- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 10 avril 2016

- "Nous étions vingt ou trente, Brigands dans une bande, Tous habillés de blanc..." - LA FERME!




« Nous étions vingt ou trente,
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc,
À la mode des…
Vous m'entendez ?
Tous habillés de blanc
À la mode des marchands.

La première volerie
Que je fis dans ma vie
C'est d'avoir goupillé,
La bourse d'un…
Vous m'entendez ?
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un curé.

J'entrai dedans sa chambre
Mon Dieu, qu'elle était grande !
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main…
Vous m'entendez ?
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main dessus.

(…) »

La complainte de Mandrin,
dont l’auteur est inconnu
et popularisée sous la Commune de Paris 
(aujourd’hui, on dirait plutôt “sur”, hein Françoise!).

Remarquez encore que la mélodie n’utilise pas de note sensible,
ce qui pourrait faire supposer que la mélodie est nettement antérieure aux paroles.
(Ce qui par ailleurs semble bien être le cas)

(Si ça vous intéresse, cette histoire de sensible,
où nous avions parlé d’ésotérisme chrétien, 
de notation musicale et 
de l’absence de la sensible dans les très anciennes mélodies…)





















Bonjour à toutes et tous!


Nous avions découvert, dimanche dernier, 
la racine proto-indo-européenne *dher-2, “tenir fermement, soutenir, supporter”.

Racine dont une forme suffixée, *dher-mo-, nous avait notamment donné, par le latin, infirmeaffirmer, ferme (l’adjectif), fermer et affermirinfirmière, firmament, et même ferté.


Bon, nous devions encore étudier le cas de ferme, l’exploitation agricole.
Je vous soumettrai les deux théories en présence, et ce sera vous qui devrez choisir celle qui vous convient. 
Même si personnellement, j'ai ma préférée...

Mais avant de nous attaquer à  “ferme”, commençons, chères lectrices, chers lecteurs, par nous intéresser à un autre mot dérivé de *dher-mo-, propre aux langues romanes.
On le connait au moins en italien, en espagnol et en portugais.

Firma. Sous son acception la plus courante: signature.

Ce firma nous vient, lui aussi, du latin firmō, firmāre, “rendre solide”: solidifier, renforcer, affermir, fortifier… 

“Donner force”, en quelque sorte. Si vous voyez où je veux en venir…

Car oui, signer, c’est donner force et vigueur à un accord, un contrat, un édit. 
C’est lui donner force (de loi).
“Verba volant, scripta manent” (“les paroles s’envolent, les écrits restent”): la parole donnée c’est bien, mais la signature, c’est mieux


De l’italien ou de l’espagnol firma 
(on hésite, on pense même que le mot aurait d’abord été repris de l’allemand Firma, lui-même calqué sur l’italien
dérive le substantif anglais firm: “firme, société”.  
Société? Mais oui! Une société, c’est un partenariat entre deux ou plusieurs personnes. 
Ratifié par, par ??? ... signature.

À noter qu’une acception désormais désuète de l’anglais firm signifiait bien “signature”.




Pour être très précis, l’anglais firm (ou même en fait le français firme) ne désigne pas tant la société en elle-même que le NOM sous lequel cette société exerce: la raison sociale
On y retrouve ainsi l’idée de “nom qui engage”, lié à une ... signature.

L’anglais firm s’est retrouvé en français (oui, ça arrive aussi dans ce sens-, même si c'est remarquablement moins fréquent) par … le français de Belgique, figurez-vous!

Ah oui, le français de Belgique est nettement plus poreux à l’anglais - et d’une façon générale aux langues germaniques - que le français de France
D’un côté, on y est (en Belgique) nettement moins pointilleux quant aux anglicismes, ce qui est peut-être dommageable (mais ça s’explique: souvent, dans le cadre du travail, l’anglais nous sert à nous exprimer pour ne froisser ni les francophones, ni les néerlandophones ; on n'hésite pas à conserver la forme anglaise des mots techniques, considérée comme "linguistiquement neutre").
Mais de l’autre - il faut bien le dire -, on y parle un anglais souvent plus correct qu’en France. 
(même si certains de mes compatriotes ne sont pas particulièment à l'aise dans la prononciation anglaise.)

Je me rappelle un exposé, il y a quelques années, dans le cadre du travail, justement, donné par un brillant ingénieur logiciel français, en Belgique. 
À cet évènement participaient des Flamands, et des Wallons - et des Bruxellois aussi, si vous voulez tout savoir.

Ce spécialiste prit donc la parole en anglais, pour ne pas poser problème aux néerlandophones de l’assemblée.

Aïe.

