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dimanche 17 février 2013

C'était qui, encore, le gendre d'Agamemnon?




Il en croit nos transports ; et, sans presque m'entendre,
Il vient, en m'embrassant, de m'accepter pour gendre

In Iphigénie, Racine ; tragédie créée à Versailles le 18 août 1674.


Ah les alexandrins, ça a de la gueule quand même...
Mais saviez-vous que dans Iphigénie, à deux reprises, Agamemnon parle en vers octosyllabiques?
Dans sa fureur, sa précipitation... Je suppose que Racine voulait manifester, par cette rupture de rythme,  le chaos dans l'âme de son personnage, l'absence d'équilibre, le manque de réflexion...
Soit!

Iphigénie et son père Agamemnon, prêt à éructer un
octosyllabe. Notez, appeler sa fille Iphigénie dénote déjà une
certaine instabilité.

Bonjour à toutes et tous!


Aujourd'hui, la suite de notre grand sujet sur les mots basiques, avec les mots qualifiant les membres de la famille.

Nous venons de voir frère et soeur; temps pour nous de passer au… gendre!

Et je vais devoir vous décevoir: nos avons DEJA traité de la racine proto-indo-européenne qui se cache derrière "gendre".

Mais oui! Vous rappelez-vous de Tour de France et Tour de Babel?

Nous y avions traité de la racine proto-indo-européenne *genǝ-, aux signifiés tels que donner naissance, enfanter, engendrer.

"Gendre", attesté au XIIème siècle, provient du latin generum, l'accusatif du latin gener (mari de la fille), de la famille de gigno: engendrer.

Et le latin gigno est bien entendu basé sur *genǝ-...

Ce qui ne veut nullement dire que le gendre, le beau-fils, le mari de la fille de quelqu'un, est celui qui, étymologiquement, engendre!

En réalité, "gendre" ne signifie guère plus que "parent, ayant un lieu de parenté"…
C'est un mot fourre-tout, générique. (Oui, générique provenant de la même racine *genǝ-)

Surprenant?
Pas vraiment, surtout si vous repensez au caractère patrilocal de la société indo-européenne (si à cet instant, devant votre écran, vous pensez et/ou dites uh? ou émettez toute onomatopée monosyllabique équivalente - ce que Racine aurait mis en octosyllabes - relisez donc Oh les filles, oh les filles).

Le proto-indo-européen semble pendant longtemps ne pas avoir eu de nom précis pour désigner l'époux de la fille.

La nouvelle épouse devait quitter son clan pour celui de son époux; il fallait donc une façon de nommer cette jeune épouse au sein de sa nouvelle famille, nous y arriverons bientôt...

Mais à quoi bon, pour la famille de la mariée, avoir un nom spécifique pour désigner l'époux de leur fille?
Car la famille originale de l'épouse n'avait pratiquement plus de contact avec cette dernière et le clan auquel elle appartenait désormais ; les liens entre la nouvelle mariée et son clan d'origine étaient tout bonnement rompus.

La nouvelle épouse, en se mariant, avait changé de maison, de vie, et n'avait plus qu'à s'y habituer (voir Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?)
Ah oui, on ne rigolait pas chez les Indo-Européens…


C'est du moins ce que Sergueï Sakhno nous apprend, dans son Dictionnaire russe-français d'étymologie comparée.


- Quoi, et c'est tout?!
- Ben oui, on ne peut pas inventer l'étymologie non plus...!
L'intérêt du mot gendre, c'est que justement par son caractère générique, il nous raconte un bout de la vie chez nos ancêtres Indo-Européens.
C'est déjà ça...


Charles Le Gendre, né français,
devint général américain, puis
diplomate, conseiller du ministre
des affaires étrangères de l'Empire
du Japon, avant de devenir conseiller
de l'Empereur de Corée!! (sans rire)




Bon dimanche, bonne semaine, et à dimanche prochain!!





Frédéric



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