[Mais] elle n'écoutait pas les mauvais conseillers
[Qui voulaient] qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel.
Ni pour de l'or, ni pour de l'argent ou des parures,
Ni pour des menaces, des caresses ou des prières,
Nulle chose ne pouvait forcer (plier)
La fille à toujours n'aimer le service de Dieu.)
les 10 premiers des 29 vers décasyllabes composant la
Cantilène (ou Séquence) de sainte Eulalie.
la Cantilène de sainte Eulalie
Bonjour à toutes et tous.
Aujourd'hui, nous continuons notre étude des dérivés... latins de l'enivrante racine indo-européenne...
le triomphe de César
*uik-e-, “vaincre, triompher de”.
Mais d'abord, le point.
🜛🜛🜛
Nous avons passé en revue, le 25 avril, une série de dérivés germaniques de notre *uik-e-, “vaincre, triompher de”, dont notamment :
le gotique 𐍅𐌴𐌹𐌷𐌰𐌽, weihan, “se battre”,
le vieil anglais wīgan, “se battre, faire la guettre, batailler”, d'où...
les vieux anglais...oferwīgan, “l'emporter au combat, conquérir”,
wīgend, “soldat, guerrier”, et
wigian, “se battre”,
le vieil anglais wīġ,“guerre, bataille” et son composé ānwīġ,
“
duel
”
,
le vieil anglais poétique wiga, “guerrier, combattant”, “héro, homme”,
le vieux francique *wīg, “combat”, second terme du prénom *Mārīwīg, “fameux (*mārī) au combat (*wīg)”, latinisé pour devenir... Meroveus, d'où Mérovingiens,
le vieux norois vega, “se battre”, dont seront issus...
le danois archaïque veje, “occire, tuer au combat”, l'islandais vega...,
le vieux norois... víg, “combat, bataille, homicide, meurtre” dont descend probablement le prénom Viggo, Wiggo,
Le 9 mai, nous abordions les dérivés italiques et romans de *ueik- (ou *wyk-), passés en proto-italique par l'étymon*wink-(e/o-), “lier, plier” puis“l'emporter sur” :
le latin vincō, vincere, “vaincre...”,
l'osque uincter, “prouver la culpabilité de quelqu'un”(emprunt probable au latin),
le pélignien uicturei, “vainqueur” (emprunt au latin),
l'osque vikturrai, “victoire” (emprunt au latin),
et puis, issus du latin, citons, dans les langues romanes...
Je vous propose, à présent, chers amis, de repartir du latin vincō, vincere
,
“vaincre...”, et, tout d'abord, d'examiner quelques-uns de ses descendants français .
Nous passerons ensuite en revue les autres dérivés latins que nous lui devons, et reviendrons alors à ses dérivés français, dans une sorte de grand chassé-croisé absolument passionnant, dont vous sortirez à bout de souffle...
Bebel et Jean Seberg, À bout de souffle, Godard, 1960
Avant tout, rappelons que vincō descend de notre jolie
*ueik-
, “vaincre, triompher de”,
par le proto-italique (reconstruit) *wink-(e/o-), “lier, plier”,
infinitif présent avec infixe nasal *ui-n-k-, “lier, plier”
⇓
proto-italique *wink-(e/o-), “lier, plier”
⇓
latin vincō, vincere, “vaincre...”
et que ses acceptions sont multiples :
vaincre à la guerre, remporter la victoire, être vainqueur,
l’emporter,
avoir l’avantage, surpasser, venir à bout de, forcer, réduire, battre, être victorieux (dans un procès), gagner (un procès, une cause), avoir gain de cause, avoir raison, triompher,
gagner un pari,
atteindre son but, réussir, voir ses vœux réalisés,
venir à bout de,
prouver,
convaincre, persuader,
...
Alors !
Je ne vous l'apprends pas
- enfin, j'espère -
le latin classique
vincō, vincere,
“vaincre...” nous a donné notre français... vaincre.
Connaissez-vous la Cantilène de sainte Eulalie ?
