- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 8 avril 2018

"hêtre ou ne pas hêtre", c'est tiré de quel bouquin de Shakespeare?







La voie romaine Bavay-Tongres est une section d'un des axes majeurs de la Gaule septentrionale qui reliait deux points stratégiques, la Mer du Nord depuis Boulogne jusqu'au Rhin à Cologne.
Afin d'assurer la maîtrise du territoire après la conquête de la Gaule par César, les Romains entreprirent la création d'un réseau de chaussées s'articulant autour des villes, chef lieux de cités.
Les travaux débutèrent dans le Nord de la Gaule vers les années 20 avant Jésus Christ. Depuis Rome et Lyon, capitale de la Gaule, deux grands axes rejoignaient d'une part Reims et Boulogne et d'autre part Trèves et Cologne, frontières de l'Empire et des royaumes germaniques.
Une liaison transversale fût établie entre les deux points extrêmes des zones nouvellement administrées. Elle devait permettre la liaison entre le pouvoir central de Rome et les centres administratifs ou stratégiques des provinces. Elle assurait une circulation aisée et sécurisée des armées, de la poste impériale et du ravitaillement.
Pour cela, elle devait satisfaire aux exigences de son rôle et donc être praticable en toute saison, être rapide et sûre. La stabilité et le drainage sont deux préoccupations essentielles. 
Les matériaux locaux sont utilisés et les itinéraires directs sont privilégiés.On constate donc que les constructeurs ont toujours cherché le sol vierge pour établir l'assise de la route; son épaisseur varie et comprend un nombre de couches variable.
La surface, empierrée ou faite de cailloutis, est aménagée pour adopter un profil bombé afin de faciliter l'écoulement des eaux.
La largeur varie mais avoisine généralement 6m à 6,5m Elle est parfois bordée de fossés de drainage. Elle appartient à la catégorie principale des voies romaines autour desquelles se développe un réseau secondaire.
De Boulogne par Thérouanne, par Arras, Cambrai, la chaussée arrive à Bavay.Elle traversait la Hesbaye et rejoignait Tongres où elle se poursuivait vers l'est, traversant la Meuse à Maestricht avant d'atteindre Cologne.
Elle figure sur l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger, documents routiers antiques rédigés tardivement sur base d'originaux, renseignant un grand nombre d'itinéraires de l'Empire romain.


Extrait de la soumission par la Division du Patrimoine de la Région wallonne de Belgique du tronçon Bavay-Tongres de la chaussée romaine Boulogne-Cologne situé sur le territoire de la Région wallonne au Patrimoine mondial de l'Unesco.

https://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/5359/

Chaussée Brunehaut à Villers-Perwin (Hainaut)




Bonjour à toutes et tous !



Book. L'anglais book, “livre”.


The Jungle Book, Rudyard Kipling


Après notre étude de la racine indo-européenne *lubʰ-, “peler, écorcer”, à l'origine de notre français livre, passons donc à l'exercice équivalent, mais cette fois à partir de l'anglais book.

Quelle pourrait bien être la racine indo-européenne qui se cache derrière ce book ; quelle en serait la signification, et puis quels autres dérivés pourrions-nous en trouver, au sein des langues indo-européennes...

Tout un programme.


Alors, book !

Book, “livre”, nous arrive, par le vieil anglais bōc, puis le moyen anglais booke, book, bok (...), d'un étymon proto-germanique que l'on reconstruit sous la forme*bōk-, littéralement euh... “livre”.

Jusque là...


Et c'est toujours ce proto-germanique *bōk- qui est à l'origine ...
  • du - OUIIII ! - vieux norois bók, et dans son sillage, 
  • du féroïen bók, ou encore de l'elfdalien buok, 
mais aussi ...
  • du vieux frison bōk
  • du vieux haut-allemand Buch - d'où l'allemand Buch -, et
  • du néerlandais boek. 
Tous signifiant bien ... livre.







Dans les langues germaniques, à côté de ces cognats au sens de livre, cependant, nous trouvons d'autres mots évoquant plutôt l'écriture, la lettre, ou un support à de l'écriture...


Ainsi, 

  • le gotique boka, “lettre”, 
  • le vieux haut-allemand buoh, “livre, lettre, écriture”, ou
  • le vieux saxon bōk, “livre, tablette”.
le vieux ZAXXON, un jeu en vue isomorphique qui
me fascinait, début des années 80...



