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dimanche 21 mai 2023

La liberté est un bagne...

 article précédent : Eh Manu, tu descends ?





« La liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme est asservi sur la terre. »


Albert Camus,

Les Justes,

drame en cinq actes représenté
pour la première fois le 15 décembre 1949.




 Albert Camus,
7 novembre 1913 - 4 janvier 1960




Bonjour à tous.


Nous aborderons, en ce dimanche 20 mai, la dernière partie de l'étude des dérivés de la passionnante racine indo-européenne...


*men-, « penser ». 


Euh... Nous ne ferons que l'aborder, hein. D'autres articles suivront, car il y a encore beaucoup à dire des dérivés baltes et slaves de notre si jolie racine. 
(Les regrouper s'impose, sachant qu'à l'origine des langues baltes et des langues slaves, on peut considérer un état de langue commun à ces deux grands groupes de langues, le judicieusement nommé proto-balto-slave.)



Et je vous propose aujourd'hui de nous pencher avec délectation sur l'un de ces étymons balto-slaves dérivés de *men-, « penser », le verbe...
(non attesté, reconstruit théoriquement par la linguistique comparative)
*mineʔtei.

Oui, je sais. Ah là là, pour les petits nouveaux, ce singulier ʔ représente non pas un point d'interrogation ou carrément une faucille mais un coup de glotte : une consonne occlusive glottale sourde (- COMMENT ?). Rigolez, rigolez, mais nous le connaissons bien en français, avec le h dit « aspiré ».

L'étymon proto-balto-slave *mineʔtei permet d'expliquer une flopée de mots tant baltes que... 
- allez, un effort -
slaves. Oui, bravo !


Les mots slaves qui en sont issus en descendent par...
le proto-slave *mьněti,
alors que les mots baltes qui en dérivent en descendent, eux, par... 
le proto-balte *minèti.

Vous suivez toujours ?
Mais c'est tout simple, 'suffit d'en faire un schéma :

Voici tous les étymons reconstruits :

racine proto-indo-européenne *men-, « penser »
étymon proto-balto-slave *mineʔtei
⇓                                   
proto-slave *mьněti             proto-balte *minèti


Seront alors issus...
  • du proto-slave *mьněti une flopée de dérivés slaves (attestés),
et
  • du proto-balte *minèti une flopée de dérivés baltes (attestés).

J'espère avoir être clair.


Ah oui, et je me fais aider ici par Rick Derksen, à qui nous devons...
l'Etymological Dictionary of the Slavic Inherited Lexicon


et
- soyons fous -
l'Etymological Dictionary of the Baltic Inherited Lexicon. 



Allez, on y va !

Commençons par les dérivés slaves que peut expliquer le proto-slave *mьněti.


En - ouiiiiiii ! - vieux slavon d'église, nous trouvons
  • mьněti, « penser, supposer, estimer, imaginer... ».

Dans les langues slaves orientales, citons à présent
  • le russe (obsolète) мнить, mnit'« penser, imaginer, suspecter... ».

« Pense en russe »,

Firefox, l'arme absolue
(Firefox est un avion de chasse futuriste russe piloté par la pensée),
Clint Eastwood, 1982


(Ah oui, et aussi : les Justes dont parle Camus sont des terroristes révolutionnaires... russes, l'action de la pièce étant liée à la révolution russe de 1905.)






Dans les langues slaves occidentales, cette fois, épinglons...
  • le tchèque (archaïque) mněti« penser, supposer... »,
ou encore 
  • le tchèque - mais littéraire cette fois - mníti, de même sens,
  • le slovaque (obsolète) mniet'« penser, supposer... »,
voire
  • le vieux polonais mnieć, de même sens.

Eugeniusz Mnieć le vieux polonais, pensif




Et enfin, dans les langues slaves méridionales, citons
  • le serbo-croate archaïque mnjeti« penser, supposer... », ou alors sa version moderne mnȉti, de même sens,
ainsi que
  • le slovène mnẹ́ti, TOUJOURS de même sens.


Et puis, nous terminerons - pour aujourd'hui - par les dérivés baltes... 

distribution des langues baltes


... que peut expliquer l'étymon proto-balte *minèti :
  • le lituanien minẽti, « mentionner... »
et, évidemment,
  • le letton (mais, en toute sincérité, l'est-on VRAIMENT ??) minêt« mentionner, élucider... ».


Et voilà !

C'est-y pas beau tout ça ? Encore PLEIN de dérivés de notre invraisemblable proto-indo-européenne *men-, « penser » !

Quand y'en a plus, y'en a encore...