Ce texte à l'humour délicieusement absurde et déjanté dont, clairement, l'esprit a dû inspirer les Monty Python
- mais oui, la Cantilène de sainte Eulalie raconte l'histoire d'une jeune fille belle et vierge (ce qui n'est déjà pas très courant) et qui fait tout, non pas pour perdre, mais bien conserver sa virginité ! -,
ce récit d'un humour ravageur, même si quelque peu tiré par les cheveux, rédigé à l'abbaye de Saint-Amand (près de Valenciennes) vers 880 dans une langue d'oil encore très, très proche du latin,
cette Cantilène, donc,nous offre à déchiffrer le verbe...
veintre.
Aaaah... savourez, admirez :
il s'agit de la toute première forme romane (on peut à peine parler de français) connue issue du latin vincere :
Voldrent la veintre li Deo inimi
Plusieurs variantes ont succédé à ce veintre, notamment la forme veincre, la forme vainkir (ca 1190), et même vinquir (ca 1370).
Notre moderne vaincre ne fut seulement obtenu qu'au cours du XVème, par un retour au son k originel du latin, celui-là même qu'avaient conservé veincre,vainkir et vinquir.
Vaincre, en s'imposant, a alors aussi - tant qu'à faire - éliminé toutes les autres formes variantes, ce qui n'était guère fair-play.
et toc.
Quoi, “fair-play” ?
Vous n'appréciez pas l'immixtion de termes anglais en français ?
C'est vrai que tous ces emprunts, ça finit par lasser, hein, par dénaturer la langue, l'appauvrir.
C'est très exactement ce que ne se sont pas dit les Anglois, en reprenant à leur compte notre ancien français veincre.
Ils ont même fait mieux.
Beaucoup mieux.
Alors que chez nous, l'imparfait du subjonctif est moribond, les Anglois de l'époque, non contents d'emprunter notre bon vieux veincre tel quel, l'ont repris
- tenez-vous bien -
à la première personne du singulier de l'imparfait du subjonctif :
venquisse
(que jo venquisse, comme l'on eût dit à l'époque).
Que jo venquisse que l'on transposerait, en français moderne
- mais uniquement celui parlé par les Boomers et tous ceux qui ont encore des lettres -
par que je vainquisse.
Maispourquoi ? me direz-vous.
Pourquoi avoir emprunté notre veincre sous cette forme très précisément ?
Probablement parce que l'expression les avait séduits. Esbaudis qu'ils étaient.
Et reconnaissons-le, ce “que je vainquisse”, ça a de la gl. Ça en jette.
ah ça, Cary Grant, il avait de la gl.
Mais oui, les gentils révolutionnaires en pantoufles de l'écriture inclusive aussi, ils ont de la gl, hein ; ' soyez pas méchant⸱e⸱s
De l'original venquisse, le moyen anglais fera venquysshen / vaynquisshen,dont sera issu le superbe anglais littéraire, désormais très châtié, très posh...
vanquish, “vaincre”.
Pour ceux - oups - celleux d'entre vous qui connaissez mal le terme anglais posh, littéralement chic,
sachez qu'il s'applique aux couches sociales disons... les moins défavorisées de la société britannique.
Catherine Tate en a fait des sketchs à hurler de rire.
Pour les plus franchouillards d'entre vous (oui, vous qui en êtes restés à la guerre de Cent Ans),
j'ai même choisi un sketch pour lequel la connaissance du latin l'emporte sur - appréciez - celle de l'anglais.
Et forcément, qui dit posh et vanquish dit Aston Martin.
Ici, l'Aston Martin VanquishVolante (modèle évidemment hors de prix, mais - comme le nom de cette série spéciale l'indique - exceptionnellement, le volant n'est pas en option)
Le substantif victor,
construit sur le supin, non pas de Noël, mais de vincō, victum
Victor Laszlo est donc une autre façon de dire Ludwig.
L'on explique le substantif féminin victōria, “victoire”, par la féminisation
(quoi, déjà ?? chez eux aussi ??)
d'un adjectif non attesté, *victorius, dérivé de, de... victor.
