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dimanche 8 juillet 2012

et ric, et rac, on va squetter l'baraque


article précédent: By Jove, Olrik




En ce beau jour de juillet, le dimanche indo-européen a décidé de se mettre en vacances...

Oh, pas d'inquiétude, les publications dominicales continueront bien tout au long de l'été, oui!

Mais bon, le choix des sujets traités, ou la longueur de ma prose s'en ressentiront irrésistiblement, il faudra bien se faire une raison....

Alexandre le bienheureux, Yves Robert, 1968
Philippe Noiret avec le chien
Un de mes films préférés, tourné dans la campagne
autour du village d'Alluyes dans l'Eure-et-Loir 



J'ai déjà à plusieurs reprises parlé du plaisir que j'ai à retrouver les racines préhistoriques des mots que nous employons de nos jours. (notamment: l'éternité? Oh juste une bonne hygiène de vie ou encore le pourquoi et le comment)

Quel bonheur de réaliser que derrière un mot français, un mot anglais ou un mot russe se cache une seule et même racine proto-indo-européenne...

Ce vénérable ancêtre linguistique, depuis longtemps disparu, continue à vivre au travers de ces mots dérivés, un peu comme l'arrière-grand-père que l'on n'a jamais connu, mais dont le sang coule toujours en nous...
Sans lui, nous ne serions tout simplement pas là...

La tombe des parents de ma grand-mère
maternelle, dans le cimetière de Goutroux


Mes racines à moi, elles sont en Wallonie...
Si vous ne l'avez déjà fait, je vous convie à lire à ce sujet "Marcel et sa madeleine, Fred et sa dringaille".

Et je suis enchanté de pouvoir retrouver le wallon, cette langue de terroir, au détour d'une recherche sur une racine proto-indo-européenne multi-millénaire.


Or donc, me voilà parcourant les pages de mon dictionnaire préféré (pour ceux qui prennent le train en marche, qui reviennent de Mars ou qui sont tombés sur ce blog par pur hasard, il s'agit du "American Heritage dictionary of Indo-European Roots" de Calvert Watkins), quand tout à coup, mon oeil se rive sur une racine qui me parle instantanément, car me renvoyant aussi sec à mon enfance rovienne, ou à ma vie d'étudiant montois...



...Car son dérivé wallon est son portrait phonétique tout craché; son lointain descendant assumant pleinement son ascendance avec son illustre ancêtre...

*skēt-

La racine proto-indo-européenne *skēt- véhiculait la notion de "faire du tort, endommager, blesser"...

Et sketter (ou sketer, ou squetter), en wallon, c'est casser.

Comme dans le français de Wallonie:
"Je ne sais (prononcé "sé") plus écrire: mon stylo est sketté"

Ou dans les subtiles rimes estudiantines (ou du folklore montois):
"et ric, et rac, on va squetter l'baraque, 
et rac, et ric, on va squetter l'boutique..."


En anglais, nous retrouvons scathe: insulter, offenser, vexer..., arrivé par le vieux norrois skadha: blesser.

Le mot allemand Schadenfreude, passé par le vieux haut-allemand scado: dommage, blessure, signifie la jubilation avec malveillancela joie maligne suscitée par le malheur d'autrui...
Ca fait peur, non, que l'usage appelle à la création de tels mots?

En danois et norvégien, *skēt- nous a légué skade, en néerlandais: schade, en suédois skada, en yiddish schoden, en serbo-croate steta...
Toujours avec la notion de dommage.


Et puis, il y a le tchèque škoda!
En tchèque, "To je škoda" peut se traduire par "C'est dommage".


Oh, non, rien à voir avec la robustesse longtemps mise en doute des voitures de la marque éponyme, mais bien avec le patronyme de l'ingénieur à l'origine du groupe industriel, Emil Škoda, ne soyez pas acerbes! (ô Croates).


Mon père en avait une comme ça (de voiture)


Emil Skoda


D'ailleurs,
il y a bien le groupe canadien (québecquois, pardon!) "Beau dommage"!


Et entre nous, Renault a quand même fait très fort en baptisant une de ses voitures "testicule" - pour rester poli (koleos en grec).

Une descente de Koleos

Une Koleos dans le potage

Bas de caisse rouillé: une Koleos qui part en euh...Koleos


Bon, là, clairement, je m'enfonce...
Tentons donc de rehausser le débat pour terminer en beauté...

"Non-endommagé, resté intact, resté pur": c'est le sens original d'ascète, que nous a transmis le grec ἀσκητής, askētēs, où nous retrouvons la racine proto-indo-européenne *skēt- précédée cette fois d'un alpha privatif.

Sincèrement, vous l'auriez cru, vous, que "sketter" et "ascète" puissent découler de la même racine proto-indo-européenne, du même ancêtre?



Frédéric

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