- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 15 mars 2020

Le Corbeau et le Renard, c'est de Corneille ?




Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton coeur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés
Saper ses fondements encor mal assurés !
Et si ce n'est assez de toute l'Italie,
Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie;
Que cent peuples unis des bouts de l'univers
Passent pour la détruire et les monts et les mers !
Qu'elle même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propres mains déchire ses entrailles !
Que le courroux du Ciel allumé par mes voeux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes voeux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,
Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause et mourir de plaisir !


Horace, Acte IV, scène 5,

Pierre Corneille

Pierre Corneille,
6 juin 16061 - 1er octobre 1684























Bonjour à toutes et tous ! 



En ce dimanche un peu particulier, où le confinement est de rigueur, je vais laisser de côté notre jolie racine indo-européenne *heǵ-e/o-“conduire, diriger”, pour traiter d'un sujet on ne peut plus d'actualité...

Quelle est donc l'étymologie de... coronavirus.

Bien sûr, je reviendrai à *heǵ-e/o- le moment venu, si du moins je ne suis pas intubé d'ici-là. 

Vu le piètre état de mes bronches, tout est possible ; et si mon Créateur décide de me rappeler à lui plus tôt que je ne l'aurais souhaité, j'espère simplement que j'aurai accompli ici-bas ce que j'étais supposé faire. Honnêtement, je n'en suis pas si sûr...
Déjà que je suis blanc, dans la cinquantaine, de sexe et de genre masculins - et même pas un chouïa métrosexuel !
(Vous non plus, vous ne connaissiez pas le terme ? Métrosexuel, construit sur « métro » pour métropole/métropolitain et « sexuel », fait allusion à des hétérosexuels qui adoptent les usages et l'apparence vestimentaire que le stéréotype attribue aux homosexuels.)
Un hétéro à l'ancienne, sans masque de beauté à l'huile de jojoba, sans séance d'exfoliation et/ou gommage, et avec des poils, et tout et tout ! -,

Burt Reynolds,
qui était tout sauf "métrosexuel"
Déjà que je roule dans une voiture à moteur à combustion (!!!), que je mange de la viande, que je ne me sens pas personnellement responsable de la colonisation ni des autres c*ies de mes ancêtres... ; vous comprenez que je suis encore bien loin du but. En plus, pour les chrétiens, je suis un païen, et pour les athées, un catho ! 
Et pour couronner le tout - subtil jeu de mots ; les plus éveillés d'entre vous le comprendront peut-être bientôt -, je conchie la bien-pensance et vomis l'inclusivité langagière, comme d'ailleurs tous les extrémismes, même féministes ou racialistes. 
Ça fait quand même beaucoup.

Pour l'instant, heureusement, ma compagne, mon chien et moi, nous nous confinons dans notre charmante maison de campagne, en attendant des jours meilleurs. 

Et l'administration pour laquelle je travaille en ce moment en tant qu'externe me permet enfin de travailler depuis la maison.
Hosanna !
très connoté, ça, non, très racialiste ?

Mais oui, c'est incroyable ! Inimaginable jusqu'à vendredi dernier, tout simplement !
Oh, c'est dingue ! Je vais pouvoir travailler de la maison !! 

J'ai l'impression de faire un bond de vingt ans en avant, et de me retrouver en 2020 ! (Oui, car le travail à domicile, je l'ai pratiquement toujours pratiqué depuis les années 2000.)

Je peux vous dire également que mon moral n'est pas franchement au plus haut, mais, rassurez-vous, il n'est pas au plus bas non plus.

Et comme disait Léo Ferré, sentencieux, l'index tendu sur le nez jusqu'au milieu du front (faites-le, vous comprendrez) et les yeux écarquillés quand il rentrait à la maison passablement imbibé,
"Le désespoir, c'est un espoir perdu qui se cherche un préfixe".
Léo Ferré,
24 août 1916 – 14 juillet 1993



Bref.


Coronavirus.

Les coronavirus ont été découverts dans les années 1960.
Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'existaient pas avant, hein... Je commence à vous connaître...

Et si on a baptisé ces virus ainsi, c'est que, vus depuis un microscope électronique, leur forme évoque la...
- attention, spoiler alert -,
Inclusif !!
Je pense à vous aussi, vous qui détestez l'irruption de l'anglais
en français,
et vous signale qu'il y a PLEIN d'autres blogueuuaan
(ou plutôt de cybercarnets)



... leur forme évoque la...

... couronne solaire.




Ouais... On dira que ça y ressemble.
On est rarement Et virologue, ET astronome, aussi...


Ah oui, j' l'ai pas dit ! En fait, coronavirus est un composé

Mais oui !

De corona, et de... Allez ! De... ? Virus. Voilà.

Virus, ce sera pour plus tard.

Maintenant, corona.



