- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 16 juillet 2017

est-ce un crime, un péché mortel, de faire des ronds dans l'eau?




“Récriminer n'est pas se justifier : mais celui qui, pour toute défense, ne sait que récriminer à faux, a bien l'air d'être seul coupable.”

Jean-Jacques Rousseau, 
Citoyen de Genève, 


















à Christophe de Beaumont, 
Archevêque de Paris, Duc de Saint-Cloud, Pair de France, Commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, Proviseur de la Sorbonne, etc...






















Bonjour à toutes et tous!


Aujourd’hui, une racine indo-européenne qui signifiait quelque chose comme “passer au crible, distinguer (dans le sens de discriminer, différencier), exercer son sens critique…”

Cette racine, la voici, la voilà:

*krei-



Au vu de son champ sémantique, à quoi peut-elle bien vous faire penser?

Je vous laisse réfléchir?

...

...


Si nous devions l’associer à quelqu’un, à un héros de roman (ou de série télé), à qui correspondrait-elle le mieux?

Mmmmh?

Je ne sais ce que vous pensez, mais pour moi, elle correspondrait particulièrement bien à…




Oui, Sherlock Holmes.

En tout cas, elle s’appliquerait à tout bon détective.

Ça tombe bien.
Tellement bien qu’on pourrait presque croire que j’avais préparé mes effets pour vous faire arriver là où je le voulais. 
Ce qui serait vraiment, vous en conviendrez aisément, machiavélique.


Mais voilà, il se fait que notre *krei-, par une forme suffixée *krei-men-, est passée dans le proto-italique (non attesté) *kreimen.

(Non, les Belges, non, rien à voir avec Kraainem, coquette commune à facilités linguistiques de la périphérie bruxelloise, où Francophones et Néerlandophones s'entendent si bien.)



Et de là
- je reprends à “proto-italique (non attesté) *kreimen-. -”,
au latin … crīmen.

Que nous-mêmes emprunterons bien plus tard, pour en faire ... crime.
“Pourtant, dans la sémantique de la racine indo-éuropéenne, je vous défie d'y trouver la moindre notion de crime!
Comment diable a-t-on pu ...?”
C'est bien la question que vous vous posez, non? (au demeurant excellente)




Ce crīmen latin a dû vraisemblablement, en un premier temps, et dans la droite ligne sémantique de notre racine indo-européenne, signifier “ce qui sert à trier, à décider”. 

Ensuite, il en vint à désigner la décision elle-même.

En passant par la langue du droit...
- ce sont Alfred Ernout et Antoine Meillet qui s’expriment ici par mon clavier -, 


...crīmen s’est spécialisé dans le sens de “décision judiciaire”.

Et par métonymie, il désignera aussi l’objet, l’acte sur quoi se fonde la décision: le reproche, l’accusation, la plainte.

L’accusation se confondant avec le crime lui-même, crīmen a fini par désigner - et ce dès l’époque classique -… le crime.


Pour illustrer le mot crime, rien de plus simple:
quelques scènes de crime de Midsomer Murders
(“Inspecteur Barnaby” dans la version française).











Bien sûr, si notre français crime est emprunté au latin, vous pouvez supposer que criminel l’est aussi…

Criminel, très précisément, est un emprunt de la fin du XIème siècle au bas latin criminalis, “criminel”, par opposition à “civil”, pour qualifier le droit, une affaire, une procédure…

Alain Rey nous apprend que dans les textes chrétiens, il s’employait plutôt dans le sens de “blâmable”, “criminatia peccata” désignant les péchés mortels…
Mortels, par opposition aux péchés ... véniels!  
Mais oui: le péché véniel ne fait qu'affaiblir la grâce divine, mais sans la supprimer, alors que le péché mortel, lui, vous met carrément en état de mort spirituelle (c'est-à-dire séparée de Dieu). 
Enfin… jusqu'à l'absolution de ce péché. Uniquement accordée par le ministère de l'Église, évidemment. Rien de blâmable là-dessous, Apple utilise toujours les mêmes procédés pour les réparations de ses appareils...


Crime, criminel, criminalité, criminologie…
Vous pouvez vous amuser à énumérer tous les dérivés que nous en avons tirés.
(même si vous avez probablement des choses plus intéressantes à faire)


Incriminer, lui, a été emprunté nettement plus tard, mi XVIème, au bas latin incriminare, “accuser”. Ce incriminare dérivait du latin classique criminare ou criminari, “accuser de façon calomnieuse”.


Qui dit incriminer, dit aussi… récriminer.

Emprunt de la même époque au latin médiéval recriminari, où l'on retrouve ce même latin classique criminari, précédé du préfixe re-, ici à valeur intensive. 