Après quelques très courtes minutes, il a fallu lui demander de passer au français
- motion ardemment supportée par tous les Flamands dans la salle, pourtant parfois si chatouilleux -
tant son anglais était atroce, catastrophique, pathétique. 
“Yesseuh, Aie eugrille wizeuh you Misteurre, buteuh zenn it isse notte possibeul tou dou itte datt ouai iou siieeuuh”
Vous connaissez Johnny English, ce film de 2003? Moi, j'adore!
Ecoutez, en V.O. évidemment - c'est la SEULE façon d'apprécier ce film -, l’accent français que prend John Malkovich quand il parle anglais comme le ferait son personnage plus que frenchyPascal Sauvage.



Eh bien, cet ingénieur parlait comme cela.
Et à notre oreille de Belges, c’est souvent ainsi, hélas, que les Français s’expriment en anglais. 
(J'ai failli mettre anglais entre guillemets, mais ce serait trop méchant.)

Ces mêmes Français qui se bidonnent des blagues sur les Belges, ou sur notre façon - très particulière, j’en conviens - de parler le français.

Une fois.

Ahahahahaha, là je suis mort de rire! 
Je m’effrite!!! Ahahahahahah.











(Vous avez dit “pathétique”?)



John Malkovich, ou plutôt Pascal Sauvage, 
dans Johnny English, de Peter Howitt, 2003


Bref!
Le français de Belgique a donc absorbé le mot anglais firm, en a fait le belgicisme “firme”, et en a alors contaminé le vrai, le seul, le beau, l'unique français de France




Et donc, 
nous pouvons rajouter à la liste des dérivés de notre sémillante *dher-2, par sa forme suffixée *dher-mo-
  • l’anglais firm, 
  • le firma italien/portugais/espagnol, et 
  • notre français - à présent standard - “firme”.

Bon.

Ça c’est une chose.


Maintenant, “ferme”.

La ferme Beaudoin à Alluyes (Eure-et-Loir),
où ont été tournées certaines scènes d'Alexandre le Bienheureux
(source)

Pour certains linguistes - surtout francophones -, ferme (oui, l’exploitation agricole) provient du verbe ancien français fermer (issu donc du latin firmō, firmāre, de firmus), au sens d’“établir d’une manière solide, ferme”.

Rien à voir avec la solidité des bâtiments de ferme, mais bien avec la notion de fermage, on y reviendra.

Retenez bien ceci: 
C’est par le latin médiéval ferma, firma, “bail à ferme” (1100) que le mot serait passé en ancien français.

Pour d’autres linguistes - surtout germaniques, cette fois -, le français ferme provient, par le moyen français “ferme” (“ferme, bâtiments de la ferme”) du vieux français “ferme” ‎(“fermage, ferme… ”), issu 
- attention, c’est ici qu’on s’amuse - 
du latin médiéval ferma, firma ‎(“bail à ferme”).

- Mais?? C’est la même chose!! Tout part du latin médiéval ferma, firma!
- Oui. Mais non. Car si, ...
pour les linguistes francophones, ...
ferma, firma dérive du latin classique firmō, firmāre, 

pour les linguistes germaniques, en revanche...
ferma, firma provient … 
du vieil anglais feorm ‎(“bail, provisions fournies au seigneur par son vassal, festin, banquet...”).

Ça change tout évidemment.

Donc, que ce soit clair, selon cette seconde théorie, c’est sur le vieil anglais feorm que c’est formé le latin médiéval ferma, firma.

Le vieil anglais feorm, quant à lui, provenait d’une forme proto-germanique qui devait ressembler à *fermō, *firmō, et devait signifier ‎quelque chose comme “moyens de subsistance”.

Cette forme était elle-même dérivée d’une forme plus ancienne *ferhwō, “force vitale, corps, être”, basée sur la racine proto-indo-européenne *perkʷ- ‎(“vie, force, vigueur…”).

Bon.

Deux versions, donc. 
L’une par la voie latine, l’autre par la voie germanique.
L'une basée sur *dher-mo-, l'autre sur *perkʷ-.

À vous de choisir!

Personnellement, je pencherais pour la deuxième
Car il apparaît que le sens de “bail, paiement fixé” était déjà présent dans le vieil anglais feorm.
Et cela permet aussi d’expliquer ces autres acceptions de feorm: festin, banquet…, difficilement explicables par le latin firmāre, “établir d’une manière solide, ferme”.

Mais rien n’est tout blanc ou tout noir

humour en noir et blanc


Ainsi, il est plus que probable que le latin médiéval ferma, firma (“ferme, fermage”) a vu son sens de “paiement ferme” renforcé par sa ressemblance avec le latin classique firma (“ferme, solide”).