À vous tous, un excellent dimanche.

Portez-vous bien.




Frédéric


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CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)

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Et pour nous quitter…

les filles de Beloe Zlato

- difficile d'en trouver de plus slaves

nous enchantent, avec

leur ravissante version de

Летел голубь,
Une colombe s'est envolée...


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dimanche 14 mai 2023

Eh Manu, tu descends ?

article précédent : God Save The King!





« Je relis Les Caractères de La Bruyère. Si claire est l'eau de ces bassins, qu'il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur»


Journal, 26 septembre 1926,

André Gide


André Gide,
22 novembre 1869 - 19 février 1951.
Prix Nobel de littérature en 1947.





Bonjour à tous !


En ce curieusement beau dimanche de mai,

vous n'y couperez pas, nous reprenons là où nous l'avons laissée notre graaaaaaande étude des dérivés de la passionnante racine indo-européenne…


*men-, « penser ». 


Mais vous allez le voir, nous pourrons cependant établir un lien avec l'article de la semaine dernière...






Après les langues germaniques, nous devrions parler des dérivés de notre jolie *menen arménien. Mais, hélas, il n'y en a point.

Ou du moins, je n'en ai pas trouvé.


Eh. C'est bien dommage, mais c'est comme ça.


Donc, nous passerons directement du germanique aux langues dites tokhariennes.



Vous le savez tous, évidemment, mais le tokharien, qui se parlait dans le bassin du Tarim
- l'actuelle région autonome chinoise du Xinjiang -
et qui a disparu il y a environ un millénaire, constitue,
dans ses deux variantes A et B,
la plus orientale des langues indo-européennes.

Et c'est à l'évocation du lieu où se parlait le tokharien que vous pouvez enfin découvrir le rapport entre le (magnifique) texte en exergue et le contenu de l'article.


Ah oui : et plutôt que de parler de langues tokhariennes A et B, il conviendrait de mentionner les langues Arśi et Kuči, 
ou encore l'agnéen (tokharien A) et le koutchéen (tokharien B).
tokharien A - arśi - agnéen 
tokharien B - kuči - koutchéen


Le dérivé de 
*men-, en tokharien, dont nous traiterons aujourd'hui, le voici, il s'agit d'un nom neutre,
  • le tokharien B mañu*« désir ».

Vous vous en doutez, je ne l'ai pas pondu tout seul, mais ai fait appel à Douglas Q. Adams et son indispensable
A dictionary of Tocharian B (Leiden Studies in Indo-European)
 

Notez, il suffit de lire. 

Voyez ci-dessous les lignes 6 et 7 de ce splendide manuscrit koutchéen
(vous reconnaîtrez le THT 107, B 107, MIK III 31, Sp)
imprégné d'enseignement bouddhique :



Vous y distinguez clairement, vers la fin de la 6ème ligne, 
u pa ge ntse ma ñu kä rstā te ne ṣa¯ ¯ñä ytā ri,

et au début de la ligne suivante, pour terminer la phrase :
ma sa.

Forcément, vous transcrivez tout cela en :
upagentse mañu kärstāte-ne ṣañ ytāri masa,
que vous traduisez - cela va sans dire - par :
le désir d'Upaga (en) fut anéanti et il poursuivit son chemin, 
sachant que…
  • upagentse est le génitif singulier du prénom Upaga,
  • mañu est ici au nominatif singulier
  • kärstāte-ne est un participe du verbe kärstā-« couper, anéantir... »,
  • ṣañ est l'adjectif (indéclinable) correspondant à notre soi, propre,
  • ytāri (au cas oblique singulier) désigne le chemin, la route, 
et que
  • masa est tout simplement la 3ème personne au prétérit actif du verbe aller.

Eh.

Et certains arriveraient à vous faire croire que le tokharien, c'est compliqué ?
Tsss tsss.







À vous tous, un excellent dimanche.

Portez-vous bien.




Frédéric


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Et pour nous quitter…

Une version qui ne peut que vous mettre le sourire aux lèvres,

du célèbre boléro…

Perfidia

par

Martina DaSilva (en orange)
&
(la sublime) Vanessa Perea (en jaune).


Attendez, à 00:59, l'immanquable raclement de güiro
par la sublime Vanessa,
suivi du double accord plaqué du piano.


Mmmmh ? Quoi, le lien avec l'article ?
Mais… le bassin, évidemment, et en l'occurrence
son mouvement, qui découle, à 01:05, chez la sublime Vanessa,
dudit raclement de güiro.