Comme vous pouvez l'imaginer, notre français victoire dérive du latin classique victōria, certes.
Mais...il n'en est pas issu.
n'en faites pas trop, quand même
Eh oui, il ne s'agit que d'un... emprunt.
Je sais.
Bon, allez, ça ne va certainement pas vous réconforter, mais sachez qu'à ma connaissance, TOUS ces mots évoquant la victoire,
du catalan victòria à l'italien vittoria, en passant par le portugais vitória, l'espagnol victoria,
voire l'anglais Victoria...
ne sont que des emprunts au latin victōria.
Mais... revenons à notre français victoire. Car je dois vous en dire un peu plus.
Le terme, attesté vers 1155, est, en réalité, une réfection francisée
- oui oui, vous pouvez noter -
d'un précédent victorie (1080), proprement emprunt au latin victōria.
Vous le savez certainement, les Anglais sont très conservateurs. Ils gardent tout. Ce qui explique d'ailleurs leur remarquable patrimoine historique.
non, vous n'êtes pas sur le plateau de Harry Potter, mais aux Shambles, à York
Et souvent, par l'anglais, nous pouvons retrouver un état de langue de notre beau français que nous avons oublié depuis longtemps...
Les Anglois nous ont emprunté notre victoire. Enfin, non, notre victorie.
De l'ancien français, victorie est passé au moyen anglais victorie / victory, pour devenir l'anglais victory.
HMS Victory, le vaisseau de Lord Nelson lors de la bataille de Trafalgar
Savez-vous qu'il n'a jamais été décommissionné ? Qu'il n'a donc, sur le papier, jamais été mis hors service, et qu'il fait donc toujours partie des bâtiments actifs de la Navy ? C'est le plus beau des hommages que Messieurs les Anglais pouvaient lui rendre.
Retenons encore, en français, l'adjectif vaincu, ue, tiré vers 1145 du participe passé de vaincre, ou encore vainqueur, nom et adjectif, tiré, lui, de vaincre, vers 1120.
Nous en resterons là pour aujourd'hui.
La semaine prochaine, nous continuerons à épingler les dérivés latins de
vincō, vincere,
“vaincre...”, ainsi que les mots français qui y sont appparentés...
Protégez-vous, prenez soin de vous et de vos proches,
Portez-vous bien.
Frédéric
Aaaah, je vous propose encore un petit moment de bonheur, offert par les belles âmes de l'inclusivisme.
Sur twitter, j'étais tombé sur un tweet surprenant - et tellement inclusif, ne trouvez-vous pas ?
La droite : L'écriture inclusive va empirer la situation des dyslexiques.
Les gens de bon sens : Alors que proposez-vous pour améliorer leur situation ?
La droite : ...
Les gens de bon sens : ... C'est qu'un prétexte c'est ça ?
La droite : HO REGARDEZ LA-BAS UN RAYON HALAL!
À quoi j'avais répondu :
C’est intéressant, de réduire le débat à un combat contre la gauche (les bons) et la droite (les méchants, méchants). Je suis de gauche, et même si j’estime que chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut, je n’admets pas que l’on m’impose l’écriture “inclusive”.
Et là, soudain, une réponse intelligente, qui montre bien à quel point l'auteur a bien perçu ce qu'est l'écriture dans toutes ses dimensions, et qu'elle implique, par définition, la lecture :
Ça tombe bien. Ce n'est pas imposé. Suffit de ne pas l'utiliser.
Je lui réponds donc :
Ah bon ? Et quand je reçois des documents officiels écrits ainsi ?
L'activiste ne se démonte pas :
Ne lisez surtout pas de livre. Je ne voudrais pas que des nouveaux mots ou des nouvelles orthographes tuent votre langue inaliénable et inaltérable.
Il n'en faut pas plus pour m'amuser :
Que ne comprenez-vous pas dans « documents officiels » ?
Et ainsi de suite.
