La semaine dernière, nous avions abordé quelques dérivés celtiques de notre *sek-. que nous pouvions relier à l'étymon germanique *sahaza-.
Cette semaine, nous allons tout simplement les reprendre, et en découvrir quelques autres...
À l'origine de ces mots celtiques dérivés de l'indo-européenne *sek-, “couper”,
nous trouvons
- je vous le dis à présent -
l'étymon celtique commun (reconstruit)...
*sex-skā-, “joncs, laîche”.
Ah oui, je le précise, c'est Ranko Matasović et son Etymological Dictionary of Proto-Celtic qui nous serviront de guides pour la circonstance.
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| Ranko Matasović |
Dans les langues gaéliques, *sex-skā-, “joncs, laîche” a donné, par une variante *sex-ski-, le moyen irlandais seisc, “joncs, lieu où poussent des joncs”,
d'où cet irlandais seisc, de même sens, et aperçu dimanche dernier.
(Seisc, à ne pas confondre avec SEISC, acronyme de South of England Irish Setter Club, même si le Setter est bien irlandais.)
Mais on retrouve également la trace de *sex-skā- dans le groupe brittonique.
Ainsi, en - OUIIIIIIIII !!!!! - moyen gallois, avec hescenn,
d'où le collectif gallois hesg (oui oui, celui-là même dont je vous parlais la semaine dernière), “joncs, laîche”.
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| Kim Jong-un |
Ou encore dans le moyen breton hesq,
d'où le breton hesk, “laîche”.
Toujours dans les langues britonniques, citons enfin...
le cornique hesc, de même sens.
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| laîche des Cornouailles |
En résumé :
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racine proto-indo-européenne *sek-, “couper”
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proto-celtique *sex-skā-, “joncs, laîche”
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moyen irlandais seisc, “joncs, lieu où poussent des joncs”, d'où irlandais seisc, de même sens,
moyen gallois, avec hescenn, d'où gallois hesg, “joncs, laîche”,
moyen breton hesq, d'où breton hesk, “laîche”
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Et voilà !
Ceci clôturera notre étude des dérivés de la racine proto-indo-européenne *sek-, “couper”.
Vous rendez-vous compte que notre français enseignant a des cousins étymologiques aussi surprenants ?
Auriez-vous pu simplement imaginer..
NON : auriez-vous jamais imaginé...
que derrière enseignant se cachait une petite racine indo-européenne toute mimi à qui l'on devait aussi sceller, seing, sigillaire, signe, le -sin de tocsin, écarlate, scarlatine, Scarlett, Saxon et Saisne, le vieux slavon d'église сѣщи, sěšti, “couper”, l'elfdalien saks, “ciseaux”, les anglais zax, “hachette de couvreur” et sax, “marteau de couvreur”, le vieux norois sigg, “peau dure”, le féroïen sigg, “blanc de baleine dur et cartilagineux”, l'anglais sedge “laîche”, le néerlandais zegge, “laîche”, l'irlandais seisc et le gallois hesg, “joncs, laîche”, ou encore le breton hesk, “laîche” ?
Hein ?
Hein, hein ?
Ben oui.
Je sais, ça surprend toujours un peu, au début.
Allez, passez un excellent dimanche, et une très belle semaine.