- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 17 juillet 2016

La Côte d’Azur est la serre où poussent les racines.




La Côte d’Azur est la serre où poussent les racines.
Paris est la boutique où l’on vend les fleurs.

Jean Cocteau




Bonjour à toutes et tous.


Bon.


Nice, la Promenade des Anglais

Un sujet sur l’étymologie de Nice.

*ten- me pardonnera, j’y reviendrai très bientôt.

Et j’espère bien que c’est la dernière fois que je me sentirai obligé de faire un "dimanche" après une tuerie, une boucherie infâme.
Paris: Paris vaut bien une messe, le 15 novembre 2015 
Bruxelles: Par le déchirement magnifique des voiles La nature constate et prouve l'unité ; Le rayon c'est l'amour, l'astre c'est la beauté. Hyménée ! - Victor Hugo, La légende des siècles, le 27 mars 2016

On situe la fondation de Nice aux alentours du IVème siècle av. J.-C., par des marins - ou alors de très bon nageurs - grecs, qui provenaient d’une cité côtière de la mer Égée, dans le golfe de Smyrne (aujourd'hui İzmir, en Turquie): Phocée.



Nice est donc AUSSI une cité phocéenne.

Même si pour certains, c'est dur à entendre.


Et si vous voulez tout savoir, Phocée (en grec ancien Φώκαια, Phṓkaia - aujourd’hui, en turc, Foça), là  d'où venaient les fameux Phocéens, fut elle-même fondée par des Grecs, mais cette fois venus de Grèce continentale.

Sa population aurait été en effet composée d’Athéniens et de… Phocidiens.
Oui, c'est comme ça qu'on appelait les habitants de la Phocide.
Personne n’est parfait.

Et donc, vous l’aurez compris, Phocée (Φώκαια, Phṓkaia) désignait tout simplement la cité où des Phocidiens, provenant donc originellement de la Phocide, s'étaient installés.

Leur belle Phocide natale (en grec ancien Φωκίς, Phôkís ; en grec moderne Φωκίδα, Fokídha) était une région de Grèce centrale, à l'ouest de la Béotie.

La Phocide est en rouge, plus ou moins au centre de la carte

On pense - mais rien ne permet vraiment de l’affirmer - qu’elle tirait son nom des phoques qui peuplaient jadis les eaux du golfe de Corinthe.

Oui! « Phoque » vient, par le latin phoca, du grec φώκη,  phôkê, « veau marin ».
On parle d'ailleurs toujours de la famille des Phocidés (Phocidae) pour désigner celle des phoques, des éléphants de mer...
bel exemple de Phocidé


On soupçonne que le Nice de l’époque n’était ni une cité, ni une colonie, mais plutôt une forteresse, associée à un petit port militaire.
Car les Phocéens cherchaient avant tout à assurer leurs routes commerciales, en plaçant de telles places fortes le long des côtes.

Un port militaire? Mais oui, c'était la guerre!
À tout le moins commerciale, car les Étrusques et les Carthaginois renforçaient leur présence dans la région, à l’époque habitée par les ... Ligures.

Ligures. Je ne sais pas si la photo est authentique

Des Ligures, on ne sait pas grand-chose, hélas…

Il s’agissait d’un peuple alpin, qui devait occuper approximativement les actuelles régions du Piémont et de la ... Ligurie. Jusque là, c'est facile.
En fait, le peu de connaissances que nous en possédions proviennent de sources grecques et latines.

Mais enfin …  on leur prête d’avoir parlé une langue … indo-européenne.

Les seules traces qui nous en restent? Oh, quelques noms propres: des toponymes, des noms de populations (ce qu’on appelle des ethnonymes), des noms de personnes (des anthroponymes), ou alors quelques termes cités de-ci de-là dans les textes antiques (Hérodote, Pline l’Ancien…).

En tout cas, le ligure a des affinités phonétiques à la fois avec le groupe italique et les langues celtiques, même si son vocabulaire le rapprocherait plutôt du celtique.

Ça, c’est une chose.

