- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 12 mai 2019

"Réaliser dans l'âge d'homme les rêves de la jeunesse, c'est ainsi qu'un poète a défini le bonheur" - Léon Blum, in Stendhal et le Beylisme








“À vingt ans l'enfant déforme les femmes, à trente ans il les conserve et je crois bien qu'à quarante il les rajeunit.


Léon Blum





Léon Blum, homme d'état français
(du temps où il y en avait encore)
1872 - 1950















Bonjour à toutes et tous !

Et si nous remontions un peu le temps ?




Tout avait commencé par une interrogation: y a-t-il un lien quelconque entre le français blesser et l'anglais to bless...?
j'ai le coeur blesséée, à tout jamééé - éééé, 3 mars 2019

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En allant faire un tour du coté des langues germaniques, nous découvrions, ravis, que l'anglais bless descendait du proto-germanique *blōda-, “sang”.
A blessing from the Lord, 10 mars 2019

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Mais quelle était donc la racine indo-européenne à l'origine de *blōda-, “sang”, vous posiez-vous alors comme question.

Et moi, bonne poire, je vous en proposais deux, de racines, l'une comme l'autre pouvant prétendre à la maternité du germanique *blōda-, car formellement très proches l'une de l'autre: *bʰleh-“souffler” et *bʰleh-“fleurir, s'épanouir”.
Cette difficulté à choisir l'une ou l'autre option tient seulement à une seule laryngale, toute mimi, qui teinterait la voyelle présente dans les dérivés ultérieurs, soit en -e (*h), ou en -o (*h).
🔔
Ah oui, grrrrande nouveauté sur le blog:
une page Éléments de linguistique,
en construction”, comme on dit, 
sur laquelle je rassemblerai progressivement, peu à peu (on n'est pas aux pièces) tous les ... éléments de linguistique (définitions, explications, exemples...) qui saupoudrent le blog,
pour que vous puissiez les trouver en un seul endroit.

Qui a parlé de “bonne poire”?
🍐

Pour les laryngales, c'est donc ici que ça se passe: https://indoeuropeen.blogspot.com/p/elements-de-linguistique.html

racine indo-européenne *bʰleh-“souffler” 

proto-germanique *blēan-, “souffler”

peut-être par rapprochement sémantique entre souffler et jaillir
ou
peut-être par rapprochement sémantique entre souffle de la vie et sang

proto-germanique *blōda-, “sang”
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racine indo-européenne *bʰleh-“fleurir, s'épanouir

proto-germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”

rapprochement sémantique entre la couleur rouge du sang et l'épanouissement
proto-germanique *blōda-, “sang”
álfrek ganga: vieux norois pour "aller faire déguerpir de l'Elfe", 17 mars 2029

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Bon, ben, impossible de trancher, mais qu'à cela ne tienne, nous pouvions alors nous pencher sur ces deux jolies racines, en commençant par *bʰleh-“souffler”, et ses dérivés français, par le latin.
nous connaissons tous au moins une enflure qui fait de la gonflette, 24 mars 2019

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Des dérivés français de *bʰleh-“souffler”, un petit pas à franchir pour passer à ses dérivés germaniques... Petit pas que nous fîmes, bien entendu...
(...) au vent crispé du matin / Qui va fleurant la menthe et le thym (...) - Verlaine, 31 mars 2019

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Ensuite
- il ne faut jamais froisser les susceptibilités des racines indo-européennes -,
il nous fallait, comme promis, passer à l'étude de la charmante *bʰleh-, “fleurir, s'épanouir”.

