- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 9 février 2020

gwlad heb iaith, gwlad heb genedl



article précédent : une indigestion de dérivés




Fasten your seatbelts; it's going to be a bumpy night.

(Accrochez vos ceintures, la nuit va être mouvementée)

Réplique de Margo Channing
(Bette Davis)

dans 
All About Eve, 1950,
de Joseph L. Mankiewicz







Bonjour à toutes et tous ! 
(à l'exclusion de Remy Y., utilisateur de Facebook et triste monsieur pour qui ma façon d'écrire Bonjour à toutes et tous ! confine à la connerie 
- c’est celui qui dit qui l’est -, 
et que je plains sincèrement pour le long et pénible chemin qu'il doit encore parcourir vers l'amour et l'humanité.
Me doutant bien que ce pauvre hère devait avoir un lourd passif psychologique, pour se montrer ainsi stupide et méchant, je lui avais même demandé s'il avait réussi à résoudre la relation difficile qu'il entretenait avec son père, mais curieusement, il ne m'a pas répondu. Si vous voulez mon avis, c'est non.)

Décidément, encore un zigoto !?, me direz-vous. 
Eh oui, les mal dans leur peau sont visiblement de sortie. 
Bah, la lumière attire les insectes. 


Ce sont petites gens que vent me porte
Et il ventait devant ma porte



*pehǵ-“attacher”.






Ah là là, oui, c'est elle,
la gentille racine indo-européenne *pehǵ-,

qui nous a donné notamment ...
  • les anglais fang“croc”, peg, “patère...” et travel“voyage”,
  • l'allemand Fuge, “jointure”, et puis, ben voyons, 
  • nos français pactepaix, pays, (la) page, païen, paysage, propager, provinpropagande, pieu, pal, travail, travelling, balise, palissade, palonnier, pale, palette, paluchepelle, pegmatite, scénopégie, et 
  • les grecs anciens πήγνυμι, pêgnymi, ficher, planter, fixer”, mais encore ἅπαξ, hápax, πάγη, págē, πάχνη, pákhnē, πῆγμᾰ, pêgma, πήγνυμι, pêgnymi, et σκηνοπηγία, skênopêgía !

C'est dingue, non ?

TOUS ces dérivés ont été traités dans cette longue liste d'articles que voici :
troïka, sitar et trèfle 
Guerre et Paix. Et saucisse 
retour au pays 
C'était il y a très, très, très longtemps ...,
j'l'aime bien, mais ch'peux plus l'voir en peinture,
peut-on considérer les années 20 comme de la propagande pro-vin,
pālus et pāla sont en bateau..., 
À Lisbonne, on munissait les Latécoère de l'Aéropostale de balises en carton,
le mécano lançait l'hélice du vieux coucou à la paluche,
et enfin
une indigestion de dérivés.




Aujourd'hui, pour le dernier article de la série, commençons par passer en revue les traces que nous a laissé la délicieuse *pehǵ- en ... gallois !

Bon, je vous le dis tout de suite, le mot gallois que je vous présente n'est en réalité qu'un emprunt, au latin.

Pau

Oui, c'est de lui qu'il s'agit, du gallois archaïque pau, qui désignait le pays, la nation...

Vous le devinez, il reprend, et la forme et le sens, du latin pāgus, “district, province... ”.

Je vous précise quand même que le mot gallois qui s'emploie à présent dans le sens de pays, nation, royaume..., et qui a donc supplanté pau, c'est gwlad (à prononcer goulātt, avec l'accent sur la deuxième syllabe).
N'oubliez jamais cette comptine de maître d'école gallois : le gal-lois ne se prononc' jamais comm' il s'écrit - euh.
Vous trouverez gwlad dans cette expression qui résume tellement bien la vision que les Gallois ont de leur (superbe) région, annexée par l'envahisseur anglois
gwlad heb iaith, gwlad heb genedl, 
littéralement, au mot à mot, “pays sans langue, pays sans nation” ; entendez par là qu'un pays sans langue propre est un pays sans nation, ou encore que c'est la langue qui fonde la nation.

quelques photos de là-bas



oui, oui, c'est Le Village, où est détenu N°6




Tiens, tant qu'à parler de mots empruntés...