Pendant longtemps, le mot a signifié “répondre à des accusations (ou des reproches) par d’autres accusations (ou reproches)”.
C’est dans ce sens que Rousseau l’emploie, dans cet extrait de lettre en exergue.

Et depuis le XIXème, nous l’employons dans le sens de…
 critiquer avec amertume et âpreté.
Dixit Le Grand Robert de la langue française.


- Euh, et … discriminer, alors?
- En voilà une question qu'elle est vraiment bonne!

Alors, discriminer...
Disons-le tout net, discriminer est un emprunt euh… tardif. 
Mais alors, tardif de chez tardif.  
Tardissime.  
Oncques ne vit emprunt plus tardif.
vendanges tardives

Oui! Il date de 1876 très précisément, et se calque sur le latin discrīmināre, “séparer, diviser”, ou encore “distinguer”, lui-même basé sur discrīmen, “ce qui sépare”, d’où “ligne de partage, différence, distinction…”.

Le terme, figurez-vous, nous vient du vocabulaire mathématique.
Où l'on retrouve “discriminant” dès 1852, dans le sens de “qui fait la distinction entre”.

En mathématiques - en algèbre, précisément -, le discriminant est utilisé pour résoudre des équations du second degré.

Il est fort possible que le mot provienne de l’anglais discriminant (de même sens, employé tout autant en mathématiques, et apparu quelques années plus tôt).



Tous ces dérivés provenaient de notre gentille *krei- par une forme suffixée *krei-men-, certes.

Mais *krei- a donné un autre mot latin, étroitement apparenté à crīmen.
On peut même affirmer que c'est sur lui que crīmen s'est construit...

Ce mot latin, dérivé de *krei-, mais cette fois par une forme suffixée en *-no- de son degré zéro *kri-, *kri-no-, c’est…

...cernō, cernere, “séparer, tamiser”,
  • d’où “distinguer” (par les sens, l’esprit),
  • puis, par affaiblissement, “voir, percevoir”, 
  • puis enfin “choisir entre différentes solutions”: “décider”. 


Et oui, aussi... “discerner”.

Car notre français discerner en est un bel emprunt, où vous retrouvez bien les sens de distinguer, percevoir, mais aussi séparer.

- Séparer??
- Mais oui, pensez à “discerner le bien du mal”, expression qui date déjà du début du XVIème.

En français, “Minuit dans le jardin du bien et du
mal”, 
d'après le roman non fictionnel de John
Berendt.


- Ouais, ok ok, et forcément, le français cerner…
- Ben non.

Non.
Non. Non.

Ou même plutôt... non.

Le français cerner ne vient aucunement du latin cernere,

mais bien du latin classique circinō, circināre, “faire des ronds”. 

(On en reparlera peut-être un jour, d’ailleurs…)





En revanche
- je vous dois bien ça -,
un autre mot français descend bien de cernō, cernere…


Décerner!

Eh oui! Notre décerner, qui date quand même de la moitié du XIIIème, est issu du composé latin dē-cernō, dē-cernere, “juger, régler, décider”.

Oui, nous oublions volontiers que notre décerner signifie avant tout ordonner juridiquement. 
Comme dans l’expression décerner un mandat d’arrêt.

Son acception d’“accorder à quelqu'un (une récompense, une distinction”) est bien plus récente, du XVIème.

Le prix Nobel de littérature 2014 fut décerné à la Canadienne Alice Munro

D’ailleurs, le supin de cernō, cernere, c’était crētum.
Oui, pas cērtum.
Une métathèse (permutation phonétique) était passée par là.

Eh!

Si dē-cernere, “juger, régler, décider”, a donné décerner,
le supin de dēcernere, dēcrētum, nous a donné le français … décret!

Tout s’éclaire! Décerner, c’est bien, avant tout, décider, décréter.

Nous avons emprunté décret fin du XIIème au latin juridique dēcrētum, “décision émanant du pouvoir”.

En philosophie, sachez aussi qu’il revêtait le sens de “principe, précepte”, pour traduire le grec ancien δόγμα, dogma, qui, entre nous, n’a jamais signifié dogme mais bien “opinion”, “décision juridique...”.

le très marrant, mais aussi très intelligent Dogma,
réalisé par Kevin Smith, 1999


Quant à décréter, dérivé de décret, il a d’abord été employé dans le sens de “créer, fonder par décret” (fin du XIVème).

En droit, il signifiera ensuite “décider par décret”, puis “ordonner par décret”.

Par extension, il se répandra sous le sens de “décider avec autorité”…



On parle encore de décrétale en droit canon.

Une décrétale - en latin epistola decretalis - est une lettre par laquelle le pape, en réponse à une demande, édicte une règle en matière disciplinaire ou canonique.