Maintenant, quant à l’étymologie de “Nice”…

On raconte…
- depuis l’Antiquité, quand même, Strabon et Ptolémée l’appelant Νίκαια, Níkaia, Pline et Tite-Live la désignant sous le nom de Nicaea -
… que Nice dérive du grec (θεά) Νίκαια, (Thea) Níkaia,
que l’on pourrait traduire par “(Déesse) victorieuse”, ou “de la victoire“, ou encore “Déesse par qui est arrivée la victoire”, 
épithète attachée au nom d'une divinité - peut-être Artémis ou Athéna? -, et devenue un toponyme assez courant.

θεά, Thea était le féminin de θεός, ‎theós, “Dieu, divinité…”, et Νίκαια, Níkaia se basait sur le substantif νίκη, ‎níkē, “victoire”.

Νίκη, Nikê était aussi le nom de la déesse de la victoire.
C’est elle qui est représentée par la Victoire de Samothrace.

la Victoire de Samothrace

Ce qui est certain, c’est que cette autre cité phocéenne est attestée sous le nom de…
  • Nicaea oppidum au 1er siècle ap. J.-C., 
  • Nikaia au IIème, 
  • Nicaea ou Nicia au IVème
  • fratribus Niciensi en 1119,
  • Niza au XIIIème, et
  • Nisse au XIVème, ou même Niça en 1436 (forme occitane).

C’est ce bon Ernest Angély Séraphin Nègre, 1907 - 2000, chanoine, toponymiste et spécialiste d'occitan qui nous le révèle dans cette véritable somme qu’est sa Toponymie générale de la France, en trois volumes.




Mais… de quelle victoire s’agit-il?
Eh bien, euh… Comment dire?
Il s’agirait d’une victoire que les Grecs …
(en fait les Phocéens qui avaient colonisé la ville de Massalia, aujourd’hui Marseille ; on les appellera donc - même si ce n’est pas très gentil - les Massaliotes)
… auraient remportée sur les autochtones, les, les ... - allez, on fait un effort: Ligures, voilà.

Mais bon… On ne retrouve AUCUNE (AUCUNE) trace de cette bataille.

RIEN.

ABSOLUMENT RIEN.

Curieux, non?
On pourrait supposer que les Grecs l’avaient consignée quelque part, cette fameuse victoire, non?
Eh ben non, c’est comme si elle n’avait JAMAIS existé…

Alors quoi?

Mmmh…

Eh bien, il existe une autre hypothèse, qui me plaît personnellement nettement plus...

Je vous propose de la découvrir... dimanche prochain.
Oui oui, il faudra attendre!


Je vous souhaite, à toutes et tous, un bon dimanche.

Malgré tout.



Frédéric


Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom: on peut lire le dimanche indo-européen CHAQUE JOUR de la semaine!
(Mais de toute façon, avec le dimanche indo-européen, c’est TOUS LES JOURS dimanche…).




Un double hommage de Belgique:
Arno chantant Brel, "Voir un ami pleurer"

dimanche 10 juillet 2016

A la vue des Nippons, c'est la Chine qui se lève, ou le Tadjikistan?





Nous aimons vivre au fond des bois, aller coucher sur la dure.
La forêt nous dit de ses mille voix, lance-toi dans la grande aventure. (bis)

Lalala lalala lala lalala lala lalala lalala    (bis)
Lalala lalala lala lala lalala lala lalala lala   (bis)

Nous aimons vivre sur nos chevaux dans les plaines du Caucase.
Emportés par de rapides galops, nous allons plus vite que Pégase. (bis)

Nous aimons vivre auprès du feu et danser sous les étoiles.
La nuit claire nous dit de ses mille feux, sois joyeux quand le ciel est sans voile. (bis)


Nous aimons vivre au fond des bois
(ou "Les Cosaques"), 
chant scout



Bonjour à toutes et tous !


… Encore et toujours *ten- !

Notre racine proto-indo-européenne *ten-, “étendre, étirer”.


Mais avant d’aller plus loin, la réponse tant attendue à notre quizz de dimanche dernier !