Mentionnons aussi le chavacano
(oh, mais oui, le chavacano, dit aussi espagnol cassé, langue créole créée sur, sur ... l'es..., l'esp... OUIIII, l'espagnol, bravo Remy, vous avez été presque plus rapide que Fernand Ucon !!!, parlé aux Philippines et en Malaisie, et fort de plus de 600.000 locuteurs),
Fernand Ucon

Mentionnons aussi, disais-je, le chavacano... palò, au sens de “arbre, bois”, qui provient de l'espagnol ...
- Remy, une proposition ? Non ? Ah tiens... -
... palo, le bâton, issu, bien évidemment, du latin... pālus,  “pieu, poteau...”.

les Philippines, c'est là

et le chavacano s'y parle
(dans le bas de la carte, au centre,
7° nord, 122° est)



Notre attachante racine *pehǵ-“attacher, ne l'oublions, est indo-européenne...

Eh !

- Et, Remy, dans le mot indo-européen, avant “européen”, il y a ...
- ...
- Non ? Pas d'idée ? -

Je vous le donne : Indo
Indo, pour ??
- Indonésie ! 
- Non, Remy : Indien. 
- Iiiin d... d... Dien ! 
- Ouiiii !, bravo, Remy !!

Oui, partons aux confins orientaux du domaine indo-européen...

Avec tout d'abord l'adjectif sanskrit पज्र, pajra“ferme, solide”.

Que nous ferons suivre du substantif... पाजस्, pAjas, qui, sans surprise, signifie notamment “fermeté”.

Mais n'oublions pas non plus
- ce serait dommage -
le verbe पाशयति, pAzayati, qui
- vous ne le devinerez jamais -
signifie “attacher, relier”.

traduction très approximative :
Remy a voté en faveur du Brexit


Mais il y a aussi l'avestique
(Pour ceux qui prennent le train en marche, la langue dans laquelle l'Avesta, le corpus des textes sacrés de la religion mazdéenne, fut rédigé.)
Admirez les courbes de cette Mazda.
On comprend mieux pourquoi certains ont pu lui vouer un culte
(et quel culte !)


En avestique récent
(récent, récent...,  c'est très subjectif : on le parlait au premier millénaire avant notre ère), 
*pehǵ-“attacher”, nous a donné un adjectif que Michiel de Vaan retranscrit ainsi :


Il s'agit d'un cas intéressant, dans la mesure où l'on peut sans trop se tromper rattacher formellement
- par la forme, hein, Remy -
cet adjectif à notre douce *pehǵ-“attacher”, mais qu'on ne sait toujours pas ce qu'il signifiait ! (Véridique.)



Enfin, nous retrouvons *pehǵ- en khotanais
- le khotanais est cette langue moyenne iranienne dont nous avons déjà fait mention de-ci de-là (et géographiquement proche du tokharien), que parlaient les Sakas au VIIème siècle, là-bas dans les royaumes de Khotan, de Kashgar et de Tumushuke, dans le bassin du Tarim, au sud de l'actuel Xinjiang, merci Wikipédia -,

avec un mot vraiment surprenant, qui tant par la forme que par le sens, nous renvoie irrésistiblement à notre brave français pays ; je veux parler du khotanais...


pāysa-, surface.






N'est-ce pas là une jolie façon de boucler la boucle, mmmh ?


Remy, un commentaire sur ce mmmh ?

Eh bien, puisque ce surprenant pāysanous a fait voyager de plusieurs milliers de kilomètres vers l'occident, restons-y et profitons-en...


Grâce à l'étymon germanique... *fastu-, ferme, solide”.

En dérive, entre autres, ...
  • l'étymon germanique occidental *fastī-,
  • d'où le vieux haut-allemand festi,
  • d'où le moyen haut-allemand veste,
  • d'où l'allemand festferme, compacte, rigide...”, 

mais  aussi, par sa forme *fastinōn- (fastī + -en),
  • le vieil anglais fæstnian,
  • d'où le moyen anglais fastenen
  • d'où l'anglais fastenattacher, fermer, lier, se fermer saisir...

Et encore
  • le (OUIIIIIIIIII !!!!) vieux norois  fastrferme, fort, robuste, compact...
d'où ... (et toujours de même sens)
  • l'islandais fastur,
  • le féroïen fastur,
  • le norvégien fast,
  • le danois fast,
et enfin,
  • par le vieux suédois faster,
  • le suédois fast.

oui, un vrai feu d'artifice...



Et c'est ainsi, sut ce bouquet final, que se termine notre balade aux côtés de la jolie *pehǵ-“attacher.