Si la fameuse bulle pontificale a une diffusion universelle et est supposée s'adresser autant aux fidèles qu’aux païens, la décrétale concernera plus généralement l'administration ecclésiale, en s'adressant principalement au clergé.
(Même si une décrétale peut théoriquement devenir une bulle.)

Epistolae Decretales Summorum Pontificum,
a Gregorio Nono Pontifice Maximo collectae.



Allez, on en reste là.

Dimanche prochain, la suite des aventures de notre *krei-.
Avec quelques petites surprises…


Sans rire, vous aviez fait le lien, vous, entre discerner, décréter, crime et discriminer?

Hein?


*krei- “passer au crible, distinguer, différencier…”
⇓
forme suffixée *krei-men-
⇓
*racine proto-italique *kreimen-
⇓
Latin crīmen
⇓
crime, criminel, discriminer, incriminer, récriminer



*krei-
 “passer au crible, distinguer, différencier…”
⇓
forme suffixée sur son timbre zéro *kri-no- 
⇓
latin cernō, cernere, “séparer, tamiser”
⇓
discerner, décerner, décret...


Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, une très belle semaine!



Frédéric



******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
******************************************



Et pour nous quitter,

Une chanson que j'adore,
que le latin classique circinō, circināre, “faire des ronds”,
m'a remise en tête...


Françoise Hardy, 
Des Ronds Dans L'eau, 1967,
paroles de Pierre Barouh et musique de Raymond Le Sénéchal

dimanche 9 juillet 2017

vous voulez l'extrême-onction, avant le kouign-amann ?






Au final, je me demande même ce que je crains le plus, de l'intégriste violent ou du prosélyte onctueux. Chacun brandit à la la face du monde son Dieu, ses préceptes et ses textes sacrés, comme autant de drapeaux dans un stade. Les fanatiques ne sont qu'une foutue bande de hooligans de merde: dangereux, hostiles et butés.

Marie-Sabine Roger, 
Bon rétablissement, 2012






















Bonjour à toutes et tous !


En ce très beau dimanche, une racine qui vient s’intercaler dans la longue liste des sujets en attente d’être traités.
Mais j’avais envie de faire une pause. Avec un article frais et léger, entre deux grandes sagas…


‘Faut que je vous raconte :

Une lectrice du blog me contacte.

Bien souvent, les lecteurs m’écrivent pour me dire - comme vous pouvez vous en douter -, que leur vie a fondamentalement changé depuis la découverte du blog, qu’il y avait un “avant”, et qu’il y a à présent un “après” le blog, qu’ils ne comprennent pas comment ils ont pu vivre jusque là sans lui...

Qu’ils ont enfin trouvé un sens à leur vie (qu’ils ne se droguent plus, qu’ils boivent beaucoup moins), qu’ils se sentent apaisés, enfin bien dans leur peau…

Que leur vie de couple a repris de plus belle, que leur partenaire est à nouveau amoureux/amoureuse, que leurs enfants qui les avaient désertés se sont rapprochés d’eux...

Que leurs amis leur disent, envieux, qu’ils ont rajeuni…

Qu’ils sont tellement épanouis à présent...

Que les gens dans la rue les arrêtent pour leur dire simplement qu’ils les trouvent beaux, resplendissants…

Que parfois même, des étrangers les interpellent pour leur demander le chemin, piètre alibi pour simplement pouvoir leur parler, partager quelques instants fugaces de leur vie…

Oui bon, comme vous le voyez, rien de bien transcendant, ni de très surprenant, si je me base sur ma propre expérience.

Oui, c'est vrai que pour un néophyte, il faut s'y faire, aux réactions
excessives, hystériques, quand vous mentionnez nonchalamment, au
détour d'une conversation, les moyen gallois, vieux norois ou vieux
slavon d'église.


Mais voilà, contre toute attente, cette lectrice, que je salue ici, et qui se reconnaîtra, me pose une question, toute simple,  qui m’oblige à réfléchir - rendez-vous compte ! - , et à retourner à mes cahiers…

Elle m’explique que son père est d’origine suisse allemande.

Chacun son truc, hein, moi je suis bien originaire de Charleroi, alors, franchement qui serais-je pour juger !



on raconte qu'un réfugié syrien s'est suicidé en découvrant Charleroi


À ma connaissance, il n’y a bien que les Liégeois dont les Carolos (les Carolorégiens, les habitants de Charleroi) se paient la bobine, et encore, c’est uniquement à cause de l’accent, mais au fond, ils les aiment vraiment bien.

Les Carolos aiment tout le monde, et n’ont vraiment aucun patriotisme déplacé, aucune fierté ni chauvinisme d’être d’un terroir, d'appartenir à une ville ou à un pays particulier.
Comme si on pouvait légitimement tirer de la fierté de quelque chose pour laquelle on n'a absolument rien fait ! Faut vraiment avoir une vie de m. pour en arriver là. Mais soit.