Et maintenant, je peux enfin vous le dire: le germanique *bōk- est lui-même un dérivé d'un autre étymon germanique, *bōk(j)ō-.

Et *bōk(j)ō-, Mesdames, Messieurs, désignait ... le hêtre.



le hêtre
















Oui, hêtre, livre, tablette, écriture : tout se tient, si l'on part du principe qu'à l'époque et en ces contrées, on utilisait des bâtonnets en bois de hêtre pour écrire ses runes





Et d'où qu'i' venait, hein, *bōk(j)ō- ? Hein, hein ??

Eh oui ! D'une racine indo-européenne. 
Que Watkins restranscrit sous la forme... 


*bhāgo-.

Et qui, sans surprise, désignait... le hêtre.


le hêtre


















Notre *bhāgo-“hêtre - vous vous en doutez -, ne se retrouve pas que dans les langues germaniques...

Loin de là.


Alors oui, bien sûr, citons déjà les français bouquin, bouquiner, bouquiniste...
Mais bon 
- je m'adresse ici à tous ceux qui vomissent les anglicismes, qui préféreraient se couper un bras plutôt que d'employer “mail pour “courrier électronique”, ou courriel” -,
notre bouquin, à l'origine de nos bouquiner et bouquiniste, mots qui évoquent irrésistiblement l'odeur de vieux cuir, de vieux papier, d'échoppes sur les quais de la Seine, d'érudition et d'heures de lecture le nez plongé dans un ouvrage nouvellement dépoussiéré, retrouvé on ne sait comment, notre bouquin, donc, n'est qu'un vulgaire emprunt (boucquain, en 1459) à une langue germanique... 

En l'occurrence, à un diminutif du moyen néerlandais boec“livre”, qui devait ressembler à *boeckijn.





Fernand Ucon

- Et euh, bookmaker ?
- Ça alors, Monsieur Ucon, vous allez bien ? 

Oui, “bookmaker”. 
Vous avez raison
- ce qui, vu vos antécédents, mérite d'être signalé -,
(Pss: pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore Fernand Ucon, lisez ceci)
il s'agit bien d'un composé de book.

Pour répondre à votre question, revenons un court instant en anglais, pour préciser que bookmaker, book-maker signifiait au XVIème siècle, et en toute logique éditeur, faiseur de livres.

Mais que le mot se spécialisa, beaucoup plus tard, au tout début du XIXème, pour désigner celui qui, sur les champs de courses, prend les paris. 

Ben oui, le bookmaker inscrivait les paris pris dans un calepin, en anglais, notebook...


bookmakers à Ascot
(source)


Mais bon, voyons à présent d'autres dérivés 
- je veux dire “ailleurs que dans les langues germaniques” -
de notre indo-européenne *bhāgo-“hêtre .


En un premier temps, nous n'irons pas trop loin...

Car, figurez-vous, on en retrouve dans une série de toponymes bien français ! 

Oui, de *bhāgo-“hêtre” descend le gaulois ... *bāgos“hêtre.


le hêtre


















Je reprendrai ici des toponymes
- pas nécessairement de France, mais en tout cas bien issus du gaulois *bāgos“hêtre” -
cités par
  • Xavier Delamarre, ce grand spécialiste du gaulois.


Voici donc quelques toponymes créés sur le gaulois *bāgos“hêtre”:
  • Bavay dans le Nord (Bagacum)
- Bavay, oui !!! D'où ce sybillin texte en exergue -,
le site gallo-romain de Bavay
(source)

  • Beynes dans les Yvelines (pour une hêtraie)
  • la forêt de Beiach en Suisse, 
  • la rivière Bavóna dans le Tessin, de silva bacenis (forêt de hêtres),
  • Bayet, de Bāgeton, “le bois de hêtres”,
  • la Beine, de *bag-ina (silva),  forêt de hêtres”, une forêt qui s'étendait autrefois de Guiscard, dans le coin nord-est du département de l'Oise, jusqu'à l'est de la Neuville en ... Beine, Aisne,
  • Beine désigne aussi un affluent de la Somme à Ham, Somme qui a sa source à Beaumont en ...Beine, Aisne, et passe au village de ...Beine, commune de Villeselve, Oise, situé dans l'ancienne forêt de la Beine,
  • Baynes, qui désigne un château dans la partie de la forêt de Cérisy, Calvados,
  • d'autres Beine, tous dans une plaine dénudée, mais entourée de forêts encore importantes: Beine, dans la Marne, ou Beine dans l'Yonne,
  • Beynes, une commune des Yvelines,
  • quelques Bayne du Midi, en pays boisé, sont aussi vraisemblablement des *bagina silva, tels : Bayne, commune de Saint Thomé, Ardèche ; Bayne, commune de Viviers, Ardèche ; Bayne, commune de Valence d'Agen, Tarn-et-Garonne...