Ces gens maîtrisent le français et sa grammaire, détrompez-vous.
Savez-vous qu'ils m'ont affirmé que les cartes d'identité françaises avaient déjà recours à l'écriture inclusive ?
La preuve ? On y trouve la mention né(e).
Oui. Là, il n'y a plus grand-chose à dire. Vous pouvez pleurer - ce que je fis -, mais dire ?
Bien sûr, l'on écrit, en langue passéiste, sexiste, machiste, exclusive et patriarcale (ça, j'adore !),
Madame Jeanne Dupont, né le ...
Heureusement que l'écriture inclusive a remis de l'ordre dans tout ça, et a féminisé le né en née, ce qui a visibilisé Madame Jeanne Dupont.
Taré⸱e⸱s, va.
Ces pauvres hères qui sévissaient sur twitter, qui n'ont d'opinion que celle du groupe, confondent donc le signe, la grammaire et son orthographe.
******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom :
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
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Et pour nous quitter,
du jazz !
une version osée - pas simplement jazzy, non non, on parle bien de jazz - de...
La Tendresse,
qu'interpréta Bourvil,
sur des paroles de Noël Roux et une musique de Hubert Giraud.
Ici, ce sont Tatiana Eva-Marie et Sarah Lancman, accompagnées par l'excellent Giovanni Mirabassi, qui nous l'interprètent.
Et puis, prêtez l'oreille à cette fugue qui commence vers 2:40 et se développe vers 2:50...
Oui, Bach n'est jamais très loin, d'un jazzman exceptionnel...
Vous voulez être sûrs (sûrs, mais vraiment sûrs) de lire chaque article du dimanche indo-européen dès sa parution ? Hein, Hein ? Vous pouvez par exemple...
vous abonner par mail, en cliquant ici, en tapant votre adresse email et en cliquant sur “souscrire”. ET EN CONFIRMANT le lien qui vous arrivera par email dans les 5 secs, et vraisemblablement parmi vos SPAMS(“indésirables”), ou
J'avoue qu'en tant que Belge, je n'ai jamais bien su que penser du Grand Jojo.
Je n'ai jamais vraiment perçu où se terminait le 1er degré dans ses chansons pourtant absurdes et empreintes d'une truculente auto-dérision.
Mais au moins, appréciez son accent brusselaire (que l'on pourrait peut-être comparer à la gouailledu Parigot ?), cet accent populaire qui se perd, comme les mains belges sur les joues des beaufs français qui s'imaginent qu'il s'agit là de "L'accent belge"
(Non, que vous le croyiez ou non, cette expression, chez moi, ne ressort pas de l'écriture dite inclusive ; c'est ma façon de m'exprimer, qui m'appartient, que je ne changerai pas au gré du vent, et surtout pas pour satisfaire certains ou, soyons fous, certaines. Il ne manquerait plus que ça.
Grammar nazis et autres pisse-vinaigre qui vous permettez de critiquer mon style et non le fond de mes articles, si vous saviez ce que je pense de vous, je crains que vous n'ayez encore plus matière à critique.)
Même si, au demeurant, je pense honnêtement tenir compte des remarques bienveillantes, pertinentes ET intelligentes (oui, ça fait beaucoup de critères, quand même) qui me sont adressées. Ainsi, depuis bien longtemps, j'essaie d'oublier “se baser sur” au profit de "se fonder sur”, plus joli, et moins anglicisé. Même si, au fond, ça ne me choque pas vraiment de le lire moi-même ailleurs.
Aujourd'hui, nous traiterons des dérivés... italiques de la chatoyante racine indo-européenne *uik-e-, “vaincre, triompher de”.
ça, ça tombe bien
Mais... avant d'aller plus loin, faisons, voulez-vous, le point.