Un père Suisse allemand ?

Rien à faire - j'en suis désolé, chère lectrice -,
ça me fait penser à la Tristitude


Mais donc, cette lectrice m’explique que dans la famille de son papa, pour désigner le beurre, on utilisait un mot qui se prononçait “ankre”.

Curieux, non !

“Ankre”, ça ne sonne pas vraiment comme notre “beurre”, ni surtout comme l’allemand Butter.

Anne-Sophie Butter. C'est comme cela que son impresario appelle
la merveilleuse - je pèse mes mots - Anne-Sophie Mutter quand il est enrhubé

Alors, quoi ?


Après quelques recherches, voilà ce que l'on peut en dire…

Je finis par tomber - merci Internet - sur un mot de dialecte bernois “anke” pour beurre, mais pas trace de “ankre”.

Ma chère lectrice me confirme cependant bien cette prononciation en -kre, avec même un beau r roulé.

Conclusion: nous avons ici affaire à une prononciation particulière, voire une variante - (encore plus) régionale, dialectale? - de “Anke”, mot du dialecte bernois pour “beurre”.

Dans AN ATLAS to EBEL'S TRAVELLERS's GUIDE through SWITZERLAND,
Londres, 1819, 
il est précisé que anke (der) équivaut à beurre, et que anken signifie faire le beurre. 
Instructif, non ! Car de notre point de vue, le seul verbe à créer sur notre français beurre, c'est beurrer ! Voyez comment un mot peut décrire une façon de vivre, ou - disons-le, un art de vivre : nous avons oublié que le beurre, il fallait le faire, avant d'en beurrer ses tartines. 
Les paysans bernois nous le rappellent, chez qui, à l'évidence, on faisait son propre beurre. Ça fait rêver.



“Mais encore ?”, me direz-vous.
Hein. Parce que je vous connais, quand même.

Eh bien, le bernois Anke provient, par le moyen haut-allemand anke, “beurre”...
- Le moyen haut-allemand ? Pour faire simple, l’allemand parlé au Moyen Âge, entre 1050 et 1350 -,
... du vieux haut-allemand ancho / anco (toujours “beurre”)
- vieux haut-allemand ou Althochdeutsch, la plus ancienne forme ÉCRITE de la langue allemande, de 750 à … - allez, devinez … - 1050, bien ! Ceux qui ont répondu 1049 sont des petits finauds -, 
lui-même dérivé du proto-germanique (non attesté) *ankwô-. 
*ankwô-: “beurre”, ou d’une façon plus générale, substance huileuse qui sert d’onguent, de pommade…


La question que vous vous posez toutes et tous:
“Et cet étymon germanique *ankwô-, il dérivait d’une racine indo-européenne?”.

La réponse: OUI.

OK, mais là, on se calme.


D’une racine que Watkins retranscrit sous la forme...

*ongʷ-, 

verbe qui devait signifier oindre, passer du baume, de la pommade (pour soulager).

- Oindre ??
- Mais oui, dans un emploi vieilli ou littéraire :
“enduire, frotter d'huile ou d'une matière grasse (la peau, le corps, une partie du corps)”
Ou alors, en langage religieux,
attoucher (une partie du corps: front, mains…) avec les saintes huiles pour bénir ou sacrer.
Merci qui ? Le Grand Robert de la langue française.


Nous avions déjà parlé de l’onction, via une autre racine indo-européenne, *ghrēi-, “frictionner, frotter…”, que l’on retrouvera dans le grec khrīein, “frotter d’huile, ou de matière grasse, huiler, graisser…”, verbe sur lequel s'est construit le grec Χριστός, Christos, Christ.

Oui, Christ.
Littéralement celui qui est oint.

J’en avais profité, à l’époque, pour vous raconter le sacre des rois d’Angleterre, où la partie la plus importante de la cérémonie n’était pas le couronnement, mais bien précisément l’onction…
c'est ici : des oeufs à la crème


Mais donc, à l’origine du bernois Anke, une gentille petite racine indo-européenne qui ne demande rien à personne : *ongʷ-, “oindre, passer du baume…”

racine indo-européenne *ongʷ-, “oindre, passer du baume…”
⇓
étymon proto-germanique *ankwô-, “beurre, onguent”
⇓
vieux haut-allemand ancho / anco, “beurre”
⇓
moyen haut-allemand anke, “beurre”
⇓
bernois Anke, “beurre”



Petite racine, petite racine, peut-être, oui, mais en attendant, elle a bien vécu. Bien bougé.

Car on la retrouve déjà dans le sanskrit अनक्ति, anakti, “oindre, appliquer un onguent…”.
Ou le substantif sanskrit अक्त, akta, “onguent”.
Ou encore l’adjectif आक्त, Akta, “oint”.