Bon ben, voilà !

Le décor est planté, et vous savez où nous allons. 

Je peux à présent vous laisser sans remords.


'manque plus qu'une petite récap', non?


racine indo-européenne *bhāgo-“hêtre
étymon proto-germanique *bōk(j)ō-, “hêtre
étymon proto-germanique *bōk-, “livre

plusieurs dérivés germaniques pouvant signifier hêtre, livre, tablette, écriture 

-----


racine indo-européenne *bhāgo-“hêtre
étymon proto-germanique *bōk(j)ō-, “hêtre
étymon proto-germanique *bōk-, “livre

moyen néerlandais boec“livre

diminutif

*boeckijn

emprunt

français bouquin

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racine indo-européenne *bhāgo-“hêtre
gaulois *bāgos“hêtre
plusieurs toponymes, dont notamment Bavay




Retrouvons-nous, voyons... dimanche prochain ?

Nous reviendrons aux langues germaniques, pour encore y puiser quelques beaux dérivés, et après, ben, on verra !



Et d'ici là, je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, et une superbe semaine !





À dimanche prochain, 






Frédéric



PS: dans ces articles, les passages de texte en bleu, vous l'aurez compris, traitent d'éléments de linguistique.

Merci à Monty Python pour cette mise en page, inspirée de leur sketch The Larch (le mélèze)







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Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
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Et pour nous quitter,

de George Frideric Handel,
le 7ème mouvement de son Dixit Dominus HWV 232,
sur le texte du psaume 110,

De torrente in via bibet (, propterea exaltabit caput)
(Il boit au torrent pendant la marche : C’est pourquoi il relève la tête”),

pour duo de sopranos et choeur.

Écoutez, il n'y a rien d'autre à en dire ...




Et si vous aimez,

ce pur chef-d'oeuvre, en entier, 

ci-dessous,

par le Monteverdi Choir,
et les English Baroque Soloists,
dirigés par

Sir John Eliot Gardiner




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Vous voulez être sûrs (sûrs, mais vraiment sûrs) de lire chaque article du dimanche indo-européen dès sa parution ? Hein, Hein ? Vous pouvez par exemple...
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dimanche 1 avril 2018

Pénélope était la dernière épreuve qu'Ulysse eut à subir à la fin de son voyage. - Jean Cocteau





« Ὦ φίλοι, οὐκ ἂν ἐγώ γε κατακτείνειν ἐθέλοιμι
Τηλέμαχον· δεινὸν δὲ γένος βασιλήϊόν ἐστιν
κτείνειν· ἀλλὰ πρῶτα θεῶν εἰρώμεθα βουλάς.
Εἰ μέν κ᾽ αἰνήσωσι Διὸς μεγάλοιο θέμιστες,
αὐτός τε κτενέω τούς τ᾽ ἄλλους πάντας ἀνώξω·
εἰ δέ κ᾽ ἀποτρωπῶσι θεοί, παύσασθαι ἄνωγα. »

Ὣς ἔφατ᾽ Ἀμφίνομος, τοῖσιν δ᾽ ἐπιήνδανε μῦθος.
Αὐτίκ᾽ ἔπειτ᾽ ἀνστάντες ἔβαν δόμον εἰς Ὀδυσῆος,
ἐλθόντες δὲ καθῖζον ἐπὶ ξεστοῖσι θρόνοισιν.
Ἡ δ᾽ αὖτ᾽ ἄλλ᾽ ἐνόησε περίφρων Πηνελόπεια,
μνηστήρεσσι φανῆναι ὑπέρβιον ὕβριν ἔχουσι.
Πεύθετο γὰρ οὗ παιδὸς ἐνὶ μεγάροισιν ὄλεθρον·
κῆρυξ γὰρ οἱ ἔειπε Μέδων, ὃς ἐπεύθετο βουλάς.
Βῆ δ᾽ ἰέναι μέγαρόνδε σὺν ἀμφιπόλοισι γυναιξίν.
Ἀλλ᾽ ὅτε δὴ μνηστῆρας ἀφίκετο δῖα γυναικῶν,
στῆ ῥα παρὰ σταθμὸν τέγεος πύκα ποιητοῖο,
ἄντα παρειάων σχομένη λιπαρὰ κρήδεμνα,
Ἀντίνοον δ᾽ ἐνένιπεν ἔπος τ᾽ ἔφατ᾽ ἔκ τ᾽ ὀνόμαζεν·