Aaaaah.
J'ai dépensé ma jeunesse comme une poignée de monnaie, 7 avril 2019

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Une semaine plus tard, nous poursuivions l'étude de ses délicieux dérivés, en français, mais aussi dans d'autres langues... 
"Di scrivermi ogni giorno Giurami, vita mia !" - Fiordiligi, 14 avril 2019

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Nous consacrions alors tout un dimanche à ses dérivés... celtiques.
Gort, Blodyn Tatws ! Euh non... Ah oui: Klaatu barada nikto. OUUUUF, 21 avril 2019

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Pour revenir, une semaine plus tard, à quelques-uns de ses dérivés germaniques, mais aussi... français.
“Terre noire fait bon blé.” (Proverbe auvergnat), 28 avril 2019

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Et enfin, la semaine dernière, nous découvrions encore de surprenants dérivés français de la belle *bʰleh-, “fleurir, s'épanouir”.
"C'est lord Elgin qui a fait ouvrir ce monument et déblayer les terres" - Chateaubriand, 5 mai 2019

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Aujourd'hui, de retour dans le présent, et après nous être intéressés, dimanche dernier, à l'étymon germanique blōdi-, “fleur, floraison...”, nous passerons à une autre forme germanique dérivée de l'adorable *bʰleh-, “fleurir, s'épanouir”
- aaaaaah... -,
le germanique... *blōman-


*blōman- ? Mais il désignait tout simplement...

la fleur.




Aaaaah.







Oui, ENFIN !!!

Car beaucoup d'entre vous l'attendaient, ou du moins, l'avaient anticipé...
Notez que, même si tout porte à croire que *blōman- descend du germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”
relisez donc álfrek ganga: vieux norois pour "aller faire déguerpir de l'Elfe",
il pourrait aussi bien dériver d'une ancienne forme germanique *blōzman-,..., de toute façon dérivée de notre formidable *bʰleh-, “fleurir, s'épanouir”.
Mais j'éprouve ce curieux et diffus sentiment qu'en fait, vous n'en avez rien à battre ; je me trompe, évidemment.


















Alors, 


*blōman-, “fleur”.


Nous le retrouverons en gotique

Mais oui, dans 𐌱𐌻𐍉𐌼𐌰, blōma“fleur”



fleurs gothiques

Mais aussi en, en ...
- OUIIIIIII !!!-
vieux norois, avec blómi, toujours de même sens (euh, donc “fleur”, pour les ô combien hypothétiques lecteurs de ce blog qui seraient dotés d'un crible cognitif à mailles nettement plus serrées que la moyenne).

Le vieux norois 
blómi dérivera à son tour dans ... 
mais ça alors, quelle surprise ??! -
  • l'islandais blómi, blóm, “fleur”,
  • le féroïen blómi; blóma, “fleur, floraison”,
  • l'elfdalien bljomme, “fleur”,
  • le vieux suédois blōme, blōma, d'où le suédois blomma
  • le danois blomme,
ou même - soyons fous -
  • le botnien occidental blöömm, blååmm, blååom.
Je sais, c'est pointu. Le botnien se parle en, en ... ?? 
Botnie ! Région historique qui s'étend à présent sur un bout de Suède, et un bout de Finlande... 
Vous voyez le golfe de Botnie ? 
Eh ben c'est là, tout autour... Et le botnien occidental se parle (se gutture ?) sur la rive, la rive ... o, ou... ouest - bien ! - dudit Golfe, en d'autres termes, en Suède.





Du vieux norois blómi, notons encore l'anglais bloom, du moins dans son acception de “fleur, floraison”. 

Il en descend par le vieil anglais blôma, puis le moyen anglais blom, blome.
Notons quand même que le vieil anglais blôma correspond formellement à ses cognats scandinaves, mais que sémantiquement, il ne désignait qu'un bloc d'acier ! L'anglais to bloom signifiant également marteler. 

