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dimanche 17 juin 2012

roulez, jeunesse




Nous sommes toujours au mois de juin! Et au troisième épisode de notre trilogie...

Nous avons traité la semaine dernière de *aiw- (ou *ayu-): force vitale, vigueur de la jeunesse.
(Tout était parti de DON'T PANIC, 42 et toutes ces sortes de choses, l'article d'il y a deux semaines)

Continuons dans le même ordre d'idées, et parlons à présent d'une racine dérivée de *aiw-, véhiculant elle aussi la notion de "force vitale" associée à la jeunesse:


*yeu-.


Au degré zéro (sans le "e"), et accolée au suffixe -wen (donc, pour donner *yuwen-), elle désignait celui - ou celle - qui possède la vigueur de la jeunesse, qui est jeune.

Vous devinez la suite!

Le français lui doit, via le latin juvenis ("jeune"): juvénile, jouvence, jouvenceau, jouvencelle.

Et jeune, aussi, bien entendu!

"Jouvence" nous vient de l'ancien français "jovente", du latin juventa: "jeunesse, jeune âge".

La Jouvence de l'abbé Soury


Une jeune vache n'ayant pas encore eu de veau, c'est une génisse.
Le latin classique connaissait junix, -icis: génisse, jeune vache.
En latin populaire, c'était devenu *jūnīcia, puis enfin *jenīcia, que le français a repris dans génisse.

Génisse (à gauche)


Par le vieil anglais geoguth*yeu-, sous une forme suffixée *yuwn-ti-, a transmis à l'anglais youth: la jeunesse, via le germanique *jugunthi-.

Et à partir d'une autre forme, *yuwn-ko-, cette même racine *yeu-  a transmis au vieil anglais geong, devenu en anglais moderne young: jeune.

Junior est également un descendant de la racine, iunior étant en latin le comparitif de iuvenis (jeune), donc signifiant: "plus jeune".

- Ouais, ok, on a compris: des dérivés en français et en anglais, et à part ça, que dalle dans les autres langues indo-européennes. C'est ça hein?
- Pas tout à fait, non...

Déjà, il ne faut pas oublier l'allemand jung, le néerlandais jong, le norvégien young, le danois unge, ou même le suédois ung... - qui est aussi, curieusement, l'onomatopée émise quand on se coince le doigt en montant un meuble IKEA, tout en tentant de conserver en bouche les vis que l'on avait préparées.

Le grand Carl Gustav Jung


N'oublions pas non plus l'espagnol joven, ou l'italien giovane...

- Ouais, c'est ça, Mossieu je-sais-tout; mais à part les langues latines et germaniques, hein??

Ben, il y a aussi le russe юный ("iouneil"): frais, jeune, juvénile.

Et puis l’ukrainien ю́ний. Ou le vieux-bulgare юн, юне́ц, юне́, pour "jeune taureau".
Ou юна́к pour "jeune héros".

Allez, soyons fou: il y a aussi le serbo-croate jу́нац (génitif jýнца), signifiant toujours "jeune taureau", jу̀ница ("génisse"), le slovène junóta "(les jeunes gens) ou júnǝс ("jeune taureau, faon").

Ou encore, en tchèque ancien junec ("jeune taureau") ou junoch ("jeune homme").

Nous avons encore le tchèque moderne jinoch ("adolescent"), le slovaque junač ("les jeunes") ou junák ("garçon, gaillard"), les polonais junosza ou junoch ("adolescent"), juniec ("jeune taureau"), ou junak ("adolescent")...

Ah oui tiens, on retrouve encore "jeune taureau" en tant que juvencus en latin, mais aussi sous la forme junk en bas-sorabe.

- Euh, vous avez bien dit "bas-sorabe"?

- Eh bien oui! Le bas-sorabe (dolnoserbski, ou en allemand Niedersorbisch) est une langue slave parlée en Allemagne (encore faut-il qu'elle soit parlée, me direz-vous).
Elle appartient, avec le haut-sorabe, au groupe des langues... sorabes.

Usitée en Basse-Lusace (à Cottbus et dans ses environs, dans le Brandebourg), par environ 10 000 locuteurs, elle est menacée d’extinction.

Je n'oserais pas supposer que le haut-sorabe est usité en Haute-Lusace?

Le haut-sorabe est donc en bas, et le bas-sorabe en haut


Allez, encore une fournée:

Transmis par la racine protoslave *junъ, *junьcь, nous avons encore le lithuanien jáunas (jeune), le letton jaûns (jeune),ou le lithuanien jaunìkis (jeunes mariés)...

Jeunes mariés lituaniens


En indien ancien, on retrouve yúvan- (génitif. уū́nаs) (jeune, adolescent), et en avestique yuvan- (génitif уūnō).

La déesse romaine Iuno (Junon) était probablement ainsi nommée ("la jeune") parce qu'elle était la déesse de la "jeune lune" (entendez de la "nouvelle lune").

Junon, fille de Saturne


Et voyez comme les choses sont bien faites, et comment la boucle se boucle:

C'est de son nom que provient...  juin, le mois de Junon...

L'appel du 18 juin


Frédéric


article suivant: en attendant *gheu-*dyeu-

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