 « Ἀντίνο᾽, ὕβριν ἔχων, κακομήχανε, καὶ δέ σέ φασιν
ἐν δήμῳ Ἰθάκης μεθ᾽ ὁμήλικας ἔμμεν ἄριστον
βουλῇ καὶ μύθοισι· σὺ δ᾽ οὐκ ἄρα τοῖος ἔησθα. 420
Μάργε, τίη δὲ σὺ Τηλεμάχῳ θάνατόν τε μόρον τε
ῥάπτεις, οὐδ᾽ ἱκέτας ἐμπάζεαι, οἷσιν ἄρα Ζεὺς
μάρτυρος; οὐδ᾽ ὁσίη κακὰ ῥάπτειν ἀλλήλοισιν.
Ἦ οὐκ οἶσθ᾽ ὅτε δεῦρο πατὴρ τεὸς ἵκετο φεύγων,
δῆμον ὑποδείσας; δὴ γὰρ κεχολώατο λίην, 425
οὕνεκα ληϊστῆρσιν ἐπισπόμενος Ταφίοισιν
ἤκαχε Θεσπρωτούς· οἱ δ᾽ ἡμῖν ἄρθμιοι ἦσαν·
τόν ῥ᾽ ἔθελον φθῖσαι καὶ ἀπορραῖσαι φίλον ἦτορ
ἠδὲ κατὰ ζωὴν φαγέειν μενοεικέα πολλήν·
ἀλλ᾽ Ὀδυσεὺς κατέρυκε καὶ ἔσχεθεν ἱεμένους περ. 430
Τοῦ νῦν οἶκον ἄτιμον ἔδεις, μνάᾳ δὲ γυναῖκα
παῖδά τ᾽ ἀποκτείνεις, ἐμὲ δὲ μεγάλως ἀκαχίζεις·
ἀλλά σε παύσασθαι κέλομαι καὶ ἀνωγέμεν ἄλλους. »




« O amis, je ne veux point tuer Tèlémakhos. Il est terrible de tuer la race des Rois. Mais interrogeons d'abord les desseins des Dieux. Si les lois du grand Zeus nous approuvent, je tuerai moi-même Tèlémakhos et j'exciterai les autres à m'imiter; mais si les Dieux nous en détournent, je vous engagerai à ne rien entreprendre.



Amphinomos parla ainsi, et ce qu'il avait dit leur plut. Et, aussitôt, ils se levèrent et entrèrent dans la demeure d'Odysseus, et ils s'assirent sur des thrônes polis. Et, alors, la prudente Pènélopéia résolut de paraître devant les Prétendants très injurieux. En effet, elle avait appris la mort destinée à son fils dans les demeures. Le héraut Médôn, qui savait leurs desseins, les lui avait dits. Et elle se hâta de descendre dans la grande salle avec ses femmes. Et quand la noble femme se fut rendue auprès des Prétendants, elle s'arrêta sur le seuil de la belle salle, avec un beau voile sur les joues. Et elle réprimanda Antinoos et lui dit:



   — Antinoos, injurieux et mauvais, on dit que tu l'emportes sur tes égaux en âge, parmi le peuple d'Ithakè, par ta sagesse et par tes paroles. Mais tu n'es point ce qu'on dit. Insensé ! Pourquoi médites­-tu le meurtre et la mort de Tèlémakhos ? Tu ne te soucies point des prières des suppliants ; mais Zeus n'est-il pas leur témoin ? C'est une pensée impie que de méditer la mort d'autrui. Ne sais-tu pas que ton père s'est réfugié ici, fuyant le peuple qui était très ­irrité contre lui ? Avec des pirates Taphiens, il avait pillé les Thesprôtes qui étaient nos amis, et le peuple voulait le tuer, lui déchirer le cœur et dévorer ses nombreuses richesses. Mais Odysseus les en empêcha et les retint. Et voici que, maintenant, tu ruines honteusement sa maison, tu recherches sa femme, tu veux tuer son fils et tu m'accables moi-même de douleurs! Je t'ordonne de t'arrêter et de faire que les autres s'arrêtent. »


Homère,

Odyssée
Livre XVΙ,
chants 400-430

Traduction de Leconte de Lisle


Leconte de Lisle,
22 octobre 1818 - 17 juillet 1894
(source)
























Bonjour à tous.