Ce terme corona, vous vous en doutez, n'est qu'un emprunt, savant, au latin corōna.

Oh, ccorōna pouvait désigner une guirlande, un cercle de personnes, ou même
- je sais, je vais vous surprendre -
une... couronne ! Comme une couronne de lauriers.






Bon, dois-je vraiment le préciser, les Romains ont une nouvelle fois pompé chez les Grecs.




En l'occurrence, ils ont emprunté leur corōna au grec ancien κορώνη, korṓnē, mais curieusement, ils n'ont retenu du κορώνη original que l'idée générale qu'il exprimait, celle de quelque chose de bombé, d'incurvé, de recourbé.

Oui, car κορώνη pouvait désigner...
  • une poignée de porte,
  • l'extrémité d'un arc
  • la poupe d'un bateau,
  • l'extrémité d'une charrue sur laquelle un joug a été fixé,
  • l'apophyse (la partie de l'os sur lequel est attaché un tendon), 


ou même...
  • le corbeau, la corneille (mais oui !! Au bec recourbé),

ou encore
  • un oiseau de mer au bec tout autant recourbé, probablement le fou de Bassan.


Oh, merci Wikipedia !



Et d'où qu'i v'nait, le grec ancien κορώνη, korṓnē, hein, hein ??

Eh ! 




D'une racine indo-européenne !
(Et ici, c'est Robert Beekes qui me guide...)

Robert Stephen Paul Beekes,
2 septembre 1937 – 21 septembre 2017 


























D'une racine indo-européenne, disais-je, que Beekes identifie comme étant...

*kor-u/n-,

et qui désignait... le corbeau !





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racine indo-européenne *kor-u/n-, “corbeau

grec ancien κορώνη, korṓnē, “quelque chose de courbé...

emprunt

latin corōna, guirlande, couronne...”

emprunt savant (années 1960)

français corona- dans le composé coronavirus

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Le corbeau...

Je vous renvoie à un article d'il y a quatre ans,
"Je veux, sans que la mort ose me secourir, Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir",
qui vous racontera tout sur le latin corvus, ancêtre de notre français corbeau.



Le corbeau !!

Ce qui nous ramène à notre...


les médecins de peste

Brrrrrr.

Je sais ; je n'ai pas la tête à autre chose, aujourd'hui...



Confinement oblige, j'en resterai là pour ce dimanche.

Il a bon dos, le confinement, me direz-vous.

Peut-être, oui, mais le coeur n'y est pas.



Chères lectrices, chers lecteurs, à vous toutes et tous, un excellent dimanche, une belle semaine ! 




Protégez-vous, pensez à VOUS.



Frédéric



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Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom :
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
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Et pour nous quitter,


Du Léo Ferré, de 1969.

C'est extra.




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dimanche 8 mars 2020

et la statue de l'aurige, celle qu'on vient de retrouver à Delphes, on va l'appeler COMMENT ???


article précédent : et... action !




C'est ce qui nous émeut en face du petit aurige de Delphes.
Immobile et stable, ses orteils bien rangés les uns à côté des autres, il semble venir du fond des siècles et continuer sa route sur place, avec la canne blanche des aveugles.

Jean Cocteau,
Journal d'un inconnu (1953)


Jean Cocteau,
5 juillet 1889 -11 octobre 1963






















Bonjour à toutes et tous ! 




En ce dimanche 8 mars 2020, nous poursuivons l'étude de notre charmante racine indo-européenne...


*heǵ-e/o-“conduire, diriger”.




De ses dérivés, nous connaissons déjà :

  • digeste, gérer, gérondif, gestation, geste, indigeste, suggérer, 

  • agir, agiter, ambages, ambigu, cailler, coaguler, cogiter, exiger, exigu, 
exiger de s'agiter sans ambages, c'est un peu ambigu, non ?, 23 février 2020,

  • acte, acteur, action, actually, actuel, actuellement, agence, agent, agissements, 
et... action !, 1er mars 2020.




Aujourd'hui, je dois bien vous avouer que je suis exténué
Les journées ont été longues, longues, et les nuits courtes, courtes. 

Et là, ben,



 j'en peux plus


Aujourd'hui, donc, je vais réduire la voilure, et vous offrir un dimanche indo-européen allégé, et donc particulièrement euh... digeste !

Prenez-le comme un bonbon.
Une friandise


Je ne vous proposerai que deux mots à vous mettre sous la dent.

Qui, tous deux, dérivent du latin agō, -ere“mouvoir, (se) conduire, faire, agir...


**********

racine proto-indo-européenne *heǵ-e/o-“conduire, diriger

proto-italique 
*ag-e/o-faire, agir

latin 
agō, -ere“mouvoir, (se) conduire, faire, agir...


**********



Le premier ? Aurige.

C'est un emprunt - quasiment un calque, hein -, très récent, de 1823, au latin aurīga.