🜛🜛🜛
Nous avons passé en revue, le 25 avril, une série de dérivés germaniques de notre *uik-e-, “vaincre, triompher de”, dont notamment :
le gotique 𐍅𐌴𐌹𐌷𐌰𐌽, weihan, “se battre”,
le vieil anglais wīgan, “se battre, faire la guettre, batailler”, d'où...
les vieux anglais...oferwīgan, “l'emporter au combat, conquérir”,
wīgend, “soldat, guerrier”, et
wigian, “se battre”,
le vieil anglais wīġ,“guerre, bataille” et son composé ānwīġ,
“
duel
”
,
le vieil anglais poétique wiga, “guerrier, combattant”, “héro, homme”,
le vieux francique *wīg, “combat”, second terme du prénom *Mārīwīg, “fameux (*mārī) au combat(*wīg)”, latinisé pour devenir... Meroveus, d'où Mérovingiens,
le vieux norois vega, “se battre”, dont seront issus...
le danois archaïque veje, “occire, tuer au combat”, l'islandais vega...,
le vieux norois... víg, “combat, bataille, homicide, meurtre” dont descend probablement le prénom Viggo, Wiggo,
Et, comme à l'accoutumée, ma source de prédilection pour les étymologies que je vous présente ici sera l'un des volumes du sublime
- et surtout récent, et précis, et reconnu -
Dictionnaire étymologique indo-européen compilé par les linguistes de l'université de Leiden,
le Leiden Indo-European Etymological Dictionary,
en l'occurrence, le volume consacré au latinet autres langues italiques,
Etymological Dictionary of Latin and the other Italic Languages,
du brillant Michiel de Vaan, qui, à l'instar du grand Robert Beekes, raccroche systématiquement les dérivés qu'il propose à leurs cognats présents dans d'autres langues indo-européennes.
En cela, son dictionnaire, comme celui de Beekes, est une véritable mine d'or.
Merci, Monsieur de Vaan.
De notre douce racine, ce sont ses formes indo-européennes
- je reprends ici le formalisme et les sens reconstruits de Michiel de Vaan -
*ui-n-k-, un infinitif présent au sens générique de “plier, lier”, où apparaît un infixe nasal,
et
*uik-to-, un participe passé passif,
que l'on peut reconstruire à l'origine de ses dérivés italiques.
Un infixe nasal est une consonne (ou éventuellement une syllabe) nasale reconstruite, insérée...
(infixée, c'est pareil, mais ça fait tellement plus sophistiqué)
...dans la racine ou le thème d'un mot.
Ceci n'est pas un infixe nasal
Alors, oui. Vous rappelez-vous cette mise en garde du premier article de cette série ?
Sur les sens parfois surprenants que l'on retrouve chez les dérivés de cette racine...
Ici, le sens est déjà curieux en indo-européen.
Quel lien, me direz-vous, peut-on établir entre la sémantique de *uik-e-, “vaincre, triompher de”, et celle de son infinitif présent *ui-n-k-, “plier, lier” ?
de Vaan, qui a (évidemment) anticipé votre question, explique que l'on peut aisément développer l'idée de plier, dans un emploi transitif, pour en arriver à celle de vaincre, triompher : faire plier l'adversaire.
oui, je pense ici à toutes ces idéologies actuelles, comme l'antiracisme, le féminisme intersectionnel, ou évidemment l'inclusivisme, dont l'un des efficaces mécanismes d'offensive consiste à vous culpabiliser.
Ou, à l'inverse, à jouer sur votre narcissisme si vous y adhérez, vous, cette belle personne qui avez choisi le camp du bien.
Pour ce qui est de la sémantique de lier, son développement est, je le conçois, assez abscons.
Il faut comprendre
- c'est du moins ce que moi, jecomprends ; si vous avez une meilleure idée, contactez-moi -
que lier implique une relation d'égal à égal.
Il n'est pas anodin, d'ailleurs, qu'au Québec, le fameux terme de tennis tie-break (l'anglais tie renvoyant à notre lier) se traduise par bris d'égalité. TRÈS jolie traduction, au demeurant...