Tant qu’à faire (soyons fou), citons aussi le sanskrit védique अञ्जस्, aJjas, “onction”.


Et puis, la toute mimi *ongʷ-, elle est passée aussi en arménien, où elle deviendra le proto-arménien *auǵ-.

Dont découleront, par exemple, le vieil arménien...
(que l’on appelle encore l’arménien classique, parlé du Vème au XIème siècle)
... աւծ, ōc, qui désignait l’huile servant à l’onction, 
et cet autre vieil arménien օծանեմ, ōcanem, “oindre, consacrer”.



Dans les langues celtiques ?
Bingo.

Le proto-celtique *amben- désignait le beurre, ou la graisse.

*amben- a donné, par exemple, le moyen breton amannen, “beurre”. 

Que l’on retrouve dans le nom de ce succulent, délicieux, savoureux kouign-amann, spécialité de Douarnenez.

le seul et unique kouign-amann de Douarnenez.

Et non, on ne rigole pas trop avec le kouign-amann, à Douarnenez


Pour de très vilaines langues, “kouign” correspondrait à “étouffe” et “amann” à “chrétien” - du fait de sa ressemblance avec “amen” -, mais il n’en est évidemment rien: kouign, c’est le gâteau, la brioche, et amann, ben oui, c’est le beurre.


C'est évidemment très beau, Douarnenez


Sachez que le celtique *amben- est toujours bien présent dans le cornique manyn, dérivé du vieux cornique
(qui correspond à la période 800-1200)
amane.


Et
- je sais que vous l’attendez tous - ...
... en ... moyen gallois,




















*amben- est devenu… ymenyn, qui se reprendra tel quel en gallois : ymenyn (“eumeninn”) et désigne toujours le beurre !

pot à beurre gallois


Et en latin ???

Mais oui, bien sûr, cessons de tourner autour du pot (de beurre ou autre).

On retrouve trace de notre gentille *ongʷ- dans les proto-italiques *ongʷ-e, “oindre”, et *ongʷ-en
-devinez… -, 
“onguent”.


Je vous fais grâce de ses dérivés dans les langues sabelliques…
Mmmmh quoique… Allez, juste un dérivé, un seul: l’ombrien 𐌖𐌌𐌍𐌄, umne, “onguent”.

Elle se retrouvera surtout, vous l’aurez déduit, dans le latin… ungō, ungere, “oindre, enduire, frotter d'huile ou de graisse…”.

Ah, ben oui, de là…

Notre français oindre (circa 1120).

Le latin classique ungō, ungere pouvait se traduire par “frotter d’huile”, mais le latin chrétien, au début du IIIème, se spécialisera en “enduire d’huile… sainte”.

D’où, par métonymie, “consacrer (un roi, un prêtre…)”.

Le participe passé de ungō, ungere, unctus, signifiera aussi riche, copieux. 
Substantivé en unctum, il désignera la bonne chère, le banquet…

Et en latin chrétien, vers l’an 350, ce même unctus désignera celui qui est oint - entendez consacré par Dieu, donc, en toute logique chrétienne, le Christ.


Sur ungō, ungere se créera aussi le latin unguen, “corps gras”, dont dérivera, via le latin unguentum, “onguent, huile parfumée…”, notre français onguent, au XIIIème.


Quant à notre français onction
- en liégeois: une auctiau, dauuuc -,
il est lui un emprunt au latin unctio, “action d’oindre”, tiré de unctum, supin de ungō, ungere.

L’Onction de David par Samuel, enfin, par Claude le Lorrain, mais par
Samuel, l'onction.
Mais peinte par Claude Gellée, dit le Lorrain, v. 1600 - 1682


Enfin, n’oublions pas non plus notre beau français … onctueux, emprunt, lui, au latin médiéval unctuosus, dérivé de unctum.

Onctueux qualifie un objet qui donne une impression de moelleux, par analogie avec la consistance d’un corps gras, CQFD.

Onctueux de caramel chocolat blanc au beurre salé
Aaaaaargh


À peine quelques mots sur les anglais ointment, unction, unctuous, unguent, anoint…

Simplement pour vous dire qu’encore une fois, ils ne sont que de vils emprunts au français ! TOUS !

Voilà ce qui se passe, quand on laisse entrer dans sa si belle langue des mots étrangers ! (beerk)

On la corrompt, on la déforce, et résultat, quelques siècles plus tard…
On a une langue en pleine santé, qui ne demande qu’à s’étendre et à s'imposer aux autres.

Comprend qui peut.

Mais ma conclusion sera “ne critiquez pas l’anglais. Essayez déjà de le parler.”
Et surtout, aimez votre langue ! Plus vous creuserez votre propre langue, plus vous apprécierez celle des autres.
On ne peut parler dans une langue étrangère qu’à la mesure de la connaissance de sa langue maternelle. C’est un principe de base.