Et s'il est si connu
- alors qu'à l'origine, il ne s'agit quand même que d'un emprunt savant, utilisé en vocabulaire archéologique -,
c'est qu'il a été abondamment diffusé, fin du XIXème, après que l'on découvrit à Delphes un remarquable bronze archaïque grec, qui représentait un aurige.


Découvrir cette statue, et la reconstituer
- car elle était en morceaux, dont certains, hélas, manquent encore -
n'a pas été une mince affaire.

Mais ce n'était rien à côté de la difficulté et de la longueur des délibérations visant à lui trouver un nom.

Finalement, après des semaines et des semaines de palabres, coup de génie !, il fut proposé de la baptiser l'aurige de Delphes.

Certes, ce n'est pas le premier nom auquel vous penseriez, et oui, il est un peu tiré par les cheveux, mais bon, l'important, c'est qu'elle ait été enfin nommée.

l'aurige de Delphes


Ah mais, j'vous l'ai pas encore dit !

L'aurīga était un conducteur de char 

(de course,


ou de guerre).



Et il s'agit en réalité d'un composé.

De... 
  • aurea“bride d'un cheval, mors”, construit sur os (“bouche”)
  • agō, “mouvoir, (se) conduire, faire, agir... 
+
  • -a, suffixe permettant de créer des noms d'agents.


Amusant- et qui permettra de faire le lien avec un autre dérivé de notre douce *heǵ-e/o-“conduire, diriger” -, l'aurige le plus expérimenté, celui qui avait le droit de conduire le quadrige,


portait le titre... d’agitator.

Car oui - rappelez-vous -, agitō, -āre était le fréquentatif (et intensif) de agō, -ere


ravissante aurige sortant de sa quatre chevaux
(peut-être une agitatrice ?)



Allez, le deuxième et dernier mot que je vous propose en ce dimanche n'est pas un nième emprunt au latin agō, -ere

Que nenni. Celui-là, il en est issu. Ouuuuf.


Et, ma foi, vous ne pouvez pas deviner qu'il en descende. 
Ni par la forme, ni même par le sens.

Vraiment.

Ce mot, c'est... cacher.
Cacher ??? Oui oui, 
mettre (qqch.) dans un lieu où on ne peut le trouver ; dérober, faire disparaître.
© 2017 Dictionnaires Le Robert - Le Grand Robert de la langue française


jouer à cache-cache


 - Mais ? Mais quel rapp...
- Monsieur Ucon, vous êtes tellement prévisible...


Eh oui, surprenant, non ?

Sans le moins du monde vouloir sombrer dans la vulgarité ou la scatologie, je dois vous dire que le mot est attesté au XIIIème sous la forme... quachier, et ce jusqu'au XVème, mais aussi en tant que cachier, et aussi - ce qui est moins gai - cacher, vers 1278.

Jusqu'au XVème, il ne signifie pas vraiment dérober, mais plutôt... presser.

Le mot est issu d'un latin vulgaire (non attesté) *coacticāre“contraindre”, forme renforcée du latin coāctō, coāctāre, de même sens, “contraindre”.


Et coāctāre,
je vous le donne en mille,
est le fréquentatif de... cōgō, cōgere, “rassembler, collecter...”, dont nous avons parlé le 23 février dernier, et qui se décompose en... co- (cum-, con- : avec) +‎ ... agō.
exiger de s'agiter sans ambages, c'est un peu ambigu, non ?

Si coāctō signifiait “contraindre, rappelez-vous que c'est de cōgō que dériveront nos français cailler et coaguler.

Vous comprenez mieux, ainsi, qu'à l'idée de contraindre propre à cōgō correspond étroitement celle de serrer, comprimer.

Très vite, ce sens de contraindre en serrant, en comprimant évoluera vers celui que nous employons toujours,  de “dissimuler à la vue”.

Eh !

Mais
- y auriez-vous pensé ? -,
ce sens ancien, joliment désuet de “presser” se retrouve encore parfaitement et clairement dans un autre mot de la même famille, vraiment très, très proche de cacher...


Cachet

Le cachet, pastille de cire que l'on pressait sur le papier... !

Mais oui !

C'est beau, non ? Comme une découverte archéologique. Dont vous rassemblez les morceaux.



un cachet - qui en a.

Très bientôt, il faudra un cachet de ce type à tout Anglais pour se rendre
à l'étranger (En France, en Écosse, en Irlande réunifiée...)



Chères lectrices, chers lecteurs, à vous toutes et tous,
un excellent dimanche,
une belle semaine ! 





Frédéric


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Attention,
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CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
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Et pour nous quitter,


comme la semaine dernière, 
du Haendel.

L'excellent baryton britannique Jerome Knox,
accompagné par l'Academy of Ancient Music,
nous interprète...

I feel the Deity within...
tiré de Judas Maccabeus, HWV 63



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