Dorénavant, vous toutes et tous,
contrairement à Remy Y., 
vous vous souviendrez des liens étroits qui existent entre l'allemand fast ou l'anglais fasten et le grec ancien πήγνυμι, pêgnymi, ficher, planter, fixer”, 
entre le sanskrit पाशयति, pAzayati, “attacher, relier”, et les français paix, pays,
entre page et propagande, 
pieu et travail, 
travelling et balise, 
et entre 
pegmatite et scénopégie (certes, plus difficiles à placer).

Et si d'aventure, on vous parle, en Malaisie, de palò“arbre, bois”, vous vous sentirez un peu chez vous. 
Oh, pas à la manière d'un colon britannique, ou d'un bon Belge au Katanga du temps de Léopold II, non, non, mais vous aurez pu, vous, établir entre ce palò et des mots à vous, des mots de tous les jours, un lien indissociable. 

Ces personnes du bout du monde, qui, à un Remy Y., lui seraient totalement étrangères
- lui qui ne sait déjà pas aborder un brave type près de chez lui sans le traiter de connard -,
à vous, vous rappelleront le... pays

Gwlad heb iaith, gwlad heb genedl.

S'il faut vraiment une langue pour faire une nation, comprendre qu'en réalité, nous sommes des milliards à parler des langues qui finalement, ne sont pas si éloignées les unes des autres, dont beaucoup proviennent d'une seule et même langue préhistorique, cela devrait nous permettre de nous rapprocher un petit peu plus les uns des autres, non ? 

Et peut-être nous faire prendre conscience que sur Terre, nous ne sommes qu'une seule et même grande nation ?
(À l'exception de Remy Y. En tant qu'humain, je me dois de le considérer comme mon frère, mais - je sais, je me répète - on ne choisit pas sa famille.)

Rêvons.





Chères lectrices, chers lecteurs, 

Je vous souhaite un beau dimanche
- attention, ici on annonce une tempête -,
une très agréable semaine, 

et si vous le voulez bien, nous nous retrouverons dimanche prochain, à la découverte d'une nouvelle racine indo-européenne...





Frédéric



******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom :
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
******************************************

Et pour nous quitter,


encore un moyen de nous rapprocher les uns des autres,
de communier ensemble

- ce qui est une vertu du beau

la Musique. 

Et pas n'importe laquelle, celle de Stromae celle de Mozart.


Voici la remarquable soprano slovaque Patricia Janečková,
dans le Laudate Dominum, KV 339 

La prise de son n'est pas parfaite ; il y a, à mon sens, trop de réverbération dans l'église, mais cette voix, cette voix !

D'une douceur, d'une chaleur...




******************************************


Vous voulez être sûrs (sûrs, mais vraiment sûrs) de lire chaque article du dimanche indo-européen dès sa parution ? Hein, Hein ? Vous pouvez par exemple...
  • vous abonner par mail, en cliquant ici, en tapant votre adresse email et en cliquant sur “souscrire”. ET EN CONFIRMANT le lien qui vous arrivera par mail dans les 5 secs, et vraisemblablement parmi vos SPAMS (“indésirables”), ou
  • liker la page Facebook du dimanche indo-européen: https://www.facebook.com/indoeuropeen/


******************************************

dimanche 2 février 2020

une indigestion de dérivés






Quelques filons de pegmatite, roche dont la décomposition fournit le kaolin, employé dans la fabrication des porcelaines, sillonnent çà et là ces masses granitiques, parsemées en outre de quelques rognons de quarz et de veines de mica.

Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, 

L'Archipel de Chausey, souvenirs d'un Naturaliste,
in La "Revue des Deux Mondes", tome 30, 1842

Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau,
ou, pour les intimes, Armand de Quatrefages,
biologiste, zoologiste et anthropologue français,

6 février 1810 - 12 janvier 1892


























Bonjour à toutes et tous !


*pehǵ-“attacher”, ou ...