(Bon, je me serais parfaitement contenté du raclement
de güiro de la sublime Vanessa
en guise de section rythmique, mais soit…) 
 

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dimanche 7 mai 2023

God Save The King!

article précédent : Ce n'est pas un grand avantage d'avoir l'esprit vif, si on ne l'a juste.




« La coutume, cette loi non écrite. Dont le peuple, même aux rois, impose le respect. »


Charles d'Avenant,
dans sa tragédie Circé, 1677 




Charles d'Avenant,
économiste anglais, mais aussi poète,
1656-1714



Bonjour à tous !


En ce premier dimanche de mai,
les festivités domestiques...




Les bluebells étaient même de la partie
(des Hyacinthoides non-scripta
provenant de chez Humphreys Garden,
dans le Kent. Et prout.)
 
...liées à un couronnement de roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord (ainsi que de quatorze autres États souverains, cela dit) ne m'ayant guère laissé de temps,
nous laisserons temporairement de côté notre délicieuse racine indo-européenne *men-, « penser », pour nous intéresser à quelques mots importants de ce cérémonial.

Pour l'exercice, je ne ferai que puiser dans les mots 
- ma foi, déjà nombreux -
qui ont été traités en ces pages...

De votre côté, vous n'aurez donc qu'à cliquer sur les mots dont vous souhaitez retrouver l'étymologie indo-européenne, c'est aussi simple que ça.


Ce qui me permet, soi dit en passant, de vous rappeler que pour une lecture plus enrichissante du blog, pensez à l'appréhender en mode web, cette visualisation qui offre notamment une liste de tous les mots traités, et plein, plein d'autres choses encore...




Allons-y !

En ce samedi six mai, nous avons assisté, sous les grandioses arches de l'abbaye de Westminster, au couronnement
(en anglais, coronation)
du Roi
(King, si vous préférez)
Charles III.

Nous y avons vécu son avènement au trône de... disons... d'Angleterre, ce sera plus simple.


Charles est arrivé à Westminster au côté de Camilla, sa future reine consort
- oui oui, the queen -,
non pas en vulgaire calèche


mais bien dans un somptueux carrosse.




Le rituel traditionnel du couronnement était une nouvelle fois époustouflant. Un véritable ballet remarquablement préparé, précis, minuté.

C'est sous le regard de nombre de ministres, d'ambassadeurs et d'autres représentants de pays amis
- c'est ainsi que Brigitte accompagnait Manu -


 que s'est déroulée la cérémonie, même si son apothéose, l'onction

moment intime et profondément spirituel entre le roi et son Dieu,
se pratique toujours à l'abri des regards profanes.




Bien entendu, et comme à l'accoutumée, c'est l'archbishop de Canterbury qui a officié, en grand appareil.




Le cérémonial, où figuraient des symboles particulièrement puissants, a été exécuté de main de maître





Ce qui est certain, c'est que si vous aimez les étendards, les armoiries et les buccins, vous étiez aux anges...
 

À l'issue de la cérémonie, le nouveau couple royal est rentré à Buckingham Palace, pour une dernière ovation, au balcon, devant le monument à la Reine Victoria. 




Et oui, bien sûr, l'aviation était de la partie, avec une splendide formation
(une Big Battle, pour les puristes et autres carpettes de la langue du maître)
des Reds Arrows
- peut-on parler d'une escadrille ? -
remontant le Mall et arborant les couleurs britanniques au moment du survol du palais royal.




Mais,
en toute confidence (vous gardez ça pour vous, hein ?),
ce qui m'a impressionné le plus, c'est la stature de la parlementaire britannique Penny Mordaunt, assumant le rôle de porte épée auprès du roi Charles III.





Solennelle, elle maintenait immobile, droite, irrésistiblement pointée vers le ciel, l'épée de l'État, la magnifique épée de l'Offrande sertie de bijoux (la Jewelled Sword of Offering) avec un port digne de la Dame du Lac

Oui. J'y ai vu un rappel de la mythique Avalon... 



Pour tout vous dire, Penny Mordaunt a détrôné Pippa Middleton, que j'ai à peine reconnue. Mais bon, elle était de face, aussi.




Penny Mordaunt, dont le nom de famille serait un beau dérivé de l'ancien français mordant, évidemment passé en anglais par l'anglo-normand. Il faudrait le prendre au sens de sarcastique.





À vous tous, un excellent dimanche.

Portez-vous bien.




Frédéric


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Et pour nous quitter…

le très rassérénant, apaisant, inspirant...


Cantique de Jean Racine

de

Gabriel Fauré,


remarquablement interprété par 

VOCES8

et

l'English Chamber Orchestra


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