Je vous présentais la photo de Dean Saunders, entraîneur gallois.


Avec - je suis vraiment trop bon - la page que Wikipedia lui consacrait : https://en.wikipedia.org/wiki/Dean_Saunders.

La question :
Étymologiquement parlant, "en tant que Gallois, il est parfaitement logique qu'il ait joué aussi dans cette équipe-là".
En vous précisant que la réponse se trouvait précisément sur cette page Wikipedia.

La réponse ?

Une fidèle lectrice l’a trouvée - GRAND merci Alexa, et félicitations !!!



La réponse, donc ?

Galatasaray.

Et voilà l'équipe en question.
Tiens, c'est curieux, cette inscription sur leurs maillots: "Türk Telekom" !
Qu'est-ce que ça pourrait bien signifier ???


Mais oui !

  • Gallois / (Pays de) Galles / Wales / Welsh,
  • galate / Galatie / Galata(saray),
  • wallon / Wallonie,
  • gaulois / Gaule,
  • Cornwall / Cornouailles,
  • Valachie…

Ces mots sont étroitement apparentés, puisqu’ils descendent tous d’un vieux mot germanique, Walha, que les Germains utilisaient à tour de bras pour désigner “les autres”, "ceux qui ne vivent pas loin, mais qui ne parlent pas comme nous": les populations celtophones ou romanes.

M'est avis que c'était un peu péjoratif...

On en avait parlé il y a quelques années, de ce Walha germanique:
Tour de France et Tour de Babel
Et nous avions rapproché Galatasaray de ce mot fin 2015:
La rue Chaudron est une voie du 10e arrondissement de Paris, en France. (Wikipedia, "Rue Chaudron")
Et pour rappel, le galate est une langue celtique continentale, au même titre que le gaulois,
mais hélas aujourd’hui totalement disparue,
qui aurait était parlée autrefois en … Galatie, en Asie Mineure (Turquie actuelle).
Et le -saray de Galatasaray, ben c'est le sérail, le palais, hein ? Oui, il faut lire les liens que je passe mon temps à mettre dans ce blog, mmmh ?

Merci à tous ceux qui ont cherché, en tout cas !


Bon.
Jusqu’à présent, nous nous sommes contentés de passer en revue les dérivés latins et grecs de notre *ten-.

Mais comme vous le savez, qui dit “racine proto-indo-européenne” sous-entend une descendance dans d’autres groupes linguistiques…

Ben oui…



Alors allons-y.

Retournons à nos racines.

Nos lointains, lointains ancêtres utilisaient un suffixe particulier pour créer des verbes transitifs
(ceux qui acceptent ou attendent un complément d’objet)
d’aspect imperfectif à partir d’une racine.

Oui, je sais, cette notion d’aspect imperfectif, parfaitement usitée dans d’autres langues, comme le russe, n’est pas très courante en français. Mais elle y existe !

Le perfectif marque la réalisation d’une action (sa complétude, si l’on se base sur son parent latin), alors que l’imperfectif, lui, évoque une action en train de se faire.

En français, nous pourrions ainsi dire que des verbes comme trouver, sortir, atteindre… dénotent un aspect perfectif, alors qu’au contraire, des verbes comme chercher, marcher, manger, chanter, vivre, renvoient plutôt à l'aspect imperfectif.

Vous pouvez encore vous représenter l’imperfectif par ... l’imparfait, ce qui tombe bien !
Quand vous parlez à l’imparfait...
- le temps que vous employez souvent pour relater vos rêves -,
... vous “êtes dans l’action”, vous êtes “en train de…” Vous nagez là en plein imperfectif.

"J'étais comme une connasse, couchée sur un nuage blanc,
au-dessus d'une ville..."


Mais donc, ce suffixe proto-indo-européen si particulier, c’était…

*(é)-yeti


On retrouve trace de ce suffixe, par exemple, dans certaines formes de l’ancien grec -έω, -éō‎, ou‎ encore dans certaines formes du latin- (pour les verbes des troisième et quatrième conjugaisons, en partie du moins).