 Nous le savons déjà, la racine indo-européenne *pehǵ- nous a donné notamment ...
  • les anglais fang“croc”, peg, “patère...” et travel“voyage”,
  • l'allemand Fuge, “jointure”, et puis, ben voyons, 
  • nos français pactepaix, pays, (la) page, païen, paysage, propager, provinpropagande, pieu, pal, travail, travelling, balise, palissade, palonnier, pale, palette, paluche et pelle !
Mais oui, oh, tout est là :
troïka, sitar et trèfle 
Guerre et Paix. Et saucisse 
retour au pays 
C'était il y a très, très, très longtemps ...,
j'l'aime bien, mais ch'peux plus l'voir en peinture,
peut-on considérer les années 20 comme de la propagande pro-vin,
pālus et pāla sont en bateau..., 
À Lisbonne, on munissait les Latécoère de l'Aéropostale de balises en carton, et puis
le mécano lançait l'hélice du vieux coucou à la paluche. 
(attention cependant : je ne recommande aucunement la lecture de ce dernier article à toute personne fragile des intestins et/ou à la digestion difficile ; au moins une lectrice en a trouvé le texte indigeste (je la cite
Dommage , un peu indigeste le texte ?), et je ne tiens vraiment pas à avoir vos soucis gastriques sur la conscience.)




Amis lecteurs, je profite d'un moment de répit entre deux de vos crampes d'estomac


pour vous l'avouer : nous sommes presque arrivés à la fin de notre étude de l'époustouflante racine indo-européenne *pehǵ-“attacher”.

Encore un article après celui-ci - si je compte bien -, et nous devrons rendre la belle *pehǵ-“attacher”, à sa lointaine préhistoire, à sa dure vie dans la plaine pontique.
Oui bon, je sais, ma prose est assez indigeste, mais sachez que je fais référence ici au berceau du proto-indo-européen, dont je parle par ailleurs dans la rubrique Le pourquoi et le comment, créée - mais visiblement en vain -, pour mettre en contexte ce blog et chacun de ses articles, et les rendre ainsi un peu plus ... digestes. 



Tentons donc de terminer en beauté cette longue série d'articles.

Avec, tout d'abord, une acception du latin pango que nous avions omise jusqu'ici...


Nous en avons parlé : pango pouvait signifier enfoncer, ficher, planter, ensemencer, voire conclure.
Mais oui, relisez Guerre et Paix. Et saucisse !

Ça va, jusqu'ici ? Je vous laisse absorber quelques petites gorgées de Vichy Célestins (mais surtout, pas trop fraîche), par précaution, et on continue...


C'est en toute vraisemblance à partir du sens d'enfoncer que possédait pango, que le latin construisit l'acception que je vous présente maintenant :

Tracer des lettres (sur la cire), fixer dans la cire, écrire, 
d'où aussi composer, 
d'où encore dire, chanter.


C'est ainsi que dans l'un des douze volumes de son imposant De re rustica, ce bon Lucius Iunius Moderatus Columella nous dit, à propos de la lettre b, que...
littera proxima primae pangitur in cera docti mucrone magistri,
la lettre la plus proche de (après) la première est tracée sur la cire par la pointe (le stylet) du maître savant.
Lucius Iunius Moderatus Columella, dit Columelle,
 agronome romain de la 1ère moitié du 1er siècle,
né à Gadès (Cadix)


Et l'expression latine pangere egregia opera pouvait se comprendre comme célébrer, chanter, les hauts faits.


Chante, ô ma langue ...

Ce n'est pas moi qui le dis, mais bien Saint Thomas d'Aquin
- excusez du peu -,
Thomas d'Aquin
1224 ou 1225 - 7 mars 1274 

dans l'un des plus beaux hymnes grégoriens qu'il ait jamais composés (pour l’office des vêpres du Jeudi Saint, soyons fou), le plain-chant Pange Lingua, Chante, (ma) langue, dont le premier vers, dont on a tiré le titre
- je le précise par crainte de passer pour indigeste -
commence par notre pango à l'impératif :

Pange lingua gloriósi corpóris mystérium,

Chante, ô ma langue, le mystère de ce corps très glorieux








Nous avions évoqué, au nombre des dérivés de la charmante *pehǵ-
- dites, ça va ? Pas trop de gargouillis, pas de ballonnements ? -,
au moment de Guerre et Paix. Et saucisse

le verbe grec ancien πήγνυμι, pêgnymi, ficher, planter, fixer.


Oui ?


Eh bien, il ne s'agit pas que du seul mot grec ancien légué par notre vrombissante *pehǵ-.



Eh non ! Car il y a aussi...

le substantif πῆγμᾰ, pêgma, qui désignait tout naturellement ce qui est attaché, joint ensemble, comme par exemple la charpente d'un navire, celle d'un toit, ou encore les échafaudages utilisés dans les théâtres ...