Ce qu'une des acceptions de l'anglais moderne bloom signifie toujours, en vocabulaire technique métallurgique, passé tel quel en français.
En français ? Eh oui ! Où l'anglicisme technique bloom (attesté dès 1774, quand même) désigne un...
demi-produit métallurgique obtenu par passage d'un lingot d'acier dans un laminoir dégrossisseur
Oh, merci ô toi ©Le Grand Robert de la langue française  


Si fleur n'appartenait pas à la sémantique de blôma, en revanche, le sens de “fleur se retrouvait bien dans le vieil anglais blóstm, blóstma, blósma. 
Ça ne vous dit rien ? Rien, vraiment ? Rien de rien ??
Mais siiii ! Car le vieil anglais blóstma pourrait provenir de ce germanique  *blōzman- dont je vous parlais plus haut. 
Eh oui. 
Eussiez-vous soupçonné la légendaire fainéantise qui m'habite
- l'Eternelle flemme diraient les Bangles -,

vous sauriez que je ne m'amuse que très rarement à vous raconter des détails qui n'ont strictement aucun intérêt... 

Ah oui ! Quant à l'histoire, la chronologie précise de la sémantique derrière l'évolution des vieux anglais blôma et blóstma jusqu'à l'anglais bloom, bah, on ne se l'explique toujours pas vraiment...



Allez, comme autres dérivés du germanique *blōman-, “fleur”, citons encore...
  • le vieux saxon blōmi, “fleur”, d'où le moyen bas-allemand blōme, et le bas-allemand Bloom,
  • le vieux néerlandais *bluomo, bluome, d'où le moyen néerlandais bloeme et le néerlandais moderne bloem, “fleur”,
ou encore
  • le vieux haut-allemand bluomo, bluoma, d'où le moyen haut-allemand bluome, et l'allemand... Blume“fleur”,
et évidemment aussi 
  • le yiddish blum, le patronyme ashkénaze Blum descendant plus que vraisemblablement de l'allemand Blume mâtiné du yiddish blum...


Tiens, vous rappelez-vous le double sens “fleur / farinede certains des dérivés de notre si jolie *bʰleh-, “fleurir, s'épanouir”?

Même phénomène ici, avec le néerlandais bloem, “fleur”, certes, mais aussi ... farine.

la preuve




En guise de résumé, nous dirons...


racine indo-européenne *bʰleh-“fleurir, s'épanouir

proto-germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”

proto-germanique *blōman-“fleur”
vieux haut-allemand bluomo, bluoma,
moyen haut-allemand bluome
allemand... Blume“fleur”




Chères lectrices, chers lecteurs, 

Merci de me lire, merci de votre fidélité, merci de vos commentaires.

Je vous souhaite un EXCELLENT dimanche, et une très heureuse semaine !




À dimanche prochain !





Frédéric

PS: dans ces articles, les passages de texte en bleu, vous l'aurez compris, traitent d'éléments de linguistique.


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Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom:
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)

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Et pour nous quitter,

Un morceau sans lien direct avec la racine du jour, 
si ce n'est qu'il évoque - il date de 1967 - l'époque du Flower Power,
et qu'il est à mes oreilles incroyablement entrainant,
plein de joie de vivre,
de tout ce beau que peuvent évoquer les fleurs...

 Et puis, quelle voix !
Mais quelle voix !

Ah, Linda Rondstadt...
(nom à consonance éminemment germanique, hein)




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Vous voulez être sûrs (sûrs, mais vraiment sûrs) de lire chaque article du dimanche indo-européen dès sa parution ? Hein, Hein ? Vous pouvez par exemple...

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article suivant: "Ob-La-Di, Ob-La-Da" - The Beatles. *blōdi-,*blada- - germanique *blōan-

dimanche 5 mai 2019

"C'est lord Elgin qui a fait ouvrir ce monument et déblayer les terres" - Chateaubriand







Les froments sont les plus beaux que l’on puisse voir ; ils ont des feuilles larges comme des roseaux. Ce qui n’est pas emblavé en céréales, blé ou avoine, est occupé par des maïs ou par la jachère ; pas de fermes éparpillées dans les campagnes. Les maisons des cultivateurs sont groupées dans les villages. C’est le Dorf-system, comme disent les économistes allemands.