Mieux vous connaîtrez le français, au plus vous vous rendrez compte des bienfaits du bilinguisme (commençons par là).


racine indo-européenne *ongʷ-, “oindre, passer du baume…”
⇓
étymon proto-italique *ongʷ-e, “oindre”
⇓
latin ungō, ungere, “oindre, enduire, frotter d'huile ou de graisse…”, son supin unctum et dérivés (unguen, unguentum, unctuosus)
⇓
oindre, onction, onguent, onctueux



Vous auriez imaginé, vous, qu'un jour vous prendriez conscience qu'il existe un lien étroit entre le bernois Anke - prononcé Ankre -, le sanskrit अक्त, akta, “onguent”, le vieil arménien աւծ, ōc, le breton kouign-amann, et nos onctions, ou onguent ??

Hein ?

Merci qui ?

Ben oui, l'indo-européen, tiens !




Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, une très belle semaine !


Frédéric




******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom :
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
******************************************



Et pour nous quitter,

Forcément... 

Anne-Sophie Mutter,
qui nous joue en concert un époustouflant rappel, 
 la Gigue de la deuxième Partita pour violon seul, en ré mineur, BWV 1004.

Oui, c'est du Bach.


Est-ce le vernis dont son Stradivarius est oint ?
En tout cas, je vous le dis, c'est Dieu qui nous parle.


dimanche 2 juillet 2017

Je me lève et je te bouscule, Tu n’te réveilles pas, Comme d'habitude.






Je me lève et je te bouscule 
Tu n’te réveilles pas 
Comme d'habitude 
Sur toi je remonte le drap 
J'ai peur que tu aies froid 
Comme d'habitude 
Ma main caresse tes cheveux 
Presque malgré moi 
Comme d'habitude 
Mais toi tu me tournes le dos 
Comme d'habitude 

Comme d'habitude, 1967


Chanson composée par Claude François et Jacques Revaux,
les paroles sont de Claude François et Gilles Thibaut.
Elle fut enregistrée pour la première fois par ... Hervé Vilard.



Bonjour à toutes et tous !


DERNIER chapitre de notre étude des dérivés de cette petite indo-européenne si prolifique, la racine *bheudh-, “être conscient, rendre conscient”, “s'éveiller, devenir attentif...”



Entrons immédiatement dans le vif du sujet, avec, Madame, Monsieur…,

[roulement de tambour]




… ses dérivés ....

[roulement de tambour]





balto-slaves...!



Sur les pas de Rick Derksen...

Rick Derksen

- l'auteur des deux monumentaux 
  • Etymological Dictionary of the Slavic Inherited Lexicon, et 
  • Etymological Dictionary of the Baltic Inherited Lexicon, (Leiden Indo-European Etymological Dictionary Series) -,






















... nous retiendrons cinq - je dis bien CINQ - étymons balto-slaves formés sur l'infatigable *bheudh-: 

*bjoud-, *boud-ei/i-, *budros- , *budeʔ- , et enfin *bud-


Étymons balto-slaves, car hormis quelques irréductibles, tout le monde linguistique s'accorde désormais à penser que les langues slaves et baltes ont une origine commune. 

(Et ceux qui en doutent encore avancent alors, pour expliquer les ressemblances manifestes entre elles, des interférences linguistiques entre les deux groupes, liées simplement à leur proximité.)






*racines indo-européennes-
⇓
*étymons proto-balto-slaves-
⇓                   ⇓
*étymons baltes  - *étymons slaves
⇓                   ⇓
 dérivés baltes - dérivés slaves



Allez, on y va: *bjoud- :

L'étymon proto-balto-slave *bjoud- est passé dans le verbe proto-slave *bl̥ustì-, qui devait signifier quelque chose comme observer.

- QUOI ?? Mais enfin, tu VIENS de nous dire que *bheudh- signifiait “être conscient, rendre conscient”, “s'éveiller, devenir attentif...”. Le rapport, siouplait ?

- Bonjour ! Mais que voilà une bonne question ! Vous allez bien ?

Le slave *bl̥ustì
- signifiait certes observer, mais comme un garde peut observer. 
Le garde, celui qui veille, qui est par définition éveillé (ou alors, il ne fait pas son boulot).


C’est ainsi, d’ailleurs, qu’en….


Allez, tous ensemble :

VIEUX SLAVON D’ÉGLISE,

*bl̥usti- donnera bljusti, “observer, garder”.

En russe, langue slave orientale s’il en est, il donnera… блюсти́, (“bljoustí”), de même sens. 

“блюсти́ зако́ны” signifie toujours observer... les lois. Quant à блюсти́ себя́,  on pourrait traduire l'expression (littéralement “se garder, veiller sur soi”) par “se maintenir en forme, en bonne condition”. 