À noter (ou pas ?) que les Romains, qui à leur navrante habitude pompaient le grec à tire-larigot, ont subtilement calqué leur pēgma, pēgmatis latin sur le beau πῆγμᾰ grec.

Ne nous en plaignons pas outre mesure, car nous devons au latin pēgma le français... pegmatite, emprunt savant du vocabulaire géologique créé il n'y a pas si longtemps (en 1811), pour désigner cet assemblage, ce conglomérat que représente une roche magmatique à grands cristaux (pouvant, par ailleurs, recéler des éléments rares, comme le lithium ou l'uranium).
en voilà une pegmatite qu'elle est belle
(expression particulièrment indigeste)





Quant au composé grec ancien σκηνοπηγία, skênopêgía, créé sur σκηνή, skênê, tente” et πήγνυμι, pêgnumi, et qui donc, littéralement, signifierait action de fixer, d'établir une tente, il était le nom que les Grecs donnaient à la fête juive des Tabernacles 

montage d'une tente

tente montée pour la fête des Tabernacles


Le latin, forcément, reprit le mot, 


pour en faire scenopegia, que nous reprendrons nous-mêmes bien plus tard, penauds, sous le calque scénopégie.


Et puis, et puis, citons encore 
πάχνη, pákhnē, la gelée blanche, le givre !

Vous voyez le lien ? Le gel coagule“fixe” les choses, il les fige, les cristallise.  


givre


Oh, et il y a encore πάγη, págē, substantif qui désignait, lui, le piège, le collet

Mais oui, un triste engin qui servait, étymologiquement,  à fixer, maintenir.






Enfin, je vous livrerai l'adverbe ...

ἅπαξ , hápax, “une fois, une seule fois...”, que Beekes décompose en 
  • ἁ-, dérivé de l'indo-européen *sm̥-, timbre zéro de la sémillante *sem-“un”, dont nous avions parlé il y a trèèèèss longtemps, fin juin 2013, précisément ici :
C'est simple: trop souvent ensemble, on finit par être assimilé l'un à l'autre... 
suivi de ...
  • -πᾰξ, que Beekes relie à πήγνυμι, pêgnymi.


Si Robert Beekes, dans son ô combien admirable Etymological Dictionary of Greek,



n'est pas très disert sur la raison pour laquelle resurgit ici notre douce *pehǵ-, il lui attribue pour l'occasion le sens de ferme, solide.

On peut dès lors peut-être y voir l'idée d'un un (1) compacté, solidifié pour marquer le fait qu'il n'y en a pas d'autres... 
Si vous avez une hypothèse plus intelligente à proposer, je suis preneur !


Toujours pas de reflux acide, de brûlures d'estomac ?



Aïe, ça commence !?




Alors, mieux vaut s'arrêter ici.


Nous poursuivrons et en terminerons bientôt avec les dérivés de notre délicieuse *pehǵ-, notamment dans les langues germaniques, mais aussi dans l'indigeste khotanais
- si, si, j'insiste ! -,
et enfin, enfin, en avestique, et en sanskrit ... 





Je vous souhaite un excellent dimanche, et une très belle semaine.


À... dimanche prochain !
(pensez bien à vous munir de votre bouteille de Vichy Célestins)







Frédéric



******************************************
Attention,
ne vous laissez pas abuser par son nom :
on peut lire le dimanche indo-européen
CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…)
******************************************

Et pour nous quitter,


un éclairage en demi-teintes du sublime Ode an die Freude,
composé par Beethoven sur un poème de Friedrich von Schiller.


Ce qui vient de se passer outre-Manche,

ce triomphe de la bêtise et de l'inculture, du nationalisme et du populisme,
mêlé de relents d'extrême droite,

cette débâcle de l'intelligence et de l'humanisme,

ça,

c'est à moi que ça procure des crampes d'estomac.



******************************************


Vous voulez être sûrs (sûrs, mais vraiment sûrs) de lire chaque article du dimanche indo-européen dès sa parution ? Hein, Hein ? Vous pouvez par exemple...
  • vous abonner par mail, en cliquant ici, en tapant votre adresse email et en cliquant sur “souscrire”. ET EN CONFIRMANT le lien qui vous arrivera par mail dans les 5 secs, et vraisemblablement parmi vos SPAMS (“indésirables”), ou
  • liker la page Facebook du dimanche indo-européen: https://www.facebook.com/indoeuropeen/


******************************************