En outre, le vieux français ferme a continué à façonner le développement du mot anglais jusqu’à l'époque du moyen anglais.
Moyen anglais?  
Il s'agit des différentes formes de l'anglais parlées à partir de l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant (1066) jusqu'à la deuxième moitié du XVème siècle, lorsque l'anglais parlé à Londres devint la, "the", référence dans tout le royaume.
Oui: en moyen anglais, le vieil anglais feorm s'est, pour ainsi dire, calqué sur son équivalent français ferme, en prenant la forme “ferme / farme”.  
(Qui débouchera sur farm en anglais moderne.)


Alors - vous le saviez déjà, ou vous l’aurez compris -, notre français ferme ne désigne absolument pas - du moins en en un premier temps - le bâtiment ou l’exploitation agricole.

ça, si c'est pas une ferme, je ne sais pas ce qu'est

Le terme s’applique d’abord en droit:
Convention par laquelle un propriétaire abandonne à quelqu’un, pour un temps déterminé, la jouissance d’un domaine agricole ou d’un droit, moyennant une redevance.
Il s'agit donc bien de fermage.

Fermage? 

Dérivé, au XIVème siècle, de ferme, le terme désigne tout simplement le mode d’exploitation par ... ferme, dans lequel un propriétaire (le bailleur) confie à un preneur (le fermier) le soin de cultiver une terre pendant une période définie, en échange d'un loyer annuel fixe.

Par métonymie, fermage s’emploiera aussi pour désigner le loyer d’une ferme.


Pensez aussi à la ferme, cet ancien système de perception des impôts: le fonctionnaire du roi, le fermier général, payait d’avance une somme forfaitaire à son souverain, pour ensuite se payer en percevant les sommes dues, la différence formant ainsi son salaire.

Laurent Grimod de la Reynière,
fermier général de 1754 à 1780.
(source)

Oui, vous aussi, ces histoires de fermier général, ça vous fait penser à Mandrin, hein…

Louis Mandrin, ce célèbre contrebandier, né le 11 février 1725 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, en Isère (dans le Dauphiné) et mort roué vif le 26 mai 1755 sur la place des Clercs, à Valence.

Mandrin
(source)

On raconte qu’il aurait enduré son supplice sans une plainte.



Enfin,

Affermer est un ancien terme juridique, du XIIème. 
Affermer, c’était concéder le droit de prélever les impôts. 
Ou donner à ferme, louer un domaine rural. 

Aujourd’hui, on l’emploie encore! 
Notamment dans le contexte de la location d'espaces publicitaires.

Gestion tarifaire des parcs de stationnement touristique:
différence entre affermage et concession


Pour en revenir à “ferme”:
Le mot signifia donc tout d’abord la convention légale entre un bailleur et un fermier.
Ce n’est qu’ensuite seulement, par extension, qu’il signifiera “exploitation agricole donnée à ferme”.

Enfin, toujours par extension, le sens du mot s’étendra (forcément, si c'est par extension) à toute exploitation agricole, quelle qu’elle soit.

encore une bien belle ferme...
Ferme du Hameau de la Reine




Allez, on va en rester là pour ce dimanche.

Une petite récap, peut-être?

firme: "la signature qui rend solide"
latin firmāre => espagnol et italien firma 
(=> allemand Firma)
=> anglais firm
=> belgicisme firme
=> français firme

ferme (le substantif):

1ère théorie:
racine proto-indo-européenne *dher-2 / *dher-mo-, “tenir fermement, soutenir, supporter”
=> latin firmāre

=> latin médiéval ferma, firma, “bail à ferme” => vieux français ferme => français ferme

2ème théorie:
racine proto-indo-européenne *perkʷ- ‎(“vie, force, vigueur…”)
=> racine proto-germanique *ferhwō, “force vitale, corps, être
 => proto-germanique *fermō, *firmō, ‎“moyens de subsistance
 => vieil anglais feorm (“bail, provisions fournies au seigneur par son vassal, festin, banquet...”)

=> latin médiéval ferma, firma, “bail à ferme” => vieux français ferme => français ferme



Mais surtout, n’allez surtout pas croire que *dher-2 ne se retrouve qu’en latin.
On continue, dimanche prochain, avec la suite des dérivés de notre formidable *dher-2

Je vous l'avais promis, on va partir très loin avec elle...




Je vous souhaite, à toutes et tous, 
un excellent dimanche, une très belle semaine!


Frédéric



Attention
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine!

(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).



La chanson de Mandrin, par Monique Morelli

dimanche 3 avril 2016

les piqûres me portaient au firmament, avec cette infirmière à la main si ferme




La nuit, c’est encore plus beau, car il y a les lumières. Et presque toutes les lumières sont à moi. Les non-malades dorment dans les ténèbres. Ils sont supprimés. Mais les malades ont gardé leur veilleuse ou leur lampe. Tout ce qui reste en marge de la médecine, la nuit m’en débarrasse, m’en dérobe l’agacement et le défi. Le canton fait place à une sorte de firmament dont je suis le créateur continuel. Et je ne vous parle pas des cloches. Songez que, pour tout ce monde, leur premier office est de rappeler mes prescriptions, qu’elles sont la voix de mes ordonnances. Songez que, dans quelques instants, il va sonner dix heures, c’est la deuxième prise de température rectale, et que, dans quelques instants, deux cent cinquante thermomètres vont pénétrer à la fois….