Et voilà - quelle incroyable coïncidence ! -, une forme de *ten- au timbre o suffixée en *-éyeti
(qui donnera ainsi *tonéyeti-)
se retrouve dans deux autres groupes linguistiques indo-européens.

Non, je n'ai pas dit "Tom et Jerry".
Ça c'est vraiment très mauvais


Tout d’abord, dans le groupe germanique.

Où l’on retrouve cette forme *tonéyeti- dans le proto-germanique *þanjan- (le þ se prononçant comme le /th/ anglais): “étirer, étendre”.




Ses dérivés reprendront ce sens, d’une façon générale.

De *þanjan- dériveront, par exemple...
  • le vieil anglais þennan (également dans le sens de bander un arc),
  • le vieux saxon thennian, ou encore
  • le vieux haut-allemand dennen.

- OK, admettons, mais euh, ‘y’a rien de plus moderne, comme dérivés ?
- Mais si, oh !!

Du vieux haut-allemand descend l’allemand … dehnen : étirer, distendre, étendre, allonger
Ou même le luxembourgeois dehnen, sensiblement de même sens.

Du proto-germanique *þanjan-, nous retrouvons surtout - mais OUIIIII!! - le vieux norois (aaaah) þenja, qui donnera à son tour…
  • l’islandais þenja (oui, là, je reconnais, ils ne se sont pas trop foulés), 
  • le féroïen (oui, la langue parlée sur les Îles Féroé) tenja, 
  • ou le vieux suédois þænia, d’où nous arrivera le suédois moderne tänja.

Tanja est aussi une Suédoise très moderne


Enfin, du vieux norois descend encore le nynorsk (la forme la plus moderne du norvégien, qu’on appelle encore subtilement néo-norvégien en français) tenja.


- Ouais bon. Tu nous parles d’autres groupes linguistiques, mais franchement, le groupe germanique, c’est pas le plus exotique qui soit…
- J’en conviens. D’accord. Mais je parlais de DEUX groupes linguistiques…

Le deuxième ? Le groupe indo-iranien. Excusez du peu.

Cette grande famille de langues regroupe les langues iraniennes d’une part, et de l’autre les langues indo-aryennes.

(si ce terme Satem vous questionne, c'est ici que ça se passe:
ceud mìle fàilte chez les Tochariens (A))


Ces langues, mes amis, sont encore parlées notamment en Iran et dans le monde iranien, dans le Caucase, dans certaines parties de l'Asie centrale, au Pakistan, et en Inde du Nord.
Pas mal, non ?
Et je ne peux JAMAIS m'empêcher d'avoir en tête ce "Emportés, par un rapide galop, nous allons plus vite que péga-a -se..." (JAMAIS !) chaque fois qu'il est question de Caucase.
C'est plus fort que moi. Vous non plus ?

Eh bien commençons par les langues indo-aryennes.
En sanskrit, cette forme *tonéyeti- va donner
- c’est Guus Kroonen (Etymological Dictionary of Proto-Germanic, Leiden Indo-European Etymological Dictionary Series) qui le précise -
-तानयति, -tānayati, “étirer”, basé sur तनोति, tanoti, “étendre, étirer”.


Dans les langues iraniennes, cette fois, nous retrouvons l’iranien *tānaya-, “étirer”.

Et puis, enfin, nous retrouverons *ten- par sa forme *tonéyeti- … en… wakhi.

Oui, pardonnez-moi. Je suis vraiment désolé.
J’ai beaucoup hésité, beaucoup réfléchi. Je n’étais vraiment pas sûr de vouloir aborder le sujet.
Mais voilà, c’est fait.
Oui, en wakhi.

Je sais, la première fois, ça fait la même chose à tout le monde.

Et si je vous disais “district autonome du Haut-Badakhchan” ?
Non ? Non plus ?

Bon, alors allons-y, et pardonnez-moi encore.

Le wakhi...
(qui se dit - je vous jure que c’est vrai - “χik zik” en … wakhi ; le χ correspondant au “ch” de Maastricht quand il n’est pas prononcé par un journaliste français),
... figurez-vous, est une langue iranienne.