En serbo-croate...

– car évidemment, les malades de moyen gallois comme vous et moi 
(mais surtout comme vous, hein, acceptez-le) 
ne peuvent que se délecter de connaître les dérivés serbo-croates de notre *bheudh- -,

... *bl̥usti- deviendra bljȕsti, avec toujours le sens général de “observer, garder”.



*boud-(ei/i)-, à présent :

Le proto-balto-slave *boud- se retrouve dans le (proto-)slave *budìti, qui signifiait “(r)éveillé”.

Je vous propose de ne plus utiliser ce proto- pour ce chapitre balto-slave, ça nous fera gagner du temps, et aura surtout le mérite de rendre la lecture plus fluide, d'accord ?

Sens que ses dérivés conserveront globalement, tels… 

- le russe буди́ть (“budítj”), “se réveiller, réveiller...”
- le tchèque budit,
- le slovaque budiť,
- le polonais budzić, et – soyons fou –
- le bulgare бу́дя (búdja).

*boud-ei/i se retrouve aussi dans le balte *baudyti-, que l'on retrouvera par exemple dans le participe passé actif vieux-prussien etbaudinnons, “réveillé, éveillé”, sens parfaitement conforme au sens reconstruit de notre *bheudh-.


Car OUI, le vieux-prussien, langue pratiquement éteinte, est d'origine balte.

vieux Prussien


Plus ... particulier est le sens que prendront ses dérivés, 
  • le lituanien báudyti- et  
  • le letton (mais l'est-on VRAIMENT?) bàudît. 
Tous deux signifiant inciter.  
Mais bon, on peut comprendre aisément ce glissement de sens, de “réveiller” à “inciter”.

Là où le glissement de sens devient  assez ... singulier, voire violent, c'est dans son dérivé lituanien baūsti. 

Qui signifie toujours inciter, mais aussi... forcer. 

OK, on reste dans la même ligne,

mais aussi... punir !


Punir !?!

Je ne m'explique ce profond changement de sens que comme conséquence à une incitation qui n'a pas été suivie des effets escomptés : 

“je te pousse à faire cela, tu ne le fais pas, alors tiens, prends ça dans la figure”.

Ou alors, en supposant que la société lituanienne de l'époque était à ce point permissive que simplement forcer quelqu'un à faire quelque chose était considéré comme le punir ??

Bof bof bof. Si vous avez d'autres idées...



À *budros-, maintenant, notre troisième étymon balto-slave.

(non, non et NON, la forme dédupliquée et suffixée en *ghali- de *budros- ne signifie nullement “6ème Secrétaire Général de l'ONU”.

C'est navrant que vous en soyez là.

Parfois j'ai honte pour vous. Ressaisissez-vous.)


Boutros Boutros-Ghali

L'étymon balto-slave *budros- se retrouve dans le lituanien budrùs, “vigilant”.
Oui, vous y retrouvez cette notion de garder, en restant éveillé...
Plus spécifique est le sens de son dérivé russe, l'adjectif ... бо́дрый (“bódreuil”), notamment enjoué. Gai, joyeux.

Oui, vous l'aurez compris, ce nouveau glissement de sens part bien de la notion d'“être éveillé”, donc aussi plein de vie...

D'ailleurs, le dérivé serbo-croate de *budros-, bȁdar, signifie tant enjoué que ... alerte. 
Et vous y retrouvez ainsi les notions de garde, éveil... 


*budeʔ-!

C'est ainsi que Rick Derksen reconstruit l'étymon balto-slave qui se cache derrière, par exemple, 
  • le lituanien budė́ti, “être éveillé, surveiller”, ou
  • le tchèque bdíti, de sens équivalent. 

PS: Ce ʔ, je le précise, n'est pas un point d'interrogation mal torché, ce n'est pas une faucille, non plus, mais bien la représentation d'une consonne occlusive glottale, ce qu'on appelle familièrement un coup de glotte. 
Ce que vous faites machinalement en insistant sur les oh de oh oh, en insérant une coupure nette avant chaque [o]: [ʔoʔo].



Allez, à *bud-, maintenant.

Cet étymon est très proche, phonétiquement et sémantiquement, de *budeʔ-. 

C'est de *bud- que dérivera le slave *bъděti, “être éveillé”, dont dérivera, par exemple, le russe (daté, et littéraire) бдеть (“bdetj'”), veiller, surveiller...


Citons encore, au nombre de ses dérivés, et pour faire bonne figure, 
  • le tchèque bdít,
  • le vieux polonais bdzieć,
  • le slovaque bdieť, et 
  • le bas-sorabe bźeś.


Bon !


Et si maintenant, on passait aux langues iraniennes, hein ?