Jules Romains – Knock – III, 6



Bonjour à toutes et tous!


Tenir fermement, soutenir, supporter.

Hormis le fait que cela résume bien la situation actuelle de la capitale belge et de ses habitants,



il s’agit aussi du champ sémantique d’une racine proto-indo-européenne. 
Surprenant, hein!

La racine? 

*dher-2


Comme vous le découvrirez, cette racine se retrouve dans plusieurs groupes linguistiques, dont certains particulièrement exotiques (ce sont ceux qui me font rêver…), mais est aussi à l’origine de mots bien français qu’à première vue vous ne rapprocheriez pas les uns des autres.


Commençons par passer en revue les dérivés
d’une forme suffixée de *dher-2*dher-mo-.

non, aucun rapport (source)


En latin, nous pouvons retrouver *dher-mo- dans firmus, ferme, tant au sens physique que moral

D’où solide, fort, durable

Nous en avons évidemment dérivé l’adjectif ferme
L'anglais lui en a gardé l'adjectif firm ("ferme"), via le moyen anglais ferme, qui découlait de notre vieux français ferme, en toute logique.
(je ne sais pas si la citation est véridique)


Nous en avons dérivé l’adjectif ferme, d'accord, mais aussi nos verbes affirmer (dire, soutenir), confirmer (dans un sens vieilli, rendre plus ferme (une chose établie)).


Le latin connaissait encore īnfirmus, qui signifiait tout le contraire de solide: faible

En français, évidemment, le mot est devenu infirme
En passant par l'ancien français, où sous les formes enferm ou enferme, il avait le sens de faible, malade.
C'est toujours sous cette acception que l'espagnol connait enfermo.
La enfermedad, c'est la maladie.


Acception que nous retrouvons aussi en français, pour désigner non plus celui qui est malade, mais bien celui ou celle qui soigne les maladesl’infirmier, ou l'infirmière.

Florence Nightingale, 1820 - 1910, à qui la profession
d'infirmière doit tant

Quant à notre verbe infirmer, il dérive du latin īnfirmāre, proprement “affaiblir”, d’où réfuter, puis annuler, ou réformer (une décision).


- Mais ... l’ancien français pour infirme, c’est enferme? Mais alors, se pourrait-il que fermer
- Bonjour! Eh bien… OUI!!

Notre français fermer provient bien du latin firmāre, lui-même dérivé de firmus.

Mais comment est-on passé de la notion de "rendre solide" à celle de "fermer"?

Deux possibilités...



Firmo, firmāre, c’était affermir, rendre solide, plus ferme. 
D’où consolider, fortifier. (Et même confirmer, assurer, affirmer.)

Mais voilà, firmāre, ou plutôt son composé cōnfirmāre, allait s'utiliser, en bas latin, pour désigner le renforcement, la consolidation des barres, ou des verrous ... des portes

D'où cette notion de fermeture qui s'attacha, indirectement, au verbe firmāre...

En ancien français, fermer signifiera fixer, attacher (pour rendre plus solide, naturellement).
Ou même, renforcer, consolider. Se rappelant les précédentes acceptions de cōnfirmāre.

Tout en vous disant qu'en ancien français, le mot qu'on employait à l'époque dans le sens de "fermer", c'était clore.

Les deux mots fermer et clore auraient ainsi coexisté, jusqu'à ce que ce dernier (clore, on est d'accord?) entre par certaines de ses formes en collision homonymique - que c'est joliment dit - avec ... clouer, et ne soit alors réduit qu'à certains emplois techniques bien spécifiques.

- Euh??
- Mais oui, certaines des formes conjuguées de clore se confondaient un peu trop avec celles du verbe clouer.
Ce qui n'était pas très pratique, il faut bien le reconnaître, et aurait contribué à sa désaffection, au profit de son concurrent fermer...
(Voyez ce qu'en dit le CNRTL.) 

Selon une autre théorie,  
renforcer les défenses d’une ville, fortifier une place, c’était y construire un château, des murailles.
Pour protéger la ville, on en supprimait (ou plutôt régulait) l’accès en la ceinturant par des fortifications, en … l’enfermant.

Carcassonne, bien sûr!

Mais donc, quelle que soit l'option choisie, oui, l’adjectif ferme et le verbe fermer (enfermer, refermer, renfermer), proviennent bien tous deux du latin firmus, et donc, a fortiori, de notre proto-indo-européenne *dher-2.