 Émile de Laveleye,

La Péninsule Des Balkans, tome I
Sur Gallica


Émile de Laveleye,
économiste, historien et professeur belge
(1822 – 1892)






















Bonjour à toutes et tous !


Où l'on poursuit notre étude des dérivés de la si jolie - et si prolifique - racine indo-européenne...

*bʰleh-, “fleurir, s'épanouir”.





Cette si charmante racine, nous l'avons vu, nous a donné (notamment) notre fleur.

🌼

racine indo-européenne *bʰleh-, “fleurir, s'épanouir”
forme nominale *bʰleh-ōs-“en floraison”, d'où “fleur”
proto-italique flōs(-), “fleur”
latin flōs, flōris, “fleur”
accusatif flōrem
ancien français flor, flur (fin du XIème)
français fleur

🌻



Mais aussi,
par le proto-germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”,
l'anglais blow, “éclore, fleurir, s'épanouir...”, ou même l'anglais blead, “fruit, fleur, résultat

🌼

racine indo-européenne *bʰleh-“fleurir, s'épanouir

proto-germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”

vieil anglais blōwan, “fleurir, s'épanouir...”
moyen anglais blowen, blowe...
anglais moderne blow“éclore, fleurir, s'épanouir...”

🌸

racine indo-européenne *bʰleh-“fleurir, s'épanouir

proto-germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”

proto-germanique *blōdi-, “fleur, floraison...”
vieil anglais blēd, blǣd, “pousse, branche, fleur, fruit...”
moyen anglais blede, bled
anglais moderne blead, “fruit, fleur, résultat

🌹

Et enfin
- soyons fou -,
nous lui devons notre français blé, toujours, toujours via l'étymon germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”.


🌻

racine indo-européenne *bʰleh-“fleurir, s'épanouir

proto-germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”

proto-germanique *blōdi-, “fleur, floraison...”
vieux francique *blād, produit de la terre
 
latin médiéval bladumblada“moisson, produit d'un vignoble” (fin du VIIème)
ancien français blet“céréales, blé”
moyen français, puis français blé

🌸



Pour ce dimanche,
auquel je n'ai hélas pu consacrer tout le temps voulu,
je vous propose de parcourir d'autres mots bien français, toujours dérivés de la délicieuse *bʰleh-“fleurir, s'épanouir”, mais pourtant issus du germanique...


Mais rappelez-vous déjà 
et sinon, relisez 
“Terre noire fait bon blé.” (Proverbe auvergnat),
qu'à côté de l'ancien français blet“céréales, blé”, existaient encore 

  • une forme blef
et une forme féminine...
(personnellement, j'aime beaucoup les formes féminines)



  • ...blée,
toutes deux désignant un champ de blé.



(source)



Notez par ailleurs que l'on rencontrait une variante à blef :
blave (XVIème). 
🌻

racine indo-européenne *bʰleh-“fleurir, s'épanouir

proto-germanique *blōan-“fleurir, s'épanouir, croître...”

proto-germanique *blōdi-, “fleur, floraison...”
vieux francique *blād, produit de la terre
 
latin médiéval bladumblada“moisson, produit d'un vignoble” (fin du VIIème)
anciens français blet“céréales, blé” et blef / blave, blée, champ de blé
moyen français, puis français blé

🌸


Mais... poursuivons.
Sur blé se créera aussi,
et tout naturellement, et en toute simplicité, ajouterais-je,
un verbe pour “ensemencer en blé”: bléer.


Oh, bléer existe toujours, mais son emploi s'est raréfié.

Au profit de son synonyme, créé sur blef, blave, ... emblaver, attesté en 1242.



Emblaver ?
En agriculture, et au sens propre, ensemencer une terre en blé. 
Et puis, toujours en agriculture, mais par extension, ensemencer avec toute autre graine de céréale.

Précisons-le
- mmmh, ça pourrait être intéressant pour la suite -,
à côté du verbe simple bléer, aura vécu le temps que vivent les blés une variante emblaer, toujours formée sur blé, mais elle aussi froidement évincée par emblaver.