Avec ce dimanche, nous terminerons l'histoire trépidante de la jolie racine indo-européenne, *lubʰ-, “peler, écorcer”, qui
- faut-il le rappeler ? -
est à l'origine de notre français “livre”.


Avant d'en terminer, hélas, avec cette petite racine qui nous a tellement donné

- il ne nous reste plus que deux de ses dérivés à découvrir ; je sais, c'est dur -,




refaisons une toute dernière fois le tour des articles que nous y avons dédiés, ce sera une belle façon de lui rendre hommage...
  • ses dérivés français et dans les langues romanes:
le libraire livrait des livrets tôt et des librettos tard...,
  • ses dérivés celtiques:
j'ai emprunté un livre d'André Breton. Que je lis au jardin. Excellente médecine!
  • ses dérivés germaniques: 
C'est juste ! D'ailleurs, dans "fromage", il y a "mage". 
le vol Lufthansa eut l'air de frôler la canopée...
Vous préférez le hall, le cloître, ou la tonnelle, pour qu'on "discute affaires"?
  • ses dérivés balto-slaves:
Et ce livre de Lermontov, vous l'avez lu ?


À présent, parlons d'un mot qui n'est peut-être pas un de ses dérivés... 
Mais qui pourrait bien l'être quand même ...

Je parle de l'ancien grec ... óλοúφω, olóuphō, “épiler (tirer les cheveux), peler...
Par son acception de “tirer les cheveux”, il a même signifié se moquer.


Peut-être,
peut-être pas...
C'est comme qui dirait le combat des chefs, au sein de l'illustre école de Leiden...


Le Combat des chefs, Astérix,
de René Goscinny et Albert Uderzo

Car si le grand Robert Beekes le voyait comme une simple variante de ολοπτω, olopto, “déchirer, arracher, ôter...”, emprunt à une langue pré-grecque non-indo-européenne, Ranko Matasović, lui, ne voit strictement aucun souci à en faire un dérivé de notre chère *lubʰ-


À ma gauche, feu Robert Beekes, à ma droite, Ranko Matasović





















Ce sera à vous de trancher !

Mais quel que soit le sort que vous réservez à óλοúφω, olóuphō, ne soyez pas triste pour lui.

Oh que non ! 

Car si jamais le verbe óλοúφω, olóuphō n'était effectivement qu'une variante de ολοπτω, olopto, sachez alors qu'un peu du prestige de ce dernier
(ολοπτω, olopto, pour les moins rapides d'entre nous)
rejaillirait sur lui.

- Mais ?
- J'explique !

Oui ! Car nous devons à ολοπτω, olopto l'un des plus beaux prénoms féminins qui soient, portés par l'une des plus belles et vertueuses épouses qui fussent... Et patiente, avec ça...
(Oui, belle ! Je sais que la nymphe Calypso était d'un tout autre calibre - et de tout autres mensurations, mais bon, je parle ici de la beauté intérieure plus que de la simple plastique, hein.)

Vous voyez de qui je veux parler ?

Oui !

De Pénélope...
Пηνελοπεια, Pénélopéia.

Pénélope, la femme d'Ulysse...






Penelope, John William Waterhouse


























RIEN À VOIR: Lady Penelope, The Thunderbirds


Bon, ça, c'est Calypso...
Qui ne joue pas vraiment dans la même cour de récré


Пηνελοπεια, Pénélopéia est en réalité un composé.
  • De πηνη, péné, désignant la navette du métier à tisser, le fil d'un ouvrage, ou l'acte de tisser
et de 
  • ελοπεια, elopeia, construit sur ολοπτειν, oloptein. Oui: “déchirer, arracher, ôter...”.

    Pénélope, Пηνελοπεια, Pénélopéia, aurait donc été prédestinée, par son prénom, à être celle qui tisse, et défait son tissage, détisse
Pénélope, qui défaisait la nuit le travail qu'elle avait tissé le jour...
C'est fort, non ?