Nous avons encore la ferme, très vieux mot technique (1344) pour désigner un assemblage de pièces qui portent le faîtage.

"Entre-ferme, faîtage croix de saint-andré"
Tudieu, quel beau travail (source)


Et puis, de firmus nous avons encore tiré affermir, raffermir.

Sans le mot raffermissant, c'est pas difficile, l'industrie cosmétique n'existerait tout simplement pas.




Et donc - faisons donc rapidement le point - l’adjectif ferme, fermer, affermir ou infirmier sont tous - étymologiquement parlant - étroitement liés.


- Bon, OK, et la ferme, l’exploitation agricole, ça vient de là aussi, non? C’est un bâtiment solide ; c’est ça, évidemment!
- Voyons, comment vous dire sans vous blesser?? 
NON. PAS DU TOUT. AUCUN RAPPORT. 

Si vous voulez un mot français issu de firmus, qui désigne bien une place-forte, je pourrais vous donner … ferté
- Euh? Mmm?? Mais je?
- Oui, tout comme fermeté, le mot est issu du latin classique firmitās: solidité.

Plus tard (fin du VIIIème siècle), en latin ecclésiastique, firmitās désignera plus précisément la forteresse. La place-forte.

Et pour revenir à ferté (XIIème), on ne le retrouve pratiquement plus que dans des toponymes, des noms de localités. Évoquant d’anciennes ... places-fortes, évidemment…

La Ferté Saint-Aubain, La Ferté-Gaucher, La Ferté-sur-Chiers, La Ferté-Saint-Aignan, La Ferté-Alais … … …

La Ferté-sous-Jouarre, Seine-et-Marne


Encore plus fort: toujours en latin ecclésiastique, on utilisa dans la Vulgate (la version latine de la Bible, hein?) un mot pour désigner la voûte céleste.
Ce mot était composé du latin firmo (affermir, oui?) et du suffixe -men / -mentum, utilisé pour former un substantif sur une base verbale

Ce mot composé, c’était … oui: firmamentum.
Qu’on pourrait traduire littéralement par “appui, soutien”.

Oui, nous en avons tiré le superbe firmament.

- “Appui, soutien”? Pour la voûte céleste???
- Mais oui bien sûr, à l’époque, la vision qu'on avait du cosmos, c'est que la Terre, immobile, se trouvait au centre de l'univers.

Tout se basait sur l'ancienne vision cosmologique de Ptolémée, à peine - oh si peu - géocentrique.
Pour Ptolémée et pour beaucoup de monde après lui, la voûte céleste était un un dôme solide, auquel les astres étaient littéralement attachés.

le système géocentrique de Ptolémée


Oh, je suis sûr qu’il y en a encore qui y croient!
Quand vous pensez que certains croient encore sincèrement que se faire exploser au sein d'une foule de mécréants, ça leur ouvre les portes de leur paradis aux vierges…

J’ai connu il y a des décennies une professeur de religion protestante pour qui il était impossible que l’homme ait pu aller sur la Lune. 
Car “au-dessus des nuages, c’est le ciel”. Ou plutôt le Ciel. Avec les anges, et tout ça.
Oui, je sais. Mais elle était très gentille.


Voilà donc pour ferme, fermer, affirmer et affermir, infirmière et firmament. Oh, et même ferté!


Alors bon, pour ce qui est de ferme (l’exploitation agricole)
Jusqu’il y a peu, oui, on voyait un lien bien clair entre ferme et notre *dher-2.

Mais voilà, de nouvelles théories sont apparues, qui remettent en question cette filiation.

La matière est un peu dense.
Bon, par quoi commencer?

Eh, “vous savez quoi?” - oui, c’est du vrai belge, là je ne fais pas d’effort -, on en parlera ... la semaine prochaine!

De l’origine étymologique de “ferme”, mais aussi de plein d’autres dérivés de *dher-2, en français, ou ailleurs.


Sur ce, je vous souhaite, à toutes et tous, un très agréable dimanche (ici, le temps est au beau fixe), et une très belle semaine.

À dimanche prochain?
(Oui, cet article est plus court que d'habitude, mais voilà, le temps me manque. Alors, plutôt que de sauter un dimanche indo-européen - ce qui n'est JAMAIS arrivé depuis la publication du premier article du blog, le 27 novembre 2011, excusez du peu -, je préfère tout simplement réduire la voilure, et donc la taille des articles.) 



Frédéric



Attention, ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine!

(Mais de toute façon, 
avec le dimanche indo-européen, 
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).





Le firmament, selon Bach: 

De la cantate BWV 76 (composée à Leipzig en 1723),
le choeur Die Himmel erzählen die Ehre Gottes
("Les cieux racontent la gloire de Dieu")

dimanche 27 mars 2016

Par le déchirement magnifique des voiles La nature constate et prouve l'unité ; Le rayon c'est l'amour, l'astre c'est la beauté. Hyménée ! - Victor Hugo, La légende des siècles




Bonjour à toutes et tous.