Je sais, c’est fou.
En plus, elle est parlée.
Dingue.

Et où ça, qu’elle est parlée?

Eh oui :

dans ... le district autonome du Haut-Badakhchan. Au Tadjikistan.


Commençons par là : ça, c'est le Tadjikistan

Et en vert, là, c'est le Haut-Badakhchan
(en bas et à droite sur l'autre carte)


Soyons honnête, c’est à peu près la seule chose, avec son autonomie, dont peut se targuer le Haut-Badakhchan. 

Mais ce n’est pas rien !

Car hormis quelques locuteurs dans le Chitral, au Pakistan et au Xinjiang en Chine, PERSONNE AU MONDE ne parle le wakhi.

Rendez-vous compte !

Wakhis

Et je crois qu'ici, on a pratiquement toute la population Wakhi réunie pour
la photo


- Mmmh, quoi ? Ah oui d’accord, le Chitral

Le Chitral, je ne veux pas être méchant, mais c’est un district de la province de Khyber Pakhtunkhwa, au Pakistan.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre ?

Son chef-lieu est la ville de … Chitral. Ce qui finalement arrange tout le monde.

C'est là, le Chitral
Et ça n'a pas l'air trop moche. 'manque plus que le wifi.

Encore tout récemment, le district s’appelait simplement Pakhtunkhwa, mais pour appâter les bobos geeks avides de découvertes loin des sentiers battus (que dis-je, de périples ethno-connectés), les autorités du coin ont voulu lui donner une touche branchouillardo-informatique et l’ont ainsi renommé, sur le modèle des cybercafésKhyber Pakhtunkhwa.

Il faut reconnaître que jusqu’à présent, ça n’a strictement rien donné.


Ah oui, j’oubliais !
En wakhi, donc, *tonéyeti- nous a légué… tыnak (“teunak”).

Ce qui nous fait une belle jambe.



Chers lecteurs, chères lectrices,

Je vous souhaite un EXCELLENT dimanche, une SUPERBE semaine, et vous donne rendez-vous… dimanche prochain!

Dimanche prochain, encore de la *ten- au menu…
Eh oui.


Frédéric

Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen 
CHAQUE JOUR de la semaine!

(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).


Non non, on ne va pas se quitter sur un "emportés par un rapide galop, nous allons plus vite que Péga-a-se..."

Je vous propose plutôt, voyons... 

Voilà! 



Кавказские эскизы ("kavkazkié èskizeu"), les Esquisses caucasiennes, opus 10,
musique ô combien évocatrice, composée par
Mikhaïl Mikhaïlovitch Ippolitov-Ivanov
(Михаил Михайлович Ипполитов-Иванов),
1859 - 1935

Le compositeur va enseigner à l'École de musique de Tiflis
(Tbilissi, capitale de la Géorgie, dans le ... Caucase...)
Emportés par un rapide... Eh m.
... dont il devient le directeur jusqu'en 1893. Il trouvera un grand intérêt pour la musique traditionnelle caucasienne ; beaucoup de ses œuvres sont empreintes des couleurs mélodiques et rythmiques teintées des sonorités un peu orientales typiques de la région. (merci Wikipedia)

Il a lui même dirigé la création des Esquisses caucasiennes ! À Moscou, le 5 février 1895.

Mikhail Ippolitov-Ivanov

dimanche 3 juillet 2016

Les Grecques portaient une tainiā pour danser le sirtaki. Et c'était intenable.





(…)
La Mitre que les femmes portoient anciennement avoit des bandelettes qui, tombant fur les joues, paffoient fous le menton. Les Grecques ont aujourd’hui le même ornement, qui eft brodé avec des franges. On l'appelle la Mahoulika & c’eft ordinairement l'annonce de quelque indifpofition, ou du froid.

L’écharpe, après avoir fait le tour de la tête, vient quelquefois couvrir & retenir la gorge.