Et cette relation d'égal à égal peut être, comme au tennis (en pension ou pas), de l'ordre... du combat.
le bris d'égalité entre Bjorn Borg et John McEnroe
à Wimbledon, 1980
En proto-italique, en tout cas
(nous sommes ici toujours dans des étymons reconstruits, hein, d'où les * à profusion),
en suivant le raisonnement de Vaan, nous pouvons reconstruire la forme *wink-(e/o-), de sens original “lier, plier”, sens qui évoluera vers celui de “l'emporter sur”.
Pour rappel, ce sibyllin e/o (*wink-(e/o-))indique simplement la présence d'une voyelle thématique (une voyelle qui s'intercale entre le thème et la désinence) alternante : qui pouvait être soit un e, soit un o.
N'oubliez pas que sur le blog, bien visible si vous le lisez en mode web (comme sur un écran d'ordinateur), figure une page subtilement nommée Éléments de linguistique, en perpétuelle construction, sur laquelle vous pouvez trouver ce genre de définitions à mémoriser avant toute soirée mondaine.
Et, amis lecteurs (au sens strictement exclusif), tout à fait entre nous, je peux vous le dire, placer adroitement un “infixe nasal", un "voyelle thématique", ou évidemment, quoi que ce soiten moyen-gallois ou en tokharien,
ça marche.
Une rubrique entière du blog est consacrée à ces outils de procréationsociabilisation des jeunes linguistes célibataires : Elles en sont DINGUES !(et au bas de chaque page des articles filtrés, cliquez alors sur le lien Articles plus anciens pour, ben, passer à des articles plus anciens sur le même sujet).
Hors latin, nous trouvons encore à notre jolie *uik-e-, “vaincre, triompher de”, quelques descendants italiques, mais qui ne sont que de...
...vulgaires emprunts au latin.
J'y viendrai donc un peu plus tard...
Le dérivé latin le plus naturel de ce wink-(e/o-) italique, mais c'est bien entendu...
vincō, vincere.
Aux sens multiples, mais toujours bien en rapport avec la victoire :
vaincre à la guerre, remporter la victoire, être vainqueur,
l’emporter,
avoir l’avantage, surpasser, venir à bout de, forcer, réduire, battre, être victorieux (dans un procès), gagner (un procès, une cause), avoir gain de cause, avoir raison, triompher,
gagner un pari,
atteindre son but, réussir, voir ses vœux réalisés,
venir à bout de,
prouver,
convaincre, persuader,
...
Résumons ?
**********
racine proto-indo-européenne *ueik-
, “vaincre, triompher de”
⇓
degré zéro *uik-
⇓
infinitif présent avec infixe nasal *ui-n-k-, “lier, plier”
⇓
proto-italique *wink-(e/o-), “lier, plier”
⇓
latin
vincō, vincere,
“vaincre...”
**********
Vous pouvez déjà deviner les cognats français de vincō (et de ses dérivés latins) que nous allons étudier...
Mais... ce sera pour plus tard.
Car au préalable, j'aimerais faire avec vous le tour des dérivés romans de ce latin vincō, vincere.
Qu'est-ce qu'i' nous a donné, hein, le latin vincō, vincere...
en aroumain ? azvingu, azvindziri,
(l’aroumain, parlé dans les Balkans, mais aussi en Roumanie et ailleurs - non, PAS en Aroumanie -,est à rapprocher du daco-roumain (le roumain, quoi), du mégléno-roumain et de l’istro-roumain. Tout en vous disant - c'est tellement classique et convenu -, que pour certains linguistes... roumains, il ne s’agirait que d’un dialecte du, du, du ? roumain, comme c'est surprenant. Idéologie, nationalisme, quand tu nous tiens...)
Vous voulez être sûrs (sûrs, mais vraiment sûrs) de lire chaque article du dimanche indo-européen dès sa parution ? Hein, Hein ? Vous pouvez par exemple...
vous abonner par mail, en cliquant ici, en tapant votre adresse email et en cliquant sur “souscrire”. ET EN CONFIRMANT le lien qui vous arrivera par email dans les 5 secs, et vraisemblablement parmi vos SPAMS(“indésirables”), ou