— Pour la linguistique historique et le proto-indo-européen,
zappez le bleu et reprenez plus bas —

Que puis-je vous dire?

Je suis sain et sauf.
D’autres n’ont pas cette chance.
Ils étaient là au mauvais moment.

Parmi mes amis, ma famille, mes collègues, mes connaissances…
Lui aurait dû être à l’aéroport précisément au moment des explosions, mais finalement il avait reporté son vol.
Elle était à l’aéroport à ce moment-là, mais heureusement déjà dans la zone “embarquement”.
Lui était à l’aéroport, là où une des bombes a explosé. Mais il n’a rien eu. Ce n’était pas son heure, visiblement - et heureusement.
Elle, elle était dans la rame de métro. Dans la première voiture, dos à la deuxième voiture, celle qui a explosé. Elle a déjà subi une première opération qui a permis de lui enlever une petite partie des particules métalliques et autres qui lui criblent la tête et le dos. Elle souffre de troubles de la vue et de l’audition.
Lui, le fils d’une connaissance, vient enfin d’être sorti du coma artificiel dans lequel on l’avait plongé. Lui aussi était dans la même rame. On verra pour la suite, avec espoir.

Ça, c’est pour les victimes que je connais. Il y a tous les autres, évidemment.
Morts, ou blessés, parfois très grièvement. 

L’anglais a un terme pour lequel je ne connais pas d'équivalent en français: “life-changing injuries”. Des blessures qui vous changent (pour) la vie
Avec lesquelles vous devrez vivre pour le restant de vos jours, qui vous handicaperont à vie, ou même qui réduiront votre espérance de vie. Qui vous empêcheront de vivre comme vous pouviez le souhaiter.
C’est cela, aussi, cette sombre réalité qui se cache derrière ce terme “blessés”, ou “blessés graves”. 
Et c’est d’une tristesse.


J’ai vraiment pas envie de travailler sur mon dimanche indo-européen.


Une image impressionnante des bombardements de Londres, lors de la IIème guerre mondiale, c’était ces laitiers qui déposaient les bouteilles de lait devant les portes, comme si rien ne s’était passé. 

Les maisons étaient éventrées, voire totalement détruites, et les laitiers continuaient à faire leur tournée du matin, à déposer le lait sur le seuil des portes. 
Parfois, il n’y avait plus que la porte qui tenait encore debout. 
Parfois, il n’y avait même plus de porte.




On doit continuer. 
Et surtout, nous (nous TOUS, soyons clair), on doit, enfin, faire les bons choix.

Osons nous remettre en question. Et osons aussi mettre les points sur les i.


L’Union fait la Force
c’est la seule issue, j’en suis convaincu.


Regardez et écoutez, c'est simplement beau:



Enfin, un article qui résumera mon état d'esprit du moment, mais uniquement si ça vous intéresse (RIEN de linguistique, vraiment pas):
http://www.levif.be/actualite/belgique/il-appartient-a-la-communaute-musulmane-de-faire-sa-revolution/article-opinion-482837.html

Allez hop, debout, livrons le lait du matin.

——— le dimanche indo-européen reprend ici ———


Vous êtes la première femme que j’aime et je suis peut-être le premier homme qui vous aime à ce point. Si ce n’est pas là une sorte d’hymen que le ciel bénisse, le mot amour n’est qu’un vain mot ! Que ce soit donc un hymen véritable où l’épouse s’abandonne en disant : C’est l’heure !

Gérard de Nerval, Lettres à Aurélia 


lui-même















Bon, allez - ni le coeur ni la tête n’y sont vraiment, mais surtout, repensons aux laitiers londoniens -,
suite de notre étude de la racine proto-indo-européenne ‌‌*syū-. “coudre”, “réunir en cousant”.
D’ailleurs, ça me changera peut-être les idées…

(Et désolé pour mon coup de g. très peu historico-linguistique.
Fallait que ça sorte.)


Nous savons déjà que de notre proto-indo-européenne ‌‌*syū-
(relisez, chers lecteurs, l’article de dimanche dernier)
dérivent nos “coudre, cousu, couture, découdre”, “seam, sew”, “souvláki, subule, suture”, et peut-être aussi (mais bof) “accoutrement”.

J'espère, avec ce qui suit, vous permettre de réaliser à quel point cette insignifiante petite racine se retrouve partout. (J'entends "dans tous les groupes linguistiques issus du proto-indo-européen")

Eh, normal! Coudre, c'était une occupation bien commune, et surtout indispensable.




En proto-slave - commençons par là -, on reconstruit encore une forme *ši°ti, pour “coudre”.