À l'avestique, par exemple... ou au perse....

Car oui, notre invraisemblable, intarissable *bheudh- y a également laissé une belle descendance... 

Citons l'avestique baoδaiti, “percevoir, remarquer, faire attention”.

Ou encore le pèhlevî...

Oh non, je le savais... NON, pas le pont-levis. 

Le pèhlevî, du perse پهلوی, pahlavi, “précédent, plus ancien”, ou moyen perse, parlé à la grosse louche de la moitié du IIIème à la moitié du VIIème, avant l'invasion arabe. Vous êtes durs, aujourd'hui !

(Pèhlevî est également le nom de la dernière dynastie iranienne, Pahlavi (en persan: سلسله پهلوی) ; le dernier chah d'Iran s'appelant Mohammad Rezā Pahlavi‎.)



Bon, je reprends.

Ou encore...
  • le pèhlevî... pywsynd, 
  • le perse بيدار, bīdār, et 
  • le parthe bwsyd, 
tous signifiant “éveillé”. 
(Ben oui, on est ici dans le super groupe indo-iranien ; d'où ce sens si proche du sanskrit बुद्ध, buddha, “l'éveillé”...)

Pour l'anecdote, le pèhlevî pywsynd, après l'invasion arabe, se prononçait plutôt “pywsynd ta race, bâtard” (avec sa variante “pywsynd ta race, tête de mort”).


Bon. Et ... dans les langues tokhariennes?

Oui, je tiens toujours mes promesses...

En tokharien A, notre *bheudh-, “être conscient, rendre conscient”, “s'éveiller, devenir attentif...”, deviendra...  pot-.

Et en tokharien B, elle deviendra... paut-.

Avec le même sens pour les tokhariens A et B: honorer, flatter...!

Alors ça !?
En lituanien, le sens en est devenu punir, et en tokharien, honorer !?



Je n'ai pas de théorie précise sur ce nouveau glissement de sens, mais je le comprendrais dans l'idée spirituelle de s'éveiller à l'autre, prendre conscience de l'autre : cet autre qui mérite votre hommage, car il est fait partie de votre dimension, il est, comme vous, partie du grand tout.
(Le sens - pour moi dérivé -, de flatter, n'étant qu'une altération péjorative du sens original.)

Voilà, nous avons ainsi fait un bien joli tour des dérivés de notre indo-européenne *bheudh-, “être conscient, rendre conscient”, “s'éveiller, devenir attentif...”, commencé avec Swing tanzen verboten.

Vous avez compris pourquoi son signifié de départ est si difficile à capturer, tant on retrouve de sens disparates dans ses dérivés.

On peut peut-être voir dans tous ces glissements de sens le résultat des mentalités, concept à utiliser avec prudence, évidemment.

Mais je m'explique : si l'on se fonde sur tous les sens qu'ont pris les dérivés de *bheudh- dans les différents groupes linguistiques, on peut constater certaines constantes :

Dans les langues germaniques, c'est plutôt l'idée de la transmission du commandement qui l'emporte, ainsi que celle d'un niveau hiérarchique subalterne.

En français et les autres langues romanes, où les dérivés proviennent, par le latin médiéval, du germanique, la situation est relativement semblable.

Dans les langues celtiques, on en restera sur l'idée d'avertissement.

Dans les langues balto-slaves, on parlera plutôt de “veiller, surveiller”.

Avec ce sens si fort, dans le balte d'inciter, forcer, jusqu'à punir.

En ancien grec, il s'agit plutôt de recherche, de demande (ces sens étant une création grecque, comme celui de punir est une création balte)

Dans les langues indiennes, il s'agit plutôt de l'Éveil, l'aspiration à un état spirituellement élevé, alors que dans les langues iraniennes, on insiste plus sur la perception des choses...

Et en tokharien, il est plus question de l'hommage que l'on rend à autrui, selon moi, notion liée spirituellement à la déférence naturelle, essentielle, que l'on doit à son prochain.


Allez, je vous laisse réfléchir à tout ça...


Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, et une très très belle semaine !



Frédéric




******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
******************************************



Et pour nous quitter...

Je dois vous l'avouer, Claude François, bon... C'est pas trop ma culture.

Alors, je cherchais la version anglaise de Comme d'habitude : My way, par Frank Sinatra.

En cherchant, je suis tombé sur ceci :


Un très curieux mélange de l'original en français, et de la version anglaise.

(Un peu comme si vous mettiez côte à côte le lituanien baūsti, “punir” et le sens premier de sa racine proto-indo-européenne...)

Un duo vraiment curieux, entre Claude François et Petula Clark - au piano !

Et bon, oui, Claude François, avec Petula, chez moi ça passe déjà mieux..
C'est comme ça, on ne se refait pas.