Anacréon, dans fes fouhaits, voudroit être le collier ou le tour de perles que porte fa maitreffe, ou l’écharpe qui retient fa belle gorge.
Le mot latin tænia ou fafcia, peut être expliqué par un lacet ou une écharpe. Les Athéniennes couvroient leur gorge comme les Grecques des Ifles ; ce qu’elles ne font pourtant pas toutes.

Vous penfez bien, M. que les Courtifannes avoient un luxe particulier & une maniere d’ajuftement qui font encore affectés aux femmes de cet état, mais que d’autres n’imitent que trop fouvent.

Je n’entrerai point fur cet article dans des détails & des comparaifons qui pourroient bleffer les mœurs & l’honnêteté. La curiofité doit avoir fes bornes & refpecter celles que prefcrit la décence.

Ce n’eft pas affez, pour voyager avec fruit, que de favoir bien diftinguer les objets qui méritent d’arrêter nos regards ; il faut favoir encore détourner les yeux.
(…)

source sur Gallica!





















M. Guys, secrétaire du Roi,
de l’Académie des Sciences & Belles-Lettres de Marfeille, 

in

Voyage littéraire de la Grèce, ou Lettres sur les Grecs, anciens et modernes, avec un parallèle de leurs moeurs, 1783
(On y a joint un Voyage de Sophie à Conftantinople, un voyage d'Italie, & quelques opufcules du même.)


Pierre-Augustin Guys est né à Marfeille le 1er août 1721, et mort à Zante le 18 août 1799.

Je n'ai hélaf pas trouvé d'illuftration le repréfentant.

Alors, en bonuf, voilà les originaux de fon Voyage Littéraire:






Bonjour à toutes et tous!


*ten-! La racine proto-indo-européenne *ten-, “étendre, étirer”.


Nous en avons déjà tiré NEUF articles!
OUI, nous en sommes à présent au DIXIÈME article sur l’infatigable proto-indo-européenne *ten-.

- Ça tombe bien, non, parce que ten, c’est dix! LOL MDR :-))
- Je ne répondrai pas, mon humanisme - comment dirait mon ami Jean, fidèle lecteur - m’en empêchant.


Dimanche dernier, nous nous étions quittés sur le grec ancien ὑποτείνω, hypoteínô, “sous-tendre, soutenir”.

Ben, on reprend de là!.

Toujours en grec ancient, *tn̥-yā-,
une forme suffixée en *-yā- du degré zéro de *ten- (*tn̥-),
a donné ταινία, tainiā, au pluriel ταινίες, tainíes: bande, bandelette, ruban, ou même l'Anglerrre langue de terre… 

Ce grec ταινία, tainiā est bien entendu apparenté à τείνω, teínô, “tenir, tendre“.

On l’employait pour désigner ce serre-tête, ce bandeau, ce diadème que l’on portait par exemple lors de célébrations.

Ou encore cette ceinture que les Grecques portaient pour soutenir leurs atouts d’une façon particulièrement … disons… élégante.
(Et ce n’est pas ce bon Pierre-Augustin Guys qui me contredira)

Tainiā sous les seins

C'est moi, ou il fait chaud?
Pièce de monnaie représentant Persée de Macédoine,
où on le voit sein ceint d'une tainiā.


Persée de Macédoine??

Né en -212 et mort en -166, il fut le dernier roi de la dynastie antigonide qui régna sur la Macédoine après la mort d'Alexandre le Grand.

Dernier de sa lignée, il fut vaincu le 22 juin -168 à la bataille de Pydna, et la Macédoine devint alors possession romaine.
On raconte que c'est un problème d'intendance qui lui a fait perdre la bataille: les vivres et armes sont arrivés un jour trop tard. Si vous êtes si malins, essayez, vous, de calculer les dates à l'envers.
Comme si vous y étiez...

À l’origine, les Progonides et les Antigonides s’affrontaient âprement sur le sujet des gonides.

Et comme vous pouvez encore le vérifier, les Antigonides ont si bien manoeuvré qu’à présent on ne sait même plus ce que pouvaient être ces gonides.