Dont découleront notamment ...
  • le … vieux slavon d’église (aaah ça fait du bien, un peu de vieux slavon d’église, dans ce monde de brutes) šiti (toujours “coudre”),
  • le russe шить (“chitj”). Oui: coudre,
  • l’ukrainien šyґty (tout autant de même sens),
  • le tchèque šiґti (encore et toujours), ou carrément 
  • le slovaque šit' (encore et encore).
  • Polonais, pour quelqu’un? szycґ.
  • Ou serbo-croate? šiti
  • Slovène, peut-être? šiґti.
Et ainsi de suite.

On va même jusqu’à reconstruire - et là c’est dingue - une forme proto-balto-slave. 

Si si: *siёuЂtei.

Qui donnera...
  • le lituanien siіґti, ou
  • le letton šūt (mais l’est-on VRAIMENT??).

A remarquer qu’on retrouve dans la bible rédigée en vieux slavon d’église (aaah)
- Jean 19:23 (à l'adresse des mécréants: ceci est l'indication d'un passage des Écritures, pas d'une heure) -
une forme nešьvenъ, pour “sans couture”.

Oui, un peu l’équivalent de l’anglais seamless, dont nous parlions la semaine dernière.
La traduction dudit passage, dans la Bible de Louis Segond:
“Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas.
LA tunique sans couture.
Celle-là, oui, sans aucun doute.


Toujours la semaine dernière, nous avions mentionné
- nous étions encore dans l’insouciance d'avant -
le latin sūbula, “alêne”, ou même le grec σουβλάκι, souvláki, “brochette” (la brochette s’apparentant à l’alêne, à l’aiguille: ce qui sert à ... coudre).

Tous les deux dérivés de notre *syū-,coudre”, bien entendu.

Eh bien, nous retrouvons ce même rapprochement entre l’action de coudre et l’outil qui sert précisément à coudre, dans le russe шило (“chila”) ‎et le tchèque šídlo:alêne, aiguille”.‎
(pour les comprenant-plus-lentement, tous deux également dérivés de notre *syū-.)

Ces deux cognats proviennent d’une forme proto-slave *šidlo, composée de *ši- ‎(“coudre”, j’espère que c’est à présent bon pour tout le monde?) et de ‎*-dlo, qui était simplement un suffixe indiquant l’outil‎.

Même principe pour le bas-sorabe šydło, - et pour faire bonne figure le haut-sorabe šidło -, le polonais szydło, ou enfin le serbo-croate ‎šilo.



En grec ancien, à présent, *syū-, par une forme réduite suffixée *syu-men‑, a donné…
ὑμήν, humên (“membrane, fine peau”, cousue…).

ὑμήν, humên, qui nous donnera évidemment - via le bas latin hymen - au début du XVIème, le français hymen:
membrane obstruant partiellement l’orifice vaginal de la femme vierge.

c'est une poire, rassurez-vous

Ben oui, cet hymen dont la présence semble si importante chez les euh… dans les … comment dire??
- Oui, ressaisis-toi, Frédéric: attention! Politiquement correct! 
… sociétés humaines primitives patriarcales.
- Par - fait!
Comme chez les
- !!!STOP!!! Tu ne dis plus RIEN! Ca suffit.

Il se pourrait, mais sans certitude absolue (même si franchement, cela semble on ne peut plus logique et plausible) que hymen, "membrane", et hymen, ce vieux mot pour “mariage, union conjugale” ne soient à l’origine qu'un seul et même mot.

Si c’est bien ça, on se l’expliquerait par un cas d’antonomase

Non, ça ne fait pas mal, une antonomase.  Et ce n'est pas non plus très contagieux.

Ici, il s’agit précisément d’un cas d’antonomase du nom propre: employer un nom propre pour signifier un nom commun.

Bah oui, procédé très courant:
Don juan pour séducteur, Apollon pour bel homme
Mais quelle remarquable transition!

Car Ὑμέναιος, Hyménaios, c’était justement, comme Apollon, un nom de Dieu: le nom du Dieu qui présidait aux … mariages.

Pour parler d’un mariage, on disait donc, par antonomase, un Ὑμέναιος, Hyménaios.
Ou un Ὑμήν, Hymen.

Hyménaios, c'est lui

Lors des cérémonies de mariage, on invoquait Hyménaios par un chant à sa gloire:
“Ô Hymen, Ô Hyménée!”

Hymen / Hyménaios, transposé dans la mythologie romaine, deviendra le dieu Hymen ou hymenaeus.

C’est à ce latin Hymen que nous avons emprunté notre hymen "mariage" français, quelque peu désuet mais tellement joli.