Vous aurez bien compris, aussi, que Homère n'a fait que copier Star Wars, où le méchant méchant - et tout noir en plus - Darth Vader n'est que le dark father, le père sombre de Luke. 
Je vous avoue qu'à l'époque de la sortie du film, ça m'avait particulièrement déplu - choqué, même -, le fait que l'énigme de la parenté de Luke avec Darth Vader soit si clairement inscrite dans le prénom de son père. 
Ça, et les bruits dans l'espace, aussi. 
Ouais, 'faut dire que je sortais de 2001, Odyssée de l'Espace, justement. Alors, mon niveau d'exigence était encore plus élevé que d'habitude...
Mais vu les réactions du public pré- et post-pubère américain, il faut croire que George Lucas avait eu raison: son public-cible ne faisait que difficilement le rapprochement entre Vader et father. Heureux soient les simples d'esprit, qui purent s'émerveiller devant une construction mentale aussi élaborée.



Allez, un dernier dérivé à notre vaillante *lubʰ-.

Qui nous vient,
tout comme l'étymon balto-slave *lubum- et l'étymon germanique *lauba- “feuille, feuillage”,
d'une forme au timbre o, suffixée en -o- de notre *lubʰ-, *loubʰ-o-,...

l'albanais ... labëécorce, ou encore liège”.
L'albanais, dernière langue encore présente au sein du groupe des langues thraco-illyriennes.

racine indo-européenne *lubʰ-, “peler (écorcer)”
forme suffixée au timbre o *loubʰ-o-
albanais labëécorce, liège



Bon !

À cette toute petite et si mimi racine lubʰ-, nous devons (notamment)... 

  • nos ex-libris, libeller, liber, libraire, librairie, librettiste, libretto, livre, livresque, livret,
  • l'espagnol libro, 
  • le gallois llyfr,
  • l'irlandais ou gaélique écossais leabhar,
  • les anglais libel, library, 
le libraire livrait des livrets tôt et des librettos tard...
  • les bretons louzaoueg, louzoù, 
  • l'irlandais luibh,
  • le gaélique écossais luibh-eòlaiche,
j'ai emprunté un livre d'André Breton. Que je lis au jardin. Excellente médecine !
  • les anglais -lip (de cheeselip), et leaf, 
  • l'allemand Laub,
  • le néerlandais witloof,
C'est juste ! D'ailleurs, dans "fromage", il y a "mage".
  • les anglais aloft, lift, loft,
  • le néerlandais lucht,
  • l'allemand Luft,
le vol Lufthansa eut l'air de frôler la canopée...
  • les anglais lobby, lodge,
  • le français loge,
Vous préférez le hall, le cloître, ou la tonnelle, pour qu'on "discute affaires"?
  • les russes лоб (“lob”), луб (“loub”), 
Et ce livre de Lermontov, vous l'avez lu ?
Tout ça sans oublier...

  • l'ancien grec ... óλοúφω, olóuphō, et
  • l'albanais labë.


C'est complètement fou, non ?




Encore une fois: auriez-vous imaginé que nos loge, livre et lobby étaient si proches les uns des autres ? 
Et auriez-vous fait le lien entre l'allemand Luft, le néerlandais witloof et l'anglais lift ?

Merci qui ?

Mais oui, l'indo-européen, bien évidemment !



La semaine prochaine, nous quittons lubʰ-, mais nous resterons dans le même sujet, en prenant comme point de départ, cette fois, l'anglais book, “livre”.



D'ici là, je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, et une superbe semaine !



Joyeuses Pâques !


magnifique - et très irrespectueux - rapprochement entre
le Christ et le lapin de Pâques


Quoi ? Il est bien court, cet article, c'est ça que vous me dites ? Ben peut-être, mais vous avez déjà trouvé des oeufs à la mi-journée, vous? Demain matin, moi, je me lève tôt ! 




À dimanche prochain, 




Frédéric




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Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom :
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
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Et pour nous quitter,


En ce dimanche de Pâques, 
une superbe interprétation de la
Kantate BWV 4 Christ lag in Todesbanden,

Johann Sebastian Bach.

Il s'agit de l'une de ses toutes premières cantates pour l'église (luthérienne).







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Vous voulez être sûrs (sûrs, mais vraiment sûrs) de lire chaque article du dimanche indo-européen dès sa parution ? Hein, Hein ? Vous pouvez par exemple...
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