(Mais noooon, ooh, ne croyez pas tout ce que je dis: cette dynastie fut fondée par Antigone le Borgne, tout simplement, au IVème siècle avant J.-C.)

Antigone le Borgne.
Ici, son bon profil


Ce qui est amusant, c’est qu’en grec moderne, ταινία, ‎tainía signifie toujours un ruban, mais aussi un film.
Oui, un film de cinéma.
C’est l’équivalent de notre français film, “pellicule”, emprunté à l’anglais.

Ah oui, tous ces mots nous renvoient à une époque où un film ne se concevait que sur pellicule
Ah, l'argentique...
Le numérique a changé tout cela.

(grand) film grec.

Zorba le Grec, 1964, de Michael Cacoyannis,
d'après le roman de Nikos Kazantzakis, 1946

pellicules de cinéma argentique (source)


Nettement moins amusant, le grec ancien ταινία, tainiā a été - comm’ d’hab’ - emprunté en latin, pour devenir taenia.

Ouais.

Vous m’avez compris.

Les Grecs se le mettaient sur la tête, nous, on se le met … ailleurs.

Le français ténia n’est que la transcription du latin taenia, et désigne le ver solitaire.
À noter quand même que le grec ancien ταινία, tainiā avait déjà à l’époque ce sens disons euh… analogique - si je puis dire -.   
ténia



En génétique, on parle encore de synténie.

Savez-vous ce qu’est, en génétique du moins, un locus?
Il s’agit d’un emplacement physique précis et invariable sur un chromosome.

chromosomes

Un locus correspond ainsi à un fragment séquentiel invariant.




Eh bien, la synténie est la présence simultanée, sur le même chromosome, de deux ou plusieurs loci, (indépendamment de leur liaison génétique).

La notion de synténie est de plus en plus utilisée pour décrire la conservation de l’ordre des gènes entre deux espèces apparentées. "Plus la synténie est importante, plus les espèces sont apparentées"

Littéralement, synténie signifie tout simplement "sur le même ruban". 

On retrouve enfin tainiā sous la forme du suffixe -tène (pour “ruban”) dans d'autres termes associés aux chromosomes: pachytène (ruban épais) et polytène (ruban multiple).


On associe *ten- à une kyrielle de mots dans pratiquement tous les groupes linguistiques indo-européens.
Nous ne pourrons certainement pas tous les passer en revue!
Mais bon, on en reparlera dimanche prochain.



Chers lecteurs, chères lectrices,
Je vous remercie de me lire, évidemment, mais aussi de me le dire!

Je vous souhaite, à toutes et tous, un très agréable dimanche, et une grande et belle semaine!
Peut-être êtes-vous déjà en vacances…

Profitez, profitez!



Et nous, si vous le voulez bien, on se retrouve … dimanche prochain.



Frédéric


Soyons clair, je ne pense absolument rien du football. 
Je m'en bats les rouflaquettes... Si vous saviez!

Mais voilà, je voudrais verser un peu de baume sur les plaies de mes amis supporters des Diables Rouges, qui pleurent amèrement la défaite de leur équipe.

Un petit quiz, rien que pour vous:

Connaissez-vous cet entraîneur gallois (moi, non):















Il s'agit de Dean Saunders.

Et voici la page que Wikipedia lui consacre: https://en.wikipedia.org/wiki/Dean_Saunders.

Question: 
Étymologiquement parlant, "en tant que Gallois, il est parfaitement logique qu'il ait joué aussi dans cette équipe-".

De quelle équipe s'agit-il? (la réponse est sur Wikipedia, hein)

J'attends vos réponses sous forme de commentaires, sur Facebook ou sur Google+.
(tout le monde peut jouer!)

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Attention, ne vous laissez pas abuser par son nom: on peut lire le dimanche indo-européen 
CHAQUE JOUR de la semaine!
(Mais de toute façon, avec le dimanche indo-européen, c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
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Et pour nous quitter en musique,
un extrait de la superbe bande originale de Zorba le Grec,
signée Mikis Theodorakis