, à laquelle il attribue le sens de “battu, endommagé”.


      Deuxième calamité : 
      Même s'il propose cette forme adjectivale *klh2-em- à l'origine de l'italique *kalamo/i-, c'est un peu... en désespoir de cause.

      Parce qu'il n'y a pas mieux.


      Et que faute de grives, on mange des merles.

      Oui, de Vaan n'affirme rien.

      Ouaiiiis, d'accord, cette séquence calam- que vous retrouvez dans l'étymon italique pourrait bien descendre de *klh2-em-, mais l'on explique pas vraiment la voyelle a du ca- initial, qui tombe 
      - n'ayons pas peur de l'image -
      comme un cheveu sur la soupe...

      - Doukiviencea ?
      - Saipa.
      - Lèpaenindoeuropéen ?
      - Beinon.
      - Amince.
      - Komtudi. 

      (Malade à la maison, j'ai peut-être passé un peu trop de temps à écouter du Stromae - adecaoutai -, ou sur FB...)

      Chèn, c'est féminin, donc, chèniffie.
      Logique.

       

      Bah oui : tant qu'à parler de FB, vous connaissez l'origine de la panne qui l'a fait chuter ce 4 octobre, évidemment !

      banir ?
      parole: préhistoire avec plutôt qu'histoire sans



      Oups, j'oubliais !! Le principal, en plus !

      Cette forme de degré zéro *klh2-em-, “battu, endommagé”, proviendrait de la racine indo-européenne (timbre e au degré plein),...

      *kelh-, “battre, frapper”.


      Vous l'aurez compris, c'est autour de la racine *kelhque nous allons articuler les euh... articles des dimanches à venir...


      Et donc, pour résumer tout cela :

      racine proto-indo-européenne (timbre e, degré plein*kelh-, “battre, frapper
      forme adjectivale de degré zéro *klh2-em-“battu, endommagé
      peut-être (meilleure option)
      proto-italique *kalamo/i-, endommagé
      latin călămĭtās, fléau, malheur, défaite, ruine...
      emprunt (début du XIVème)
      français calamité



      Mais ce n'est pas tout.

      Il existe un antonyme à l'italique *kalamo/i-endommagé”, l'italique *n-kalami-, que l'on traduirait par “sain et sauf, entier, non endommagé”. 
      (Qui dit italique, ou proto-italique, ou italique commun, dit reconstruit, hein (je sais, je n'ai pas besoin de le re-préciser ; il y a peu de Brexiteers qui lisent ce blog, mais bon, à tout hasard...)

      - "J'ai regardé le discours de (Boris) Johnson hier soir.
      Nous avons tellement de chance de l'avoir comme premier ministre",
      dit Porcinet.
      "Je déménage en Écosse, espèce de malade mental", répondit Winnie.

      D'accord, mais voyez le bon côté : les poids sont en mesures impériales !

      (Si vous ne le savez pas, Johnson a ré-instauré les mesures impériales ;
      le repli identitaire est certes de plus en plus manifeste, mais ce n'est évidemment qu'un écran de fumée à relents patriotiques destiné à voiler la débâcle économique engendrée par le Brexit.
      Moins de panem, alors plus de circenses...)

       


      Mais reprenons.

      Ce proto-italique *n-kalami-, “sain et sauf, entier, non endommagé”,
      et que de Vaan fait dériver de la forme indo-européenne *n-klh2emi-,
      nous aurait donné,
      via une forme latine archaïque *enkalamis,
      le latin... incolumis, “sain et sauf, non endommagé....



      Et donc :

      racine proto-indo-européenne (degré plein, timbre e) *kelh-, “battre, frapper
      forme adjectivale de degré zéro *n-klh2-emi-“non endommagé, entier...
      peut-être (meilleure option)
      proto-italique *n-kalami-“sain et sauf, non endommagé
      latin archaïque *enkalamis
      latin incolumis, “sain et sauf, non endommagé...



      Ce latin incolumis n'a, à ma connaissance, rien donné en français.
      Mais, rassurez-vous, nous lui devons quand même...
      • l'espagnol incólume,
      • l'talien incolume,
      ou encore
      • le portugais incólume,
      qui reprennent tous le sens original de incolumis : “entier, non endommagé...


       

      de Vaan, quelque peu déconfit devant ce pis-aller étymologique, devant cette ascendance indo-européenne qu'il ne peut confirmer
      - oui, on sent bien qu'il est un peu gêné, et qu'il veut se rattraper, et quand même nous faire plaisir -,
      de Vaan, donc, nous propose un autre mot latin, qui, LUI
      est LE dérivé idéal de notre *kelh-, “battre, frapper:


      LE gendre idéal (ou pas ?)


      le latin...




      le latin...




      tadaaaa...


      clādēs !

      Clādēs, sémantiquement très proche de călămĭtās, car pouvant signifier la destruction, le désastre, la calamité, la défaite...

      Pour les plus grands malades d'entre vous, je précise que le latin clādēs serait issu de l'étymon italique *klādē-, issu lui-même du mot indo-européen *klh2-eh1-“bastonnade, destruction, désastre”, bien entendu construit sur notre *kelh-, “battre, frapper”.


      Autrement dit :

      racine proto-indo-européenne (degré plein, timbre e) *kelh-, “battre, frapper
      substantif de degré zéro *klh2-eh1-“bastonnade, destruction, désastre
      proto-italique *klādē-
      latin clādēs“destruction, désastre, défaite...


      (Remarquez bien qu'ici, nous n'avons plus de a intempestif ; le a long de clādēs n'étant que la vocalisation attendue de la laryngale h2 (mais enfin ! Vous lirez ça quand, voyelles-pivots et théorie des laryngales, dans la rubrique Éléments de linguistique ??)


      Des dérivés français de clādēs ?

      Ben... moi, 
      troisième calamité, en tout cas, j'en connais pas.
      Je sais, je sais.
      Et j'en suis aussi déconfit que de Vaan et vous-mêmes.

      Mais, pour vous remettre, appréciez donc ce texte pontifical, si pas pontifiant, en exergue, où figurent
      - côte à côte ! -
      calamitatum et cladium...

      Côte à côte, vous vous rendez compte ? Comme si cette communication du Saint-Siège, et le présent article, tout était dans l'ordre des choses...

      Ah ça, les voies de Dieu...
      Ce qui est certain, si du moins l'on s'en remet au rapport Sauvé, c'est que les voies des enfants de choeur sont nettement moins impénétrables...


      Et puis...
      la semaine prochaine, nous parlerons d'un autre dérivé latin de notre racine indo-européenne *kelh-, “battre, frapper, qui, LUI, a bien donné de jolis dérivés dont vous me direz des nouvelles...




      Je vous souhaite, à toutes et tous,
      un excellent dimanche, une heureuse semaine.





      Frédéric

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      Attention,
      ne vous laissez pas abuser par son nom :
      on peut lire le dimanche indo-européen
      CHAQUE JOUR de la semaine.
      (Mais de toute façon,
      avec le dimanche indo-européen,
      c’est TOUS LES JOURS dimanche…)

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      Pour nous quitter,

      la justesse,
      la voix douce, claire, langoureuse (mais jamais vulgaire),
      au tremolo tout en retenue,
      (et ne parlons pas de la diction parfaite),

      de

      Aya Nakamura Doris Day,

      dans une superbe chanson, tirée du film Calamity Jane (1953).


      Voici...

      Secret Love,

      par la grande, et regrettée,

      Doris Day


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