Quant à hyménée, nous l’avons évidemment emprunté, lui, au latin … ? … hymenaeus, bien!, où il désignait plus précisément ce “chant de mariage”, invocation au Dieu Hymen.
Ces deux emprunts au latin, figurez-vous que c’est à Ronsard que nous les devons, qui les introduira en français, comme noms propres, en 1548.
Pierre de Ronsard


Pour l’anectote - et je vous jure que c’est vrai, je n’invente rien -, hymen, en indonésien, se dit “selaput dara”.
Dara”, hein, pas “kan napa”. (Si vous ne voyez pas le trait d’esprit désespérément bien gras, de grâce, ne le recherchez pas ; je n’en suis pas fier, même si cela résume assez bien la vision qu'ont de l’hymen - et surtout de celle qui l'a perdu avant les noces - les … euh … sociétés humaines primitives patriarcales).
(Vous comprendrez aisément que même moi, je suis à court d’humour devant les horreurs qui viennent de se dérouler tout près de chez moi.)


Ah oui, j’oubliais!

Hyménoptère!
Il ne s’agit absolument pas d’une antonomase pour “papillonneur”, “butineur”. 
Rien de vulgaire, de cochon (oh pardon), rien de sordide, que du contraire!
L’hyménoptère (le mot hymenoptera est inventé par Linné lui-même) désigne un insecte se caractérisant par des ailes membraneuses (“pteron” pour aile) .

Hyménoptère - Anthidium manicatum (source)

Quant aux hyménomycètes, il s’agit d’un groupe de champignons chez lesquels une fine couche de cellules reproductrices: un hyménium, tapisse l’appareil producteur de spores.

- de spores? Comme les voitures?
- Non, là, je ne répondrai même pas.


Hyménomycètes: les ceps en font partie, ou les agarics.

Allez!
Même si, comme moi, vous n’avez pas trop la tête à ça, je dois vous parler du sanskrit … Kamasutra

On en avait déjà parlé - vous pensez bien! - dans Chère Carine, prendrez-vous des liserons d'eau? Laissez-moi appeler le serveur.


Nous abordions alors la racine *kā-, dont le champ sémantique couvrait les notions d’amour, de désir
Ici, c’est la deuxième moitié du mot qui nous intéresse: Sutra.

C’est une forme suffixée de notre jolie petite racine *syū-, *sū-tro-, qui est à la base du sanskrit सूत्र, sUtra.

सूत्र, sUtra, mais c’est le fil, la trame, ce qui permet de coudre, de relier des choses entre elles.

सूत्र, sUtra, que l’on traduit souvent dans ce contexte par “suite d’aphorismes”, peut ainsi se comprendre comme “les fils de la pensée”, “la trame des idées”.

Par métonymie, on désigne par Sūtra tout livre contenant des récits de ce type.

कामसूत्र, kAmasUtra serait donc, littéralement, le Sūtra du désir.



Toujours en sanskrit, nous avons encore स्यूमन्, syUman: “suture, fil, ficelle, corde…”.
Et le verbe सीव्यति, sIvyati, signifie tout simplement… coudre. Mais oui.


Un p'tit dernier, pour la route?
Je vous anonçais la semaine dernière un tour par les langues anatoliennes.
La plus connue d’entre elles, c’est le ?? ... hittite.

Eh bien, en hittite, on peut retrouver *syū- derrière shummanza, la corde.


Sympa, non, cette petite racine?

coudre, cousu, couture, découdre”, “seam, sew”, “souvláki, subule, suture”, "sûtra, hymen, hyménoptère…"

TOUS ces mots sont dérivés de cette racine toute mimi
Tous ces mots sont donc apparentés!
Sans parler de tous ces mots slaves, baltes, grecs, sanskrits, et même anatoliens.

Merci qui?
Merci le proto-indo-européen, bien sûr!



À vous toutes et tous, un excellent dimanche, une bonne semaine.
Et surtout une très belle fête de Pâques.




Frédéric

Attention, ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen ...
CHAQUE JOUR de la semaine!

(Mais de toute façon, avec le dimanche indo-européen, 
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).


Et si nous célébrions le renouveau, la résurrection,
par une sublime cantate de Bach, apaisante - la BWV 4, Christ lag in Todesbanden,
une œuvre de jeunesse, ici dirigée par le grand Nikolaus Harnoncourt, qui vient hélas de nous quitter.



Cette superbe cantate “Christ lag in Todesbanden” (“Le Christ gisait dans les liens de la mort”) reprend en fait le texte d’un cantique que Martin Luther avait adapté du Victimae paschali laudes, séquence liturgique du XIème - tant catholique que protestante - écrite pour le dimanche de Pâques. Ce qui tombe bien.

On attribue souvent ce Victimae paschali laudes à Wipo (appelé aussi Wipon de Bourgogne), aumônier de l'empereur du Saint-Empire Conrad II, dit le salique (ce qui ne lui faisait pas spécialement plaisir, vous pouvez vous en douter).