Le résultat, la conséquence logique de l'ensemencement d'un champ en blé, ben, c'est la récolte (de blé, on suit).

Sur emblavure s'était créé à cet effet, et attesté en 1355, ambleure.

Ambleure, qui sera sup... planté par ... emblavure (début du XVIème), dont le sens évoluera et se fixera fin du XVIIIème, pour devenir terre ensemencée de blé.

Le mot est toujours bien actuel, même si son sens s'est quelque peu généralisé:
Terre ensemencée, notamment par le blé.

Mais la vie est parfois surprenante...
L'ancienne variante déchue de emblaver, emblaer, voyez-vous, n'a pas tout à fait disparu. 

Elle a certes donné l'ancien français emblayement, emblaiment, pour “moisson, récolte”, mais 
à son tour, emblayement, emblaiment a irrémédiablement disparu de notre vocabulaire.

De notre vocabulaire...

De NOTRE vocabulaire...

car... le mot est passé à l'anglais,
nettement plus conservateur que le français,
pour devenir,
et attesté en 1485,
l'anglais emblement, qui désigne à présent, en common law, dans un sens désormais (très) spécialisé,
les récoltes annuelles produites par des terres cultivées appartenant légalement au locataire d'un champ, et considérées comme sa propriété.


Enfin, le décidément tenace et courageux emblaer a encore eu la présence d'esprit, avant de nous quitter, de nous léguer un autre verbe - français, cette fois -, attesté en 1241 sous la forme ...remblaer.

Remblaer, qui donnera, à partir du XVIIIème, ...remblayer !

Oui oui, vous lisez bien, remblayer, notre remblayer:
Apporter des terres, du gravois, pour combler un creux ou pour exhausser un terrain.


l'inénarrable Fernand Ucon









 - Mais enfin !!! Qu'est-ce que tu nous racontes encore là, Blondieau ? 









- Oh, Monsieur Ucon, comment allez-vous ? Toujours la santé, à ce que je vois?



Oui, je vous l'accorde, le sens du mot a considérablement évolué...

De son sens premier de bléer, donc ensemencer en blé, il en est venu, par métaphore, à signifier encombrer, couvrir, charger, ... comme un champ semé de blé... !

Quant à son déverbal remblai (fin XVIIème), il désignera tout d'abord l'action de remblayer.
Ce n'est qu'à partir de la moitié du XVIIIème qu'il prendra son sens moderne, de “terres rapportées”.


Même plus que surprenante évolution sémantique pour un autre dérivé de blé, construit, lui, avec le privatif dé-...

Oui ! D'abord (1265) sous la forme desbleer, notre déblayer
- c'est bien de lui qu'il s'agit -,
d'un sens original de moissonner, récolter le blé”, en est venu à signifier “enlever la terre, les décombres...”, sans plus la moindre association avec le blé.


la terre, les décombres, mais aussi la neige...


Et pour ce qui est de déblai, déverbal de déblayer, il n'est que la réfection de desblée (1265), qui désignait l'action de déblayer, et désignera plus tard - et au pluriel - les terres enlevées, les décombres.


(Merci, merci, ô Alain Rey !)



Je vous avais parlé de surprises...


J'espère vous avoir ... comblés !




Chères lectrices, chers lecteurs, 

Merci de me lire, merci de votre fidélité, merci de vos commentaires.

Je vous souhaite un EXCELLENT dimanche, et une très heureuse semaine !




À dimanche prochain !





Frédéric

PS: dans ces articles, les passages de texte en bleu, vous l'aurez compris, traitent d'éléments de linguistique.


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CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)

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Et pour nous quitter,

Une merveilleuse version, intimiste, de la variation IX, Nimrod, des
Enigma Variations, de Elgar...

Écrite comme une ode au countryside, à la douce campagne anglaise, si chère à mon coeur.


Mais que c'est beau...
Beau